Le commanditaire qui donnait envie de vomir

Le Festival est à l’été, ce que la crotte de fromage est à la poutine. Il y en a partout. Et la sauce brune est aux crottes de fromages ce que le commanditaire est au festival. Il permet de lier le tout. Mais quand il y en a trop, il donne envie de vomir.

Avez-vous eu le bonheur comme moi de baguenauder à travers les villes et les villages de la Belle Province à la rencontre des Festivals de tous acabits? N’attendez pas l’automne pour en profiter, toutes les activités culturelles provinciales de l’année sont concentrées en quelques semaines entre la fête nationale et la rentrée.

C’est l’occasion pour des musiciens méconnus de se faire connaître, pour des comédiens abonnés aux téléromans de faire du théâtre, pour des artistes oubliés de faire un retour sur scène, pour des bands qui ne tournent pas beaucoup de jouer ensemble dans l’esprit rock’n roll des tournées d’autrefois.

C’est l’occasion pour un public friand de culture de sortir de chez lui pour approcher des vedettes en vrai.

Sans le fameux commanditaire, le festival ne pourrait pas se payer un écran géant, la visite d’une star du petit écran, la grande scène (mettre ici le nom du commanditaire) ou tout simplement offrir gratuitement une orgie de spectacles qui n’auraient pas trouvé public s’ils avaient été payants.

Mais pourquoi faut-il toujours que le commanditaire tapisse n’importe comment le festival de son gros logo agressant? Pourquoi le florilège de commanditaires devient-il une pizza trop garnie de logos laids? Et pourquoi faut-il qu’avant le spectacle, il faille se taper le discours plate ou la liste soporifique des commanditaires? Au Festival (mettre le nom du commanditaire) de (petite ville de province) où j’étais il y a peu, de la pharmacie au quincaillier en passant par le vendeur de chars usagers, j’en ai compté 105 qu’on nommait un à un avant chaque concert. Trop de commanditaires nuit au commanditaire.

Il y a moyen de commanditer des événements culturels, de marquer sa présence et de profiter de la visibilité différemment sans être envahissant et agressant afin de séduire le spectateur et démontrer sa généreuse implication. N’est-ce pas le but du commanditaire? Mais pourquoi personne ne le fait? Personne? Sauf des Festivals comme le Offf… de Paris qui a demandé à Julien Vallée, artiste montréalais, de présenter de façon originale ses commanditaires. Un bel exemple à suivre.

Chronique publiée sur BRANCHEZ-VOUS.com!

Le bon exemple

L’exemple, pour qu’il soit suivi, devrait toujours venir d’en haut.

Dans le cas des enfants, le bon exemple devrait bien sûr venir des parents, des profs, des éducateurs, des grands frères et des grandes sœurs.

Et pour le peuple, il devrait émaner des autorités, de la police, des patrons, des élus, du gouvernement, des personnalités publiques, du Premier ministre, de la Reine, du Pape, de Dieu.

Un flic qui tabasse un manifestant pacifique ne donne pas le bon exemple. Un élu qui reçoit des enveloppes brunes ou qui passe ses vacances aux frais de ses fournisseurs non plus. Pas plus qu’un éboueur qui laisse traîner éparpillées par milliers des restes de poubelles dans la rue après son passage ou un chef d’entreprise qui dilapide le bien de son entreprise à des fins personnelles. Et que dire d’un curé qui joue à touche-touche pipi avec ses ouailles ou d’un agent de stationnement qui se gare dans une zone interdite?

On voit de moins en moins de gens qui donnent le bon exemple.

Et après vous voudriez que le bon peuple soit obéissant, sage, honnête, généreux et travaillant.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com!

Ma fille ne veut pas être mon amie Facebook :(

Je lui ai tout appris. Comment allumer un ordi, comment aller sur Internet, comment s’inscrire sur Facebook, comment configurer des paramètres de sécurité afin qu’aucun quidam malveillant ne la harcèle et, surtout, afin que le premier, ou même le dernier, pervers venu ne mate jamais ses photos sans autorisation parentale.

Et puis elle a commencé à demander à ses copines intimes de devenir ses amies. Et aux amies de ses amies. Et aux amis aussi, elle n’a pas 14 ans pour rien. Et puis, un matin, je lui ai envoyé une demande d’amitié. Elle m’a ignoré. Jusqu’au jour où elle s’est mise à en rire.– Mais papa, tu ne vas quand même pas être mon ami, tu es mon père.

Si j’étais son ami, je constaterais que sur Facebook elle n’a pas de frère comme dans la vie mais qu’elle a une sœur qui est sa meilleure amie dans la vraie vie, que, contrairement à la grande majorité de ses amies de deuxième secondaire, elle n’est pas mariée, qu’elle fait partie du groupe «Ma chambre n’est pas en Bordel, elle est rangée à ma Façon =D», «on connaît tous une Audrey» et «Panneau Ralentir ecole Comme si jallais courir pour y aller», qu’elle est membre de «Pour que Dora s’achète un GPS», qu’elle est fan de «tous ceux qui adorent les arcs-en-ciel», de «Dieu est incarné dans le Nutella, je suis sûr» et de «Frites», qu’elle est l’amie virtuelle de sa pire ennemie dans la réalité, qu’elle écoute «Claude François» et qu’elle regarde «Les Vacances de Monsieur Hulot» comme son père, qu’elle écrit «bonjour» «boonjouur», «je t’aime» «jee t’aiimee» et «comment ça va» «koomeent sa va». Je découvrirais qu’elle prend des «pics de chix» dans mon miroir dans ma salle de bains avec mon appareil photo, que, chaque vendredi, elle écrit «Vendredi», que le lundi, c’est «Lundi:(» et que, selon son statut, elle était à l’«Apple Store New York» lorsqu’elle était bien à l’«Apple Store New York» avec moi.

Heureusement, j’apprendrais aussi qu’elle n’écrit pas comme son amie TruchMuche des choses genre style comme «Plus Le Temp Avance,Plus On srend Compte Ke Le Monde Dont On Se Croyait Si Proche Sont au Fons Si Loin…» avec les fautes, les espaces et les points compris, mais qu’elle a écrit «lol» pas moins de 734 fois cette semaine.

Si elle avait accepté ma friend request, je saurais que son amie Bidule a 317 photos d’elle devant le miroir, que ma fille a 234 amis dont au moins 229 ont une photo prise devant le miroir, qu’elle connaît tous ses amis Facebook personnellement quoiqu’elle n’ait pas pris l’habitude d’aller luncher avec eux comme son père, et qu’elle a, un dimanche soir à dix heures moins quart, 41 discussions instantanées à l’écran alors qu’elle est incapable de soutenir une conversation à deux à l’heure du petit déjeuner.

Mais je ne suis pas son ami. Et je ne sais donc pas tout ça. Tant mieux.

Illustration: Annie Descôteaux

Texte publié dans le magazine Urbania

Pousser le bouchon

La saloperie que la compagnie pétrolière BP déverse dans le Golfe du Mexique depuis une éternité n’a pas fini de polluer nos médias. Mais savez-vous d’où viennent les nouvelles concernant la tache d’huile qui se répand dans la mer comme une traînée de poudre dans un bar branché?

Qui nous a joyeusement annoncé que le puit débordant de pétrole toxique avait enfin été fermé comme une valise récalcitrante avant les vacances? Qui a dit pour une ixième fois qu’une opération destinée à boucher «définitivement» la fuite de merde noire allait être mise en place pas plus tard que très bientôt? Qui parle de mettre enfin fin (n’est-ce pas joliment dit?) à la catastrophe? Qui jauge, c’est le cas de le dire, les chances de réussite de ces opérations de sauvetage à répétition? D’où viennent les images des dégâts? D’où viennent les informations sur les quantités de pétrole que BP met dans la mer pendant que les autorités mettent de l’eau dans leur vin?

Avez-vous vu un journaliste avec un masque et des palmes aller au fond du sujet? Où sont les envoyés spéciaux si prompts d’habitude à enquêter par milliers sur la mort de Michael Jackson, la fécondation in «vitraux» d’une chanteuse bien connue ou la prochaine destination vacances des Obama?

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai surtout vu des relationnistes patauger en eau trouble pendant des conférences de presse nauséabondes dans des salons cossus de fil bleu.

BP, qui ne sont pas, comme on pourrait le croire, les initiales de Bouchon Poussing, mais bien de Beyond Petrol ce qui prouve qu’en dessous du pétrole, il y a de la merde, essaye de nous faire croire qu’elle se préoccupe d’environnement.

L’entonnoir que la multinationale en folie tente de mettre au fond de la mer, elle ferait mieux de le poser sur la tête de ses actionnaires fous de fric.

Publié sur BRANCHEZ-VOUS.com!

Ferme la porte!

La première fois, c’était en jouant au Scrabble (marque déposée sur la table). Toutes les portes de l’appartement étaient ouvertes. Pas de rideau. Pas de pudeur. Pas de danger.

C’était un peu fébrile. Mais tellement doux. Une découverte. Et puis il y a eu les autres fois. Dans le salon. Sur le canapé, bien sûr, mais aussi sur le tapis, sur le fauteuil, sur la petite table à café qui a failli craquer, devant la télé, en écoutant la radio. Et sur le comptoir de la cuisine, pendant que tu épluchais les patates, et par derrière pendant que tu faisais la vaisselle. Il y a aussi la fois où l’on n’a même pas fini le souper, on a tassé les assiettes, les verres, les bougies et les bouteilles. Il y a aussi toutes ces fois dans l’escalier, trop pressés d’y arriver, avant de recommencer, une marche à la fois. Et la fois entre Montréal et New York. Il y a les vêtements abandonnés à travers la maison, les étreintes sans raison, les baisers infinis, les corps à corps improvisés. Dans mon bureau. Et sur mon bureau. Et sous le bureau. Dans la salle de bains, un classique. Sous la douche, sur le bol de toilette, sur le lavabo, contre le mur, devant le miroir. Même sur la terrasse des soirs d’été. Et ailleurs. Dans un stationnement, près de la mer, dans un bois, au Vermont, dans un champ, en Lorraine, sur une plage, en Nouvelle Angleterre. C’était n’importe quand, tout le temps, n’importe où, partout.
Maintenant, tout ça n’est plus possible. À cause des enfants.
Allez savoir pourquoi, mais désormais, ça se passe aux abois, l’oreille tendue, l’œil attentif, tous les sens en émoi. Le moindre craquement de plancher fait débander. Une porte qui s’ouvre, c’est une chemise qui se referme. Des pas qui descendent l’escalier, c’est un pantalon qui remonte. Et quand, malgré le danger, on prend le risque de se rapprocher, le souffle est court, le désir pressé, le geste discret, la tendresse timide et le plaisir silencieux. Quand la pièce en un seul acte n’est pas écourtée, elle est tout simplement annulée. Tout est prétexte à repousser le doux moment de l’exquise extase. L’heure du coucher, l’heure du bain, l’heure du réveil, l’heure du boire, l’heure du pipi, l’heure de l’école, l’heure qu’il est,… ce n’est plus jamais la bonne heure pour l’ultime bonheur. Et le pire de tout, l’appel des rêves brisés, le cri qui refroidit, le mot de tous les désenchantements, « Mamaaaaaan ! ».
On peut bien se faire surprendre par le facteur, le locataire, le gros chien de la voisine ou même une ex-flamme ça ne nous dérange (presque) pas. Mais par les enfants, ça, jamais !
On n’a pas plus envie que nos rejetons assistent à nos ébats qu’on a envie d’imaginer papa dans maman ou maman sur papa. Malaise. La peur du regard interrogatif. La crainte des questions embarrassantes. Le trouble de devoir trouver l’explication la plus précise et pourtant la moins explicite possible. Et surtout la déception d’interrompre l’action en pleine ascension.
Mais pourquoi tant de chichis face à quelque chose de si beau et de si naturel ? Relents de notre vieille éducation judéo-chrétienne ? Résultats des pressions néo-conservatrices ? Angoisses de pousser nos petits novices trop vite dans les bras du vice ? Conséquences de siècles d’alcôves et de tonnes de romans à l’eau de rose ?
Là où il y a nos gènes, il y a de la gêne.
Illustration: Laurent Pinabel
Texte publié dans le magazine Urbania

La préparation du supporter

Partout, on ne parle que des équipes, des tactiques, des joueurs, des entraîneurs, même de la condition physique des arbitres, mais on parle peu de l’amateur de ballon rond communément appelé « le supporter » qui, par milliards, suit avec passion cette Coupe du monde et, en moindre nombre, ce blogue. Lire la suite « La préparation du supporter »