Des mots inappropriés

Des relations inappropriées. Des images explicites. Des actes déplacés. Des paroles inélégantes. Les gens font preuve d’un vocabulaire élaboré quand ils ne veulent pas appeler un chat, un minou, une relation sexuelle, une baise et un zizi, un phallus ou un braquemart.

Il y a quelques jours, on nous apprenait que les flics de Québec avaient été pris en flagrant délit de cyberflânage pendant leurs heures de travail. Je me suis demandé de quoi il s’agissait. Prenant mon courage à deux mains et mon dictionnaire de l’autre, j’ai constaté que si le mot «cyberflânage» n’était pas encore entré dans le petit Robert, c’était sans doute parce que des agents zélés de l’Office de la langue française l’avaient créé de toutes pièces en collant, comme ils ont pris l’habitude de le faire, deux mots ensemble.

Cyber et flânage… Je me disais que ça voulait peut-être dire que des policiers curieux déambulaient à travers Internet à la recherche de quelque indice qui leur permettrait d’écrouer un vilain bandit ou un crosseur professionnel.

Pas du tout!

Les constables avaient profité de leurs heures de bureau pour visiter des sites pornographiques ce qui, en des mots plus crus, veut dire qu’ils s’étaient rincé l’œil en bavant devant des femmes à poil et à vapeur prises en sandwich, et pas seulement à l’heure du lunch, par des hommes bien membrés. Ils avaient aussi utilisé les ordinateurs officiels du service de police pour échanger des courriels à teneur sexuelle, ça, ça veut dire en langage clair qu’outre des blagues de cul, ils s’étaient envoyé des photos de gang bang, des images de sexes humides en gros plan et peut-être même des MILF en pagaille.

Vous me direz, dans le langage efficace qui vous caractérise: «y a rien là.» Mais là n’est pas mon propos.

Nos médias font des efforts d’imagination pour atténuer la portée de leurs mots en utilisant un vocabulaire «approprié» bien loin de la réalité. Mais à côté, ils ne lésinent pas à montrer les images crues d’un ex-colonel en petite culotte de dentelles ou des corps sanglants de victimes de guerre. Aux images choquantes, vous savez que nous préférons les mots justes même s’ils doivent être colorés.

Ce qu’il y a d’inapproprié, c’est un maire qui pense que les cyclistes n’ont rien à faire dans les rues de sa ville, c’est une ministre qui passe des lois en mettant le bâillon à l’Assemblée, c’est un parti au pouvoir qui vend le sous-sol de sa province à ses amis, c’est un gouvernement minoritaire qui met à sac les institutions démocratiques de son pays…

Le reste, ça fait partie de la vie. Et il n’y a pas de raison de vouloir le cacher derrière des mots qui ne veulent rien dire.

 

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Il y a aussi des ascenseurs à Ottawa

On parle beaucoup, ces temps-ci, des retours d’ascenseurs entre le gouvernement Charest et ses généreux donateurs, qu’ils soient contracteurs, directeurs d’écoles anglophones, chercheurs de gaz, administrateurs de multinationale… Il n’y a pas de raison pour que ce soit différent du côté d’Ottawa. C’est seulement mieux caché.

Le gouvernement ultra-minoritaire de Stephen Harper a pris l’habitude d’éluder des choses, de fuir les journalistes, de camoufler la réalité et de censurer les documents qu’il laisse sortir au compte-goutte malgré la loi d’accès à l’information. Il est donc difficile de savoir ce qui se passe vraiment dans les officines du pouvoir conservateur qui dirige le Canada irrésistiblement vers la droite au fond du couloir en sortant de l’ascenseur.

Pourtant la modification honteuse d’un appel d’offre pour la rénovation du parlement canadien permettant à un contracteur, ami des conservateurs, de remporter le pactole sous les yeux ébahis des autres entrepreneurs (comme s’ils ne savaient pas comment ça se passe) aura permis à l’électeur qui sommeille en vous de constater que le retour d’ascenseur n’est pas seulement une spécialité libérale.

Pressée de questions, la ministre des travaux publics, Rona Ambrose qui, contrairement à ce que son nom indique, ne tient pas une quincaillerie, nous a repassé une vieille cassette digne de Christine St-Pierre. Bref, elle n’a rien vu, rien fait.

Il semble que modifier les règles fasse partie du jeu pour que le gagnant déterminé d’avance soit en mesure de rentabiliser ses dons.

Que ce soit à Québec ou à Ottawa, les ascenseurs multiplient donc les allers-retours. Alors que tout le monde sait qu’il est bien plus sain de prendre les escaliers.

 

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C’est pas moi, c’est le PQ!

En arrivant au pouvoir en 2003, Jean Charest a inventé un petit jeu amusant à l’intention de ses députés en manque d’imagination. Ça s’appelle «C’est la faute du PQ». Ça consiste à remettre tout ce qui va mal sur le dos du parti de Pauline Marois. Vous voulez jouer avec nous ?

Au début, c’était de bonne guerre. Quand le Parti Libéral de Jean Charest a pris à deux mains la tête du gouvernement québécois, il accusait l’opposition d’avoir laissé la province dans un drôle d’état. Le jeu était facile même si les choses n’allaient pas si mal.

Les urgences qui débordent? C’était la faute du PQ.
Le CHUM qui n’est toujours pas construit? C’était la faute du PQ.
L’augmentation des tarifs d’électricité? C’était la faute du PQ.
Les élèves qui ne savent pas écrire sans faute? C’était la faute du PQ.
La crise du papier commercial? C’était la faute du PQ.
Le PLQ qui n’était pas prêt? C’était encore la faute du PQ.

Aujourd’hui, ça devient lassant. Toujours en manque d’arguments, le gouvernement Charest qui n’a pas cessé de détourner l’attention de ses mauvaises actions en accusant le PQ de tous les maux ne sait plus quel scandale dénicher dans le passé des péquistes.

Sept ans après que le PLQ nous ait promis qu’il n’y aurait plus d’attente à l’hôpital, les urgences débordent toujours et on y meurt même parfois de trop attendre. C’est la faute du PQ.

Un site web créé par un felquiste repenti il y 40 ans dénonce les mauvais coups du PLQ. C’est la faute du PQ.

Il y a des manifestations monstres en France. C’est sans doute la faute du PQ.

Le pont Champlain est bloqué jusqu’à la Vérendrye. Encore la faute du PQ.

Le robinet qui fuit et la toilette qui coule. Toujours la faute du PQ.

Il n’y a plus de lait dans le frigo… devinez la faute à qui…

J’ai bien hâte que le PQ reprenne le pouvoir pour qu’il corrige toutes ces erreurs dont il est le coupable.

 

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On nous coupe la langue

L’habitude récurrente que le gouvernement Charest a prise d’imposer le bâillon pour faire passer des lois dont il ne veut pas discuter s’apparente à étrangler l’opposition, à couper la langue de ceux qui ne sont pas d’accord et à enfermer les dissidents derrière un mur de silence. On a déjà envoyé l’armée pour moins que ça.

Le discours à l’Assemblée Nationale de Jean Charest, Christine St-Pierre et consorts est éloquent. Alors qu’ils prétextent les libertés individuelles pour imposer leur loi qui permettra aux riches d’envoyer leurs enfants dans des écoles anglophones subventionnées, ils briment la liberté collective de ceux qui ne sont pas d’accord avec eux et réduisent à néant des années d’efforts pour défendre une langue qui perd sans cesse du terrain.

J’ai écouté attentivement le débat d’hier sur la loi 115 ex-loi 103. Pas une seule fois les sbires du gouvernement et leur guide suprême n’ont essayé de répondre aux questions qu’on leur posait sur le recul flagrant que cette loi apportait à notre petite société francophone isolée dans un océan d’anglitude. Ils étaient trop occupés à ressortir des extraits de vieux programmes du PQ, à lire des citations tronquées de membres de l’opposition et à travestir les paroles de Pauline Marois.

S’ils étaient convaincus du bien fondé de leurs décisions, les libéraux ne passeraient pas tant de temps à déverser leur fiel contre leurs opposants avant de leur clouer le bec définitivement. Ils nous sortiraient plutôt une kyrielle d’arguments intelligents pour nous convaincre qu’ils travaillent pour le bien collectif et l’avancée de toute la population. Mais il est de plus en plus clair que ce gouvernement en manque d’arguments ne travaille que pour le bien d’une poignée de contributeurs au détriment de la majorité des contribuables.

Si le petit peuple Québécois, petit en nombre comme le rappelait Pauline Marois, ne crie pas aujourd’hui pour faire entendre sa voix qu’on tente de bâillonner, il ne devra pas s’étonner demain de vivre dans un pays où il ne saura plus se faire comprendre.

 

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Bastarache: mes conclusions

Faut-il avoir usé les bancs de la faculté de droit, fait le barreau comme d’autres font les cents pas, écouté chaque seconde de la soporifique et sans surprise commission Bastarache, fait un bac en composition chimique d’encres de stylo et feuilleté des kilomètres de Post-it pour pouvoir tirer des conclusions sur le triste cirque auquel notre classe politique nous a convié?

Je n’ai rien fait de tout ça, surtout pas des études. À peine ai-je regardé quelques minutes du show télédiffusé en continu et lu quelques éditoriaux sur le sujet. Pourtant, je vais moi aussi faire sous vos yeux ébahis l’exercice tout simple de tirer des conclusions comme d’autres tirent l’orignal ou le canard sauvage. Et ça ne vous coûtera même pas la moitié du dixième d’une infime partie du salaire horaire d’un avocat.

Marc Bellemare est passé pendant plusieurs jours dans la moulinette de la batterie d’avocats de son ex-parti appuyés par un bataillon d’avocats du gouvernement et épaulé par un char et une barge d’avocats de Jean Charest Premier lui-même.

Conclusion: ça coûte cher d’enculer des mouches. Et au bout du compte (de taxes) on n’apprend rien sinon qu’il vaut mieux avoir un avocat à ses côtés que derrière soi.

Des notes manuscrites ont été épluchées par des experts dignes de la NASA, d’antiques disquettes ont été authentifiées par de fins limiers, des agendas ont été comparés, analysés à la loupe, étudiés au microscope.

Conclusion : la mémoire est aussi flexible que la pâte à modeler ou l’opinion publique. Vous rappelez-vous ce que vous avez fait le 3 septembre à 15 h 30 ? Je ne parle pas d’il y a cinq ou six ans, je parle de cette année. Grâce à la mémoire qui flanche, l’éthique peut jouer à l’élastique sans avoir peur que ça lui pète à la gueule.

Des élus, d’ex-ministres, d’actuels chefs de gouvernements, de très-hauts-fonctionnaires et de très grands patrons de la construction ont été appelés à témoigner.

Conclusion: ces gens-là vont souvent au restaurant en compagnie d’inconnus avec qui ils n’entretiennent aucune relation, juré, craché, sous serment. Au moins, c’est bon pour l’industrie de la gastronomie italienne.

Il y a eu des dizaines de médias, des centaines d’heures de diffusion en direct, des analystes, des éditorialistes, des journalistes monopolisés pour l’occasion.

Conclusion: quand on parle de ça, on ne parle pas d’autre chose. Ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien d’autre.

Et en conclusion de mes conclusions, il est temps de passer aux choses sérieuses. Par exemple une enquête publique sur l’industrie de la construction et l’apparence de collusion entre celle-ci et les hautes sphères du pouvoir. Tant qu’à dépenser des millions…

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Les vieux

De mon temps, quand on était jeune, on voulait prendre la place des vieux. On piaffait d’impatience pour sortir de l’école, la grande, pour apporter notre pierre à l’édifice de la société moderne. On débordait d’ambitions, d’idées, d’initiatives, d’aspirations, de projets, d’opinions, de résolutions.

Aujourd’hui, ce sont les vieux qui veulent prendre la place des jeunes.

Ils se lissent le visage et se sculptent le body. Ils envahissent les pistes cyclables en été, les pistes de ski en hiver et les pistes de danse le samedi. Ils écoutent la musique forte et prennent des boissons énergisantes. Ils se promènent jeans déchirés, chemise débraillée et ne mettent plus de cravate. Ils font les lois, mais fument des pétards sans se cacher. Ils ont les jobs les plus hots et les voitures les plus sports. Ils tiennent le crachoir et monopolisent les ondes. D’Ottawa à Québec, ils s’accrochent à leurs fauteuils d’élus du peuple et quand, par miracle, un jeune s’immisce dans leurs rangs, ils le cachent ou le cassent.

Les vieux ne sont plus les sages d’autrefois. Ils ne ressassent plus le passé, ne se soucient plus de l’avenir et vivent dans le moment présent.

Contre qui voulez-vous que les jeunes se révoltent si les vieux désormais leur ressemblent?

Mais où sont les vrais vieux. On les voit si peu. On les fréquente tellement rarement. Et on ne les entend jamais.

Les jeunes d’aujourd’hui sont toujours aussi pressés de quitter l’école. Mais cette fois, c’est pour décrocher. Peut-être parce qu’on ne leur donne plus l’occasion de rêver?

Que voulez-vous qu’ils aient envie de devenir quand on leur montre à satiété que s’ils veulent devenir quelqu’un, ils doivent passer à la télé?

 

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J’y pense et puis j’oublie*

Des milliards de perdus. Un sous-sol qui se dérobe sous nos pieds. Une dispute entre politiciens plus chiens que polis qui tourne à la farcetarache.

Un premier ministre ultra-minoritaire qui démantèle le plus meilleur pays au monde pour en faire l’antichambre lisse d’une sacristie en béton armé. Un autre premier frisé qui brade son simili pays au profit de ses amis. Des routes qui se fissurent, des hôpitaux qui s’effritent, des écoles qui se désagrègent, des ponts qui s’écroulent et une jeunesse qui sombre. Des soldats qui jouent à pan-pan cul-cul dans des pays éloignés. Des VUS gloutons dont le moteur tourne en rond en attendant que le moron qui lui sert de chauffeur y dépose le postérieur avant de s’engluer dans la confiture de trafic. Des centres d’achat à la place des champs de blé. Des stationnements à la place des vergers. Des vergers remplis d’autobus. Des villages sans boulangerie. Des chemins sans issue. Des nuits sans soleil. Des journées sans sommeil. Des phrases sans verbe. Un vélo qui descend la rue à l’envers. Une grand-maman s’est éteinte pendant la nuit. Des dimanches comme des lundis. Des tonnes de déchets. Des gens qui empochent. D’autres qui sont poches. Et d’autres encore qui vous font les poches. Des profits et des profiteurs. Des gens sans maison. Des maisons sans enfants. Des arbres sans feuilles. Des forêts sans arbres. Trop de programmes à la télé. Et pas assez de temps pour lire. Trop de promotions au supermarché. Et pas assez de place dans les hôpitaux. Des saumons modifiés. Du maïs transformé. Du blé converti. Du bœuf aux hormones. Des fraises en hiver. Des bleuets toute l’année. Des ananas au prix des patates. Un enfant qui a faim. Un autre qui pleure.

Et la voiture qu’il faut encore changer de côté.

*Inspiré par la chanson « Et moi ! Et moi ! Et moi ! » de Jacques Dutronc et Jacques Lanzman qui date de 1966… comme quoi, rien n’a fondamentalement changé. Rassurant ? Ou inquiétant ?

Billet publié sur le blogue URBANIA