Les mauvais payeurs

NePasVole Récemment, en fait ce matin, j’ai publié sur Facebook le nom d’un type qui me doit de l’argent. Ça a créé quelques remous.

Je n’ai pas l’esprit délateur. Je n’aime pas dénoncer les gens en particulier. Je n’aime pas les  attaques personnelles. Plus d’une fois, j’ai protégé le nom des personnes que j’avais des raisons de pointer du doigt en faisant de leurs cas particuliers des généralités, quitte parfois à ne pas être assez clairement compris.

Mais cette fois, c’est le vase qui a fait déborder la coupe qui était pleine. J’ai décidé de dénoncer le fautif.

Après avoir dûment demandé par courriel à la personne responsable (le 8 février, le 23 avril) des nouvelles de ma facture, après avoir menacé d’entreprendre les démarches légales (le 11 juin et le 22 juillet), après avoir communiqué avec le président et propriétaire de la boîte pour qui j’ai travaillé (le 23 juillet), j’ai décidé de partager ma mauvaise expérience et le nom de ce client sur Facebook (je me suis retenu de sortir l’info sur Twitter où plus de 6000 personnes me suivent…)

La raison en est simple. Le monsieur me doit de l’argent depuis plus de 5 mois, son téléphone n’est plus en service, son courriel d’entreprise ne répond plus et dans son dernier message laconique, il m’a répondu comme unique justification au non payement de ma facture que son entreprise "a fermé ses opérations" (sic).

Bref, il sait très bien que je n’entreprendrai pas les longues démarches légales et que si je le faisais, il ne paierait de toutes façons pas. Il pensait que je n’aurais ni le courage ni le temps de partager ma mauvaise expérience.

Le sens élastique de l’éthique

Ce n’est pas le montant qui est important ici, c’est le geste d’un certain type d’entrepreneurs, l’attitude, le sens de l’éthique, la justice non pas de le sens de ce qui est légal, mais dans celui qui est juste. Dans cette affaire, j’ai perdu beaucoup, mais vraiment beaucoup, moins d’argent que d’autres pigistes.

Il y a dans le milieu de la pub, mais aussi sans doute dans un tas d’autres milieux, des gens sans scrupules qui se lancent en affaires, qui flairent l’argent facile, qui engrangent les sous, qui engagent du monde, qui multiplient les projets… mais qui abusent de la naïveté et de la faiblesse des petits fournisseurs. Souvent sympathiques et bons parleurs, ces gens ont l’air de bonne foi quand ils disent qu’ils vont vous payer plus tard, quand ils prétendent que le chèque va arriver, quand ils affirment que leurs clients ne les ont pas encore payés,…

J’ai personnellement croisé sur mon chemin professionnel plusieurs énergumènes avec le sens élastique de l’éthique. J’en ai poursuivi un en 2004 contre qui j’ai gagné sur toute la ligne. Il a été forcé de me payer. Ce qu’il a fait… avec un chèque qui a rebondi. Le compte n’existait plus. Je n’ai pas continué les démarches plates et longues. Ce monsieur est désormais, selon sa page Linkedin, « vice-président general manager » d’une des plus grosses agences indépendantes de publicité au Québec.

Souhaiter bon anniversaire à ma facture

J’en ai croisé un autre, vraiment souriant et avenant. J’ai fait plusieurs projets avec lui pour des gros annonceurs nationaux. Il tardait toujours à me payer (4, 5 mois). Mais après de multiples demandes de ma part, il me payait toujours. Et puis un jour, j’ai attendu 6, 7, 8, 9 mois. Il me devait une somme qui aurait pu nourrir, vêtir et payer les études de mes enfants pendant un an. J’ai procédé comme d’habitude : courriels de demande, lettre recommandée, mise en demeure,… Après 360 jours sans trace du paiement, j’ai gentiment écrit au président de la boîte lui expliquant que j’allais bientôt « souhaiter bon anniversaire sur Facebook à la facture que j’ai envoyée il y a un an ». Le monsieur n’a pas aimé. Le monsieur m’a accusé de lui faire des menaces. Le monsieur a dit que ça ne mènerait à rien. J’ai eu le chèque le lendemain.

Parmi les autres mauvais payeurs, il y a aussi ce grand parleur un peu brusque mais surtout très créatif à qui toutes les bad luck du monde sont arrivées : panne d’ordinateur, chèque perdu par la poste, compte en banque bloqué pour raison inconnue, accident d’auto, déménagement qui n’en finit plus… J’ai finalement été payé 9 mois plus tard.

Mettre en garde les pigistes 

Je ne travaille plus avec ces gens. Et je ne travaillerai plus avec eux. En publiant hier le nom de ce monsieur (allez voir sur mon Facebook si vous voulez savoir de qui il s’agit) je mets en garde les gens qui voudraient travailler avec lui. Je connais de nombreux travailleurs autonomes qui ont subi depuis au moins une quinzaine d’années ses manquements éthiques. En partageant ma mauvaise expérience publiquement, je partage des faits. Les pigistes sont souvent les derniers payés. Ils sont sans doute les moins bien défendus.

Seuls, sans moyens, ils sont à la merci des exploiteurs. Il faut que les profiteurs sachent qu’on ne les laissera pas toujours en profiter.

About these ads

À propos de Pascal Henrard

Homme de mots, d'idées et de contenu. Auteur (Hurtubise, Isatis, Phoenix). Chroniqueur (Huffington Post, Urbania), scénariste (Télé-Québec, Radio-Canada), concepteur-rédacteur
Cette entrée, publiée dans Personnel, est taguée , , , , . Bookmarquez ce permalien.

3 réponses à Les mauvais payeurs

  1. Pierre Chevalier dit :

    Au moins une certaine justice que ces gens aient leurs nom publiés!

  2. isabelle dit :

    y a t-il un site pour inscrire le nom des mauvais payeur, nous sommes une petite entreprise et nous aimerions peut-être prendre une chance que ces gens nous paie enfin en leur disant que nous allons mettre leur nom sur un site.

  3. Isabelle, j’aimerais. Mais à ma connaissance ça n’existe pas encore. Selon mon expérience, menacer un mauvais payeur de partager son nom sur les réseaux sociaux suffit. Mais le dernier en date a fermé sa boîte et ne doit plus légalement (malheureusement) payer ce qu’il me doit…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s