Ma petite fin du monde

Elles se réjouissaient tellement! Prendre l’avion, traverser les océans, retrouver la famille…

Elles se réjouissaient tellement, qu’attendre quelques heures à Londres en transit ne les effrayaient pas le moins du monde.

Et puis la neige s’est abattue sur l’Angleterre. Oh, pas grand chose, une toute petite tempête à côté de celles qu’elles ont l’habitude de voir à Montréal. Mais suffisamment pour retarder leur vol vers leur destination finale d’une heure, puis de deux, puis d’une jour, puis pour toujours.

Annulé. Cancelled.

On ne sait pas trop ce que ça veut dire quand on n’a pas soi-même été un jour annulé/cancelled. Ça veut dire rien, plus rien, débrouillez-vous, on vous jette comme un malpropre, on vous laisse à votre triste sort, on vous abandonne sans autre explication que « c’est la faute de la météo ». Mais quelques centimètres de neige humide, quand on vient de Montréal, quand on a déjà décollé en plein milieu de la fameuse crise du verglas de 1998, quand on a connu chaque année la tempête du siècle, c’est à mourir de rire. Ou de tristesse.

Elles se sont retrouvées toutes les deux mises à la porte de l’aéroport d’Heathrow après deux jours sans sommeil, après avoir quêté un téléphone pour informer leurs proches de leurs déboires, parce que n’allez pas croire qu’à l’ère des télécommunications nos cellulaires marchent partout et nos cartes de crédits sont acceptées sans problème. Elles se sont retrouvées seules dans cette grande ville grise à la recherche d’un moyen pour sortir du chaos comme des centaines de milliers d’autres voyageurs (on parle de 840 000 passagers en rade).

Il faut se rappeler que l’Angleterre est encore une île dont il n’est pas aisé de s’échapper.

Elle se réjouissait tellement, l’ado, de venir fêter pour une fois son anniversaire en compagnie de toute sa famille. Elle a passé la nuit de ses 15 ans couchée parmi des milliers d’autres sous les néons d’Heathrow.

Elles se réjouissaient tellement, et moi je me réjouissais avec elles. Maintenant, je les attends, impuissant contre les éléments.

La neige a bloqué Londres, Paris, Francfort, Copenhagen, Vienne, Berlin, Pise, j’en oublie. Elle reprend de la vigueur sur Bruxelles. La neige qui tombe sur l’Europe n’est plus féérique depuis longtemps. Pour des centaines de milliers de gens bloqués, perdus, sans maison, sans repos, sans nourriture, elle est même devenue tragique.

Toutes les deux, elles se réjouissaient tellement de la féérie des fêtes en famille, des flocons qui décorent les fenêtres, des sapins lumineux, de la fausse neige sur la crèche. Je les attends conscient que notre petite fin du monde ne durera finalement pas longtemps. Même si c’est déjà trop long pour elles.

En attendant qu’elles arrivent, je pense à elles qui errent et qui se serrent, à elles perdues dans cette ville inconnue, à elles en quête d’une issue pour sortir de cette île qui est devenue leur prison.

Épilogue : mardi 21 décembre, 22 h 34. Les voilà enfin à leur destination finale.  4 jours après avoir quitté Montréal. L’issue: le bateau de Douvre à Calais où j’ai eu la chance de pouvoir aller les chercher. Des centaines d’autres voyageurs qui avaient trouvé la même solution pour fuir l’Angleterre ont dû quant à eux trouver un hôtel à Calais ou dormir dans le terminal des ferries . Il n’y avait plus de train… La série noire pour quelques centimètres de neige n’était pas encore finie pour eux.

Mieux vaut en rire

La fin de l’année n’est pas seulement l’occasion idéale de faire la liste des résolutions que vous ne tiendrez pas l’année prochaine. C’est aussi la dernière chance de passer en revue les faits et méfaits marquants des 365 derniers jours (je sais, je suis un peu en avance, mais, vous savez, j’ai toujours aimé être en avance sur mon temps).

Que ce soit l’incontournable Bye Bye de Radio-Canada, la revue des Zapartistes, la Revue et corrigée du Rideau Vert, les jokes d’adéquiss de mononcle Mario, les saillies vitrioliques de la clique de Québec, toutes les occasions de rire de notre sort sont bonnes. 

Je ne me prêterai donc pas au jeu du top 10 du meilleur de la crème du best off de 2010. Par contre, dans l’esprit urbaniaque qui m’anime, j’aimerais vous dresser mon top 6 des incontournables pires répliques de l’année.

Pourquoi un top 6 me demanderez-vous avec beaucoup d’intérêt et d’à propos? Parce que 6, c’est moins nain que 7 et beaucoup plus main que 5.

Allons-y donc.

• « Prout » : ce que répond le gouvernement à nos préoccupations face à l’exploitation précipitée et risquée des gaz de schiste.

• « Fiou » : ce que disent les gros bras de la construction à propos de l’impossible commission d’enquête sur l’industrie de la corruption.

« Libârté » : ce que croient penser les assistés mentaux de la radio poubelle qui quêtent un nouveau stade à Québec.

« Loser » : non, ce n’est pas ce que pense le peuple québécois de son premier ministre, mais plutôt l’inverse.

« RIP » : l’alternative au « OUI » et au « NON » d’un prochain référendum sur la souveraineté du Québec.

Et enfin, last but not least comme dirait René Homier-Roy en Chinois…

« LOL » : ce que disent entre eux les profiteurs, les tricheurs et les magouilleurs en sachant qu’au bout du compte (de taxes) c’est vous qui allez payer la facture.

Comme quoi, il vaut toujours mieux être du côté des rieurs.

Billet publié dans le blogue d’URBANIA

Hiver de merde ou temps de chien?

YUL, aéroport de Montréal, 20 H 40. Décollage imminent. Température extérieure  moins 13 degrés bien frappés, ciel dégagé. Sur le sol, une belle neige blanche et ferme. Dans le ciel noir, des étoiles brillent.

BRU, aéroport international de Bruxelles, 7 heures, plus tard. En préparation pour l’atterrissage. Température au sol 4 degrés humides, ciel si bas qu’un canal s’est pendu, masse nuageuse compacte du Nord au Sud du royaume, pluie fine, intrusive, persistante.

Dans la voiture qui me mène à ma destination finale, sur les ondes de la radio publique francophone on parle de Montréal. L’impression d’être à peine parti, déjà revenu.

J’écoute d’une oreille fatiguée. Est-ce bien de la ville de Montréal que je viens de quitter dont le jovialiste journaliste parle ?

L’enthousiasme du propos tranche avec la lassitude pure laine. Au lieu de la litanie geignarde sur le temps qu’il fait ou qu’il ne fait pas, sur le déneigement qui tarde, sur la températures qui dégringole, sur l’agaçant facteur vent et sur l’hiver qui ne finit pas, j’entends parler de la pureté du bleu du ciel, de la lumière du soleil et de la neige pour laquelle les Québécois font sans cesse la fête.

Montréal en hiver, selon les dires du passionné voyageur, n’est que festival de sculptures sur glace, fêtes des neiges, célébrations de la froide saison, réjouissances glaciales, festivités animées dans la ville souterraine où se réfugie la population, balade en traîneaux à chiens dans les parcs et patin sur les lacs.

Je me remets difficilement du décalage horaire et du mauvais café aircanadien.

La voix dans le poste continue sur sa fervente lancée sans même évoquer Jean Charest et son industrie de la corruption. Montréal est un haut lieu de la gastronomie. Le reporter omet de parler de la cuisine canadienne, spécialité mets chinois, grecs et italien. Il ne parle même pas la légèreté de la poutine ou de la finesse du smoke meat. Au contraire. La fameuse cuisine québécois qu’il a dénichée est raffinée avec des accents du terroir : caribou aux canneberges, canard au sirop d’érable, tourte à base de gibier, morue de la Gaspésie,…

C’est l’heure des croissants et j’ai presque l’eau à la bouche.

Quand le journaliste parle d’escapades en dehors de la ville, ce n’est pas les problèmes de trafic, les ponts congestionnés ou les échangeurs sur le point de s’effondrer qui retiennent son attention. Ce sont les grands espaces à quelques minutes à peine du centre ville, les stations de skis et les pistes de motoneige trois fois plus nombreuses que les routes (c’est ce qu’il affirme) qui l’animent. Il invite même l’auditeur à aller rencontrer le Québécois chez lui, puisque, précise-t-il, il est très courant de se loger chez l’habitant. N’est-ce pas la meilleure façon de vivre à la québécoise et de goûter à cet art de vivre si chaleureux au cœur d’un hiver si rigoureux ?

Le Montréal que décrit la radio belge, tous ses auditeurs voudraient y vivre. Il suffirait aux Montréalais d’ouvrir les yeux pour se rappeler qu’ils y vivent déjà.

Il a arrêté de pleuvoir au-dessus de Bruxelles… entre 19 h 27 et 19 h 38. L’ami avec qui je bois une bière rêve lui aussi de travailler un jour à Montréal.

Billet publié sur le blogue URBANIA

En avance sur son temps

Notre monde court tellement pour prendre de l’avance qu’il n’a plus le temps de vivre avec son temps.

Les magazines de Noël sortent début novembre. Les décorations de Saint Valentin pointent le nez alors que l’année vient à peine de commencer. Les lapins de Pâques gambadent dans les rayons dès le 15 février. Les bikinis de l’été prochain sont en vitrine alors que la dernière tempête de l’hiver n’est même pas encore sur le point d’arriver. La rentrée est fin juillet et l’Halloween mi-septembre. Et la nouvelle berline 2011 est chez votre concessionnaire le plus proche depuis septembre 2010.

Trop pressé à réaliser notre vie future, on oublie de la vivre au présent. La vie est imparfaite me direz-vous. Mais à ce rythme-là, elle sera vite dépassée.

C’est pourquoi je prends un peu d’avance. Je pars drette-là tout de suite en vacances. Je vais faire ce que plusieurs d’entre vous me demandent de faire avec insistance et malveillance, je retourne dans le pays de mes ancêtres.

Et puisque je suis vraiment en avance sur mon époque, je ne prends ni une ni deux semaines de congé, mais bien six. Ne vous réjouissez pas trop vite… Je serai fidèle au poste le 25 janvier, la tête pleine de bêtises à vous raconter.

Je profite de ma dernière chronique de la première décennie de ce millénaire naissant pour vous souhaiter, à l’avance, Joyeux Noël, un merveilleux temps des fêtes et tant qu’on y est, une belle année qui remplira toutes ses promesses.

Chronique publiée sur BRANCHEZ-vous

J’ai une question

C’est formidable le nombre de gens qui ont quelque chose à me demander. En général, je ne rechigne pas à aider mon prochain. Au contraire. S’il me pose une question, je souhaite pouvoir lui apporter une réponse. Mais la plupart du temps, ce n’est pas une réponse qu’il veut, c’est de l’argent.

Ça commence par «monsieur, j’ai une question» et ça finit par «vous n’auriez pas un peu de monnaie ?» Oui, j’ai de la monnaie. C’est pour le pain, pour le café, pour le parcomètre, pour l’autobus de ma fille, pour les taxes de Tremblay, pour le receleur général, pour le chauffage, pour les épinards,…

Mais j’aime encore moins ces quidams trop polis qui m’accostent en me laissant croire que je peux les aider à trouver leur chemin ou en me donnant l’impression qu’ils ont besoin de mon aide pour comprendre le système alambiqué des panneaux de stationnement alors qu’ils veulent en fait me vendre une osti de carte de crédit dont je n’ai pas besoin, un criss d’abonnement à une revue qui ne m’intéresse pas ou une fuckin’ souscription à un énième association caritative dont je suis déjà membre. Vous remarquerez que je suis tellement courroucé que j’utilise un vocabulaire coloré auquel je ne vous ai pas habitué.

Pourquoi ne pas être honnête et avancer à découvert en disant «je vends ceci, seriez-vous intéressé par cela?». Ça me fera perdre moins de temps et je n’aurai pas l’impression de me faire fourrer.

Si vous avez besoin d’aide, demandez-le. Il est possible que je vous aide. Et si vous voulez me vendre une carte de crédit, ne me faites pas croire que vous voulez faire la conversation avec moi. De toute façon, je ne la veux pas, votre incitation à la surconsommation.

 

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.

Montréal: magasin de taxes et attrapes

Ironie du calendrier, le maire Tremblay annonçait son budget agrémenté de taxes, de surtaxes et de syntaxes la veille de la guignolée des médias. L’an prochain, ce seront les propriétaires Montréalais qui feront la quête au coin de la rue avec une tuque sur la tête.

Pour boucler son budget, le maire de Montréal serre la ceinture de ses concitoyens déjà pris à la gorge. Il ne leur reste plus beaucoup d’air pour respirer.

Est-il normal que les Montréalais soient les seuls à payer alors que des centaines de milliers de banlieusards profitent eux aussi des services de leur ville? La réponse est bien entendu non.

Alors pourquoi le maire veut-il taxer les autos des Montréalais au lieu de faire ce que font les grandes villes du monde, c’est-à-dire faire payer un accès à ceux qui désirent entrer sur son territoire? Pourquoi les Montréalais devraient payer pour le déneigement des grands axes empruntés (c’est un euphémisme) surtout par des gens de l’extérieur alors que les rues résidentielles sont les dernières à être dégagées? Pourquoi cette ville décourage les courageux qui persistent à égayer ses rues et ses ruelles alors qu’elle fait tout pour simplifier la vie des automobilistes et des camionneurs qui ne font qu’y transiter?

Luc Ferrandez, l’intrépide maire du Plateau Mont-Royal, voulait augmenter le prix des parcomètres afin que ceux qui viennent magasiner en auto dans son arrondissement participent eux aussi aux dépenses locales. Il s’est fait rabrouer par Mister Tremblay et par des commerçants qui pensent que c’est en transformant la ville en centre d’achat qu’ils feront plus de fric. On a peu parlé des citoyens qui applaudissent l’initiative de ce maire tournée vers l’avenir.

Ces citoyens d’habitude paisibles commencent à en avoir assez d’être le jouet de la banlieue et la pompe à fric de la clique de Québec.

Qui a foutu Montréal dans la merde? Rappelez-vous l’épisode féodal des défusions dans la confusion orchestrées par un Jean Charest pressé mais pas préparé (on dirait que c’est sa marque de commerce)… Montréal devait devenir une grande ville moderne. Répondant à l’appel du clientélisme, Charest l’a plongée au Moyen-Âge.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com