La télé c’est mieux… à la télé

J’étais dimanche à la soirée des prix Gémeaux. Pas comme vous, confortablement installé dans votre fauteuil favori avec un verre de votre breuvage préféré dans une main et la main de votre conjoint(e) chéri(e) dans l’autre.

Non, j’avais la chance de posséder un précieux billet qui m’a permis d’accéder à la remise des prix en direct dans la salle du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, de prendre, avant, quelques bouchées avec le gratin de la télé et, après, de me faufiler entre les gagnants de la soirée et les autres artisans de la télé pour un party aussi bruyant que bien arrosé.

Oui, les bouchées étaient bonnes, les artistes beaux, bien habillés et toujours prêts à vous faire un sourire. Mais assister à une soirée télé dans les sièges droits et collés d’une salle de théâtre plutôt que dans le confort de votre salon payé en trois versements égaux relève plutôt de l’effort d’imagination.

Je vous résume l’histoire.

Véro est là, belle, pimpante, généreuse, volubile, drôle, professionnelle,… mais si loin, si petite dans un décor si grand. Ses présentations sont parfaites, ses textes sont justes et comme il faut, les gagnants sont émus, préparés, spontanés, émouvants, amusants, les présentations sont ni trop longues ni trop courtes, les extraits sont bien choisis, les discours protocolaires ne sont pas plus envahissants que des discours protocolaires habituels. Mais autour de Véro et des gagnants, il y a le ballet incessant des caméras dans un décor sans mouvement. Vus de votre place au balcon, les sourires ou les larmes des gagnants n’ont pas la même émotion et les décolleté ne sont pas aussi pigeonnants que sur votre écran HD. Les monologues sans montage sont monotones. Les extraits vidéos sont, au mieux, projetés sur un écran géant, au pire, cachés par un mur de projecteurs. À chaque pause, on demande à la foule d’applaudir comme si sir Paul venait de débarquer afin de meubler le silence avant que l’émission ne recommence. Si vous vous levez pour un petit tour aux toilettes en enjambant des robes à paillettes et des smokings, vous devez attendre la pause suivante pour réintégrer votre place. Et à la sortie de la salle, les photographes et les journalistes se précipitent sur les gagnants qui ont à peine le temps d’esquisser un mot.

Vous n’avez rien vu de cette cacophonie. C’est la magie de la télé et c’est à la télé qu’elle se voit le mieux.

Le paradis, pardi!

Je vis sur une île entourée d’eau. En ces temps d’automne qui recommence sa ronde et d’hiver qui prend son élan, on pourrait penser que c’est le paradis.

Mais sur mon île, il n’y a pas de palmiers, sauf dans les couloirs des centres d’achat. L’eau est loin, souvent inaccessible, pas vraiment bleue, pas vraiment propre et surtout jamais assez chaude. Sur mon île, il n’y a pas de sable ailleurs que dans les parcs pour les enfants, le béton est armé et l’asphalte coule à flot. À la place des plages, il y a des autoroutes. Et sur les rives bucoliques, des tours, des usines et des terrains vagues.

Je ne suis pas seul sur mon île. Nous sommes des milliers, voire des millions. Des insulaires qui s’ignorent. Des Robinson de salon.

On oublie que Montréal est une île. Les hommes qui l’ont bâtie ont tourné le dos au fleuve et à l’eau. Comme si la ville, à l’instar des huîtres, s’était renfermée sur elle-même. Comme si elle avait oublié d’où elle venait.

Sur notre île, il y a bien quelques maisons au bord de l’eau. Il y aussi quelques parcs, souvent maléfiques. Mais contrairement aux grandes villes portuaires du monde comme Londres, Barcelone ou New-York, notre ville n’a pas encore trouvé le projet qui la remettrait à flot.

Il faut attendre que les grands voiliers débarquent exceptionnellement dans le port de Montréal pour que la foule se précipite et se rappelle qu’elle a le bonheur de vivre sur une île qui pourrait facilement être paradisiaque.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com!

Ne vous plaignez plus

De la politique énergétique débile de l’équipe Charest au gouvernement ultra-minoritaire de Stephen Harper qui n’en fait qu’à sa tête, du prix ahurissant de l’essence au délabrement prodigieux du système de santé, des nominations douteuses des juges à la corruption institutionnalisée du milieu de la construction… vous laissez faire. Ne vous plaignez plus !

Quand le peuple doit prendre une décision, quand vient le moment de faire entendre sa voix, quand il a l’occasion de remettre ses dirigeants sur le droit chemin ou de barrer la route aux malhonnêtes qui démembrent le système québécois à leur profit, il reste assis sur son steak.

Dimanche, il y avait une manifestation contre la politique énergétique libérale qui rappelle les pires heures de Germinal et le choix des énergies redoutables au lieu des énergies renouvelables. Le peuple n’était pas au rendez-vous.

Charest organise une vente de feu du sous-sol québecois au profit de ses amis et seuls quelques militants clairsemés étaient présents.

Aux dernières élections, moins d’un électeur vivant sur deux a quitté son fauteuil pour aller faire son devoir de citoyen. Et que dire de la poignée de grabataires qui a élu un autre ami de Charest hier à Saint-Laurent.

Plutôt que d’écrire au Premier ministre pour lui demander des comptes et lui rappeler qu’il doit servir le peuple avant d’enrichir les entreprises, plutôt que de signer des pétitions pour demander à tout ce beau monde qui roule en limousine qu’ils ne sont pas assis à l’Assemblée pour faire la sieste ou refiler des contrats à leurs amis, plutôt que de sortir dans la rue et de crier votre désaccord face à l’incroyable pillage des richesses collectives digne des plus beaux épisodes du Far West, vous préférez le confort de votre fauteuil en cuir payé à crédit. C’est votre choix. Mais alors arrêtez de vous plaindre.

Il est temps que le Canadien revienne sur la glace pour vous redonner le goût de sortir dans la rue !

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com!

Les Québécois sont des Flamands

Quand j’ai quitté ma Belgique natale et que je suis arrivé la première fois à l’aéroport international de Montréal, un soir de tempête de neige du siècle dernier, j’avais en tête tous les clichés : la cabane, les tabernacles, les castors, la police montée, le blizzard comme dans Lucky Luke, les trappeurs et les chemises à carreaux.

J’avais laissé derrière moi Bruxelles, les moules, les frites et la tendre guerre entre les Flamands et les Wallons, pour venir m’installer au Canada, terre de vos aïeux, des grands espaces, de la charte des droits et libertés et des casques bleus. Je ne m’attendais certainement pas à vivre une réplique du complexe conflit linguistique belge qui me donnait envie, chaque matin, de jeter mon radio-réveil par la fenêtre.

Il m’a suffi de fréquenter quelques francophones avec la fleur de lys tatouée à la place du CH, de travailler avec le ROC, Ze Rest Of Canada, et de zapper la télé pour comprendre. Le Québec, ce n’est pas le Canada. Montréal, ce n’est pas Toronto. Et les Québécois… ce sont des genres de Flamands.

Les uns baignent ici dans un océan d’anglitude. Les autres, là-bas, sont ceinturés au sud par une mer de francophones, au nord par des hordes scandinaves, à l’est par de solides Germains et, à l’ouest, par la mer du Nord pour dernier terrain vague. En me penchant sur l’histoire du Québec, je découvrais, à mon grand désarroi, plus de similitudes avec celle de la Flandre qu’avec celle de la Wallonie.

Fuck ! Ces ressemblances entre deux peuples si différents allaient-elles me permettre de comprendre ce que je n’avais pas compris, une fois ? Comme les Flamands, les Québécois ont été dominés par une classe politique et économique qui parlait une autre langue que celle du peuple. Les patrons des usines de Bruges, de Gant ou de Bruxelles maniaient avec élégance la langue de Molière alors que ceux de Pointe Saint-Charles, d’Arvida ou de Gaspé ne connaissaient que celle de Margaret Atwood même si celle-ci n’était pas encore née.

Crisss ! Je ne vais tout de même pas commencer à plaindre les Flamands que j’ai détestés toute ma vie. Les ouvriers flamands qui devaient s’adresser en français à leurs contremaîtres ont commencé dès la fin du XIXe siècle à s’insurger contre cette injustice linguistique. On se serait cru dans le Québec des années 1960, mais un siècle plus tôt. À une époque où René Lévesque n’était pas encore un boulevard, la défense du prolétariat ainsi que la lutte contre l’injustice sociale et pour l’égalité en Belgique annonçait la montée inéluctable du mouvement nationaliste flamand.

Godverdoeme ! Je suis en train d’expliquer la cause du Bloc Québécois en prenant exemple sur celle du Vlaamse Blok. La Flandre a fini par avoir son parlement, son drapeau, son gouvernement, sa capitale, ses lois… Et ne me demandez pas d’expliquer la situation politique actuelle et encore moins celle à venir, même le roi des Belges ne pourrait pas.
Aujourd’hui, en Belgique, des deux côtés de la frontière linguistique, il y a des parkings, des shopping centers, des car-wash, des drive-in et pour que les « deux peuples fondateurs », comme on dirait à Ottawa, se comprennent, on parle anglais. Les Flamands, quant à eux, baragouinent entre eux un néerlandais appauvri émaillé d’english et d’expressions francophones. En les entendant, je pense aux Québécois perdus sur quelques arpents de neige. Et je comprends maintenant pourquoi les Flamands veulent eux aussi défendre leur patrimoine, leur culture et leur identité.

Tabernacle de Rogntudju ! C’est difficile à admettre quand on est wallon.

Va chié*

J’adore les gens qui écrivent des insultes avec des fautes d’orthographe.

Ça en dit long sur le niveau du débat qu’ils veulent lancer et sur la qualité des arguments qu’ils s’apprêtent à mettre sur la table.

Souvent, ce sont ceux-là qui vous tutoient avant même de vous connaître. Croyant du même coup qu’en se rapprochant de vous, ils peuvent tout se permettre. J’ai déjà écrit tout le mal que je pensais de ces tutoyeurs sans retenue.

L’orthographe n’est pas seulement une vue de l’esprit, un exercice intellectuel, un devoir d’école, c’est aussi le meilleur moyen de clarifier ses idées avec précision, l’unique façon d’exprimer son point de vue sans risque de confusion, l’incontournable manière de définir sa pensée sans plonger l’interlocuteur dans le doute.

Dans le «Va chié» ci-dessus, plusieurs interprétations sont possibles. L’auteur a-t-il voulu dire qu’il était parti (va) dans un village nommé Chié ? Ou qu’il allait (va) mal (chié) ? S’il n’avait fait qu’une seule faute, on pourrait penser qu’il annonçait qu’il s’en allait (va) aux toilettes les plus proches (chier). Mais tout porte à croire qu’il a fait deux fautes. Dans deux mots sur un total de huit lettres, c’est 25 % d’erreur. Reconnaissons que l’insulte qui se voulait cinglante manque furieusement de piquant.

La langue est une arme puissante quand elle possède tous les ingrédients pour être explosive. Mais quand il lui manque la poudre ou le détonateur, elle est aussi inoffensive qu’un pétard mouillé.

*Orthographe d’origine contrôlée, tel que vu sur le mur d’une ruelle.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com

Les bons et les méchants

Le monde est irrémédiablement divisé en deux. Ceux qui sont avec vous et ceux qui sont contre.

Les gentils et les vilains. La police et les bandits. Les Nordistes et les Sudistes. Les Alliés et les Allemands. Les cowboys et les Indiens. Les orphelins et les curés.

Il y a, dans la vie comme dans les films, deux camps.

Les environnementalistes et les multinationales du gaz qui pue. Le bonheur et l’argent. Vous au volant et les autres automobilistes. Marc Bellemare et Jean Charest. La vérité et le mensonge. L’avocat et l’avocat. La démocratie et Stephen Harper. L’avenir et les promesses. L’été et Météo Média. Les wallons et les Flamands.

On ne peut pas être d’accord avec tout le monde. Et c’est même beaucoup plus amusant d’être contre.

Québec-Montréal. La ville versus la banlieue. Le hockey ou la politique.

Des antagonismes naissent les grands projets. Et les grosses déceptions.

Le Québec et le reste du Canada.

Les contraires s’attirent et les oppositions se complètent.

Le chroniqueur et le lecteur.

Y a-t-il moyen d’avoir un jour quelque part un terrain d’entente?

Chronique publiée sur BRANCHEZ-VOUS.com