Ce n’est pas facile de choisir les bons mots pour décrire quelqu’un ou définir quelque chose. Par exemple, quand on essaye de décrire la situation au Moyen Orient, on en perd vite son latin, son hébreu et son arabe. D’un côté, le gouvernement Harper nous dit aimer Israël sans condition, de l’autre, on nous dit que la situation en Palestine est catastrophique et c’est un euphémisme. Qui croire? Que comprendre?
Essayons, si vous le voulez bien, de séparer le bon grain de l’ivraie.
En Palestine, à moins que je ne doive dire en Israël (vous voyez déjà que ce n’est pas facile), doit-on parler de «colonies» ou d’«implantations»?
Tout dépend d’où on se place et qui l’on est, j’imagine.
La question pourtant m’interpelle. Cette terre promise à bien des éclats est, depuis la nuit des temps, le berceau de notre culture et l’origine de bien des maux de notre histoire.
Pendant le congé de la nativité, j’ai lu « Jérusalem» de Guy Delisle qui n’est plus un auteur inconnu puisqu’il était l’invité dimanche de Tout le Monde en parle. Une lecture que je vous conseille. En quelques cases de BD, on se rend compte que là-bas rien n’est simple. Encore moins qu’ici. Des situations compliquées deviennent tout simplement invivables par la force des choses et le pouvoir des hommes.
Plus que jamais, quand on parle de la situation explosive, c’est le cas de le dire, en Israël, le choix des mots donne du sens à ce qui parfois n’en a même plus.
Les désespérés qui se font sauter avec une ceinture d’explosifs autour du corps. Sont-ce des «terroristes» ou des «résistants»? Le mur de béton qui sépare les bidonvilles palestiniens des opulents quartiers juifs est-il «une barrière de sécurité» ou «le mur de la honte»?
Plus on en entend parler moins on comprend ce qu’il s’y passe.
Pourtant, il serait bien de savoir. Qui sont les bons? Qui sont les méchants? Sont-ils tous bons? Si c’était le cas, ils essayeraient de s’entendre. Alors ils sont tous méchants? Pourtant notre généreux gouvernement appuie le camp des uns, les plus forts, les plus riches, les plus puissants, contre les autres, les moins bien nantis, les tout croches, les mal rasés. Il ne nous a pas demandé notre avis, notre gouvernement. Il a décidé de ce qui était bien ou ne l’était pas. Et nous sommes les témoins désarmés et ignorants d’une situation qui n’a pas de sens.
La guerre des mots ne tue personne, me direz-vous. Mais elle fait une victime: la vérité.
Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS