Temps mort

Je n’ai pas le temps. Mais qui, aujourd’hui, a le temps ?

Je n’ai plus le temps depuis longtemps. Un tournage à finir, un scénario à remettre, une présentation power point à terminer, un lunch avec un éditeur, un film à visionner, un petit-déjeuner avec une étudiante qui cherche un stage, un cinq à sept pour le départ d’un collègue. Et une réunion du comité de direction. Le temps passe. Je n’ai pas une minute.

Un rendez-vous chez le dentiste, une rencontre de parents, les cours de pianos, la ringuette, le soccer, la piscine. Et une paire de billets pour un concert de l’Orchestre Métropolitain. Quand est-ce que j’aurai le temps d’aller chez le coiffeur ? Le temps file. Je n’ai même pas une seconde. Un manuscrit à corriger, le souper à préparer, l’entrée à déneiger, retrouver les bottes de skis dans le sous-sol, ranger le sous-sol en passant, planifier les vacances d’été, finir ce livre qu’attend mon éditrice, vider mon vieux bureau, payer quelques factures, remplir un rapport d’impôt fédéral ainsi qu’un rapport d’impôt provincial, faire le chèque au receveur général du Canada. Et ma rédactrice en chef qui veut que je lui écrive quelques lignes sur les passe-temps. Pas le temps, même pas celui de faire des phrases complètes.

Comment peut-on, dans notre vie trop remplie, avoir le temps d’avoir des passe-temps?
Plus une minute à perdre. Et bien sûr, c’était pour hier.
Pourtant, dès qu’il y a un temps mort, c’est la panique. Il faut tuer le temps. Pour qu’il trépasse plus vite. S’armer de patience n’est pas la meilleure qualité de l’homme moderne. Ni celle de la femme. Il faut courir contre la montre pour rattraper le temps perdu. Chercher midi à quatorze heures pour trouver le temps de prendre le temps. Combler le vide des secondes qui s’égrainent pour remplir ses journées d’instants éphémères.
On nous promettait la civilisation des loisirs, on a eu droit à la culture du temps qui passe. Et plus le temps passe, moins on en a pour le passer.
Il est moins une. Mais la vie se facture à l’heure. Il faut gagner du temps pour avoir encore le temps d’en perdre.
Un passe-temps, c’est du temps passé qui ne repassera plus. Du temps perdu qui ne reviendra plus. Du temps écoulé qui ne sera plus.
Quand notre dernière heure aura sonné, il sera toujours temps de s’arrêter.

P.S. : Si j’avais plus de temps, je me relirais.

Illustration: Laurent Pinabel

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s