Un homme avec un pneu sous le bras

Le dépanneur est chinois, comme il se doit. Mais pourquoi est-il fermé à l’heure de l’apéro? Le ballet des déneigeuses est étrangement silencieux. Un ange clignote dans une vitrine. Un agent d’immeuble sur son balcon fume les pieds nus dans ses chaussons.


Un lit de bébé à moitié démonté. Deux jeunes filles la cigarette au bec qui s’essoufflent à rire de quoi au fait ? Un vieux boulanger cachère qui compte ses sous derrière le comptoir de sa boutique toutes lumières éteintes. Une étoile bleue à la fenêtre. Une ombre noire qui traverse la rue sans se retourner.

Un hassidime qui patine pour passer à la lumière rouge. Un cycliste masqué comme un terroriste se glisse sur l’asphalte salée comme un sachet de frites. Un chapelet de sapins colorés ensevelis sous la neige blanche. Un resto bondé un lundi comme un samedi.

Un homme avec un pneu sous le bras enjambe les traces que le tracteur a laissées dans la neige. Un silence léger enveloppe la cité. Une femme qui gratte ses vitres givrées.

Une vieille ukrainienne, mais c’est peut-être mon imagination, s’avance à petits pas les bras chargés de provisions dans ses sacs de plastique vert. Le café va bientôt fermer.

Ça fait trois jours que Lhasa de Sela est morte sans faire de bruit. Ça fait trois jours que la lumière jaune derrière la porte vitrée de sa petite maison est allumée. Comme une âme qui brille.

Un soir de lendemain de tempête, dans les rues de la ville belle comme une carte de vœux.

Publié le 4 janvier 2010, trois jours après la mort de Lhasa de Sela, sur le blogue opinion de BRANCHEZ-VOUS.com