Lent demain

Vous avez beau crâner, mais quand les restes de la soirée se retrouvent sur le plancher, c’est dans la tête que ça se casse.

Pas la force ni la présence d’esprit d’analyser tout ce que vous avez répandu du salon à la salle de bains et de la salle de bains à la chambre à découcher. C’est pas beau à voir. C’est encore moins bon à sentir. Mais d’où viennent ces morceaux de pizza liquéfiés qui flottent dans un mélange de vin chilien, de tequila cheap et de vodka-canneberge ? Et cette paire de jeans qui traîne sur le canapé ? Si c’est pas la vôtre, c’est celle de qui ? Où sont passés les Alka-Seltzer ? Il restait pas une bière dans le frigidaire ? Pout pout pout. Même pas le goût d’un St-Hubert..

Une fois parti que reste-t-il du party ? La magie dense reste sur les pistes de danse. L’adrénaline suit les courbes qui se déhanchent. Les cœurs s’épanchent pour des sourires étanches. Les chairs se rasent dans un étrange corps à corps flasque. Et les regards qui en disent long tissent une toile dans laquelle tout se mêle. Une mystérieuse inconnue, la face carrée d’un insipide, les formes rondes d’une fausse blonde, les jambes oblongues d’une vrai brune, les pectoraux gonflés d’un gominé, plus c’est improbable, moins c’est impossible. Peu importe l’ivresse, du moment qu’on a le vain. La sueur suinte et l’épiderme suit. C’est l’effusion des fusions, la turbulence des fluides, l’échange des microbes. Les rencontres aléatoires entre ions négatifs et avortons positifs. Si la musique n’est pas trop forte, l’alcool se charge de brouiller la réalité. Et quand il coule à flot, c’est fou comme tout devient flou. Les portes s’ouvrent, les barrières tombent. C’est le moment de plonger dans l’inconnue, de goûter à l’insipide, de tâter des formes rondes, de s’allonger avec la brune, de s’emmêler au gominé. Et attendre les lents demains qui déchantent avant d’ouvrir les yeux. Vous connaissez la chanson.

Pourquoi n’y a-t-il jamais de demi mesure dans le tempo effréné de nos sorties ? Dans la vie comme dans la nuit, il en faut plus. Toujours. Rester une demi-heure de plus. On ne sait jamais. Boire un verre de plus. Un petit dernier, pour hydrater la route ou pour noyer le doute. Fermer le club une fois de plus. De toute façon quelle heure est-il ? Plus le temps passe, moins le temps lasse. C’est l’esthétique de l’éthylisme. L’escalade pour une hypothétique escapade.

Dans nos agendas chargés, le party est le fin du fin, le boute du boute. Surtout le boute de la semaine, et le début de la fin. Mais l’enjeu en vaut-il la chandelle ? Surtout quand on la brûle par les deux bouts. Y a-t-il des partys sans confusion ? Des soirées sans excès ? Des sorties sans regret ? Des fêtes sans mal de tête ? Et si l’exagération faisait partie de l’exaltation ?

Heureusement qu’on en est conscient. Conscient, jusqu’à la prochaine sortie.

Illustration: Laurent Pinabel
Texte publié dans le magazine Urbania
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