Le printemps vient officiellement de s’achever quelque part entre hier, aujourd’hui et ce soir. Ce vendredi, à 14 heures, on commence l’été par une immense manifestation. Un 22. Comme les manifs du 22 mars, du 22 avril, du 22 mai…
Mais ce n’est rien à côté des accointances avec la mafia, des amitiés avec les entrepreneurs véreux, des transferts à répétition des ex-ministres du régime vers le privé. Ce n’est rien à côté du durcissement des positions de Jean Charest (il n’y a malheureusement rien de sexuel dans ce constat), des dérives autoritaires du gouvernement et du matraquage simpliste de messages mensongers pour manipuler l’opinion publique. Ce n’est rien à côté de la fuite face aux responsabilités.
Et que dire de l’usage abusif du bâillon pour faire passer des lois qui ne passaient pas, de l’utilisation excessive de l’injonction à la moindre contrariété ou des sagas judiciaires aux frais du contribuable contre d’anciens amis du premier ministre ?
Ça va toujours ?
Je sais qu’on se répète. Mais on ne le répétera jamais assez. Il y a encore des gens qui pensent qu’un premier ministre qui laisse tomber la veste pour faire une minute de propagande à la télé n’a rien à cacher.
Ce qui passe au Québec ne devrait pas occulter les drastiques et dramatiques choix que fait le Canada. Aussi éloigné idéologiquement du Québec que, disons, le Yémen, le Canada n’en est pas moins le vaisseau amiral qui dirige nos destinées légales, environnementales, financières, idéologiques, sociales, spirituelles et qui nous plonge dans une noirceur bituminesque.
Je ne tournerai pas le couteau dans la plaie béante et purulente laissée par la déchirante élection de mai 2011 en vous rappelant que, depuis un an, Team Harper a démembré le régime des armes à feu, coupé dans la recherche scientifique qui n’était pas en accord avec ses croyances, émasculé les droits d’auteur, mis en charpie les mécanismes de protection de l’environnement qui freinaient la pétrolisation de l’Alberta, acheté des armes de guerre offensives, rouvert le dossier de l’avortement, durcit les peine de prison, mis la hache dans les programmes culturels,… Et j’en passe. On parle ici de choses qui se passent au Canada, pas en Extrême-Orient.
Histoire de bien saisir jusqu’où Team Harper peut aller, je voudrais vous rappeler un petit épisode parmi tant d’autres.
En mars dernier, James Moore, plaqueur défensif du Patrimoine canadien, a décidé de censurer une série humoristique française diffusée sur Tou.TV. La raison ? Ça se passait dans le monde de la production du cinéma porno. J’avoue, j’ai regardé un épisode de Hard. On n’y voit rien de croustillant, on se moque gentiment de l’industrie du porno, le scénario est bien écrit, les images sont bien filmées. On voit des choses bien plus choquantes en écoutant LCN ou Sun News. Le ministre Moore se choque vite. Mais pas pour les bonnes raisons. En mars, c’était une série sur le web, en mai c’était une exposition au centre des sciences. Si on le laisse faire, demain, il viendra brûler des livres dans nos bibliothèques.
Il ne me reste plus une miette de dîner dans les entrailles, mais j’ai encore assez d’énergie pour me lever et être vendredi 22 juin à la quatrième colossale manifestation qui aura lieu à Montréal et à Québec. On n’a malheureusement pas fini de se lever.
En attendant, ce soir, on change d’air, c’est le lancement d’Urbania Paris. On s’y voit, entre le Camembert et le litron de rouge ?
Et demain, autre lancement: 15 000 exemplaires gratis d’un numéro spécial d’Urbania sur la grève. Celui-là, vous ne pouvez pas le rater, il sera distribué place du Canada lors de l’immense manifestation dont je vous parlais trois lignes plus haut (comme quoi, tout est dans toute…)