Je vais essayer d’être poli

Monsieur Charest vient donc de nous faire un joli discours inaugural. Inaugural, ça, ça veut dire qu’il y a quelque chose qui devrait commencer alors qu’on pensait plutôt que c’était le début de la fin.

Dans son intention de reprendre en main la population et de regagner le respect qu’il a perdu, notre Premier veut entre autres nous apprendre la politesse. Il commence par décréter que notre belle jeunesse devra désormais vouvoyer ses professeurs.

Vous savez que j’aime le vouvoiement. Mais ce n’est pas à coup de «vous» qu’on gagne le respect des autres quand on n’a pas les moyens de se faire respecter par ses actions, ses idées et ses gestes.

Il y a des écoles où le «tu» va bien et d’autres où le «vous» ne sert à rien. Ça tient à l’attitude des profs, à la confiance qu’ils ont installée, aux promesses qu’ils ont tenues, à ce qu’ils apportent à leurs élèves.

Jean Charest ressemble à ces gens sans autorité et dépassés par les événements qui n’ont plus d’arguments pour se faire respecter. Il veut qu’on le vouvoie alors qu’il nous prend pour des demeurés. Il veut qu’on l’adule alors qu’il nous ignore. Il veut qu’on l’applaudisse alors qu’il nous nargue.

Nulle trace dans son discours d’humilité, nulle place dans son attitude à l’humanité. Son arrogance n’a d’égal que son ignorance. Celle des vrais enjeux, celles de la réalité des Québécois, celle de notre avenir commun.

Quand je vois ses comparses de l’Assemblée Nationale applaudir à tout rompre à chacune de ses élocutions, je ne peux faire autrement que de penser à ces mauvais humoristes qui rient à chacune de leurs blagues.

Ce n’est pas avec des écrans blancs dans les classes, des retraités au travail et des pièces de voitures électriques que notre Premier va réussir à faire oublier la corruption, les baillons, la collusion, les procureurs bafoués, le CHUM à retardement, les fuites de gaz de schiste, les scandales à répétition,… et je suis poli.

 

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.

Quand voulez-vous qu’on fasse la révolution?

L’hiver il fait trop froid. L’été, on est au chalet. La révolution, c’est bon pour les peuples oisifs dans les pays où c’est l’été toute l’année et il n’y a rien à la télé. Ici, on a d’autres choses à faire.

Ce n’est pas qu’on soit satisfait de nos dirigeants. Mais on ne peut pas dire que ce sont des tortionnaires, des dictateurs ou des bourreaux, surtout de travail.

Bien sûr, depuis quelques années, nous observons que nos élus oublient de plus en plus souvent le bien public et qu’ils donnent l’impression de travailler plutôt pour le bien privé d’une poignée de nantis. Oh, ils se gardent bien de l’avouer. Mais nous ne sommes pas encore complètement cons. Nous voyons bien que les profits profitent aux profiteurs et que les contribuables sont mis à contributions sans rétribution (si ça vous paraît compliqué, relisez à voix haute et vous verrez que c’est limpide comme une pétition de 250 000 signatures).

Nous sommes bien obligés de constater qu’au bout du compte de taxes, il y a plus de trous dans nos routes, plus d’attente dans les hôpitaux, plus de pollution dans notre air, plus de taxes dans nos produits, plus de travail pour moins d’argent et plus d’écart entre les riches et les pauvres.

Notre bon gouvernement nous fait aussi croire que s’il donne le sous-sol québécois à quelques uns c’est pour le bien à tous, que s’il passe une loi spéciale dont les procureurs ne veulent pas c’est pour améliorer leur vie et que s’il se moque d’une pétition signée par un quart de million de personnes c’est parce que lui, il sait ce qu’il fait.

Mais il n’y a pas là de raisons pour faire la révolution me direz-vous avec l’aplomb qui vous caractérise. Et vous aurez raison. Nous vivons dans un pays formidable, prospère et tranquille où on n’imaginerait jamais des dirigeants envoyer, comme en Afrique du Nord, l’armée dans les rues pour calmer nos ardeurs. De toutes façons, notre armée, elle est par là-bas, au Moyen Orient.

 

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com

Ne crucifiez pas Jean Tremblay

Tout ce que le Québec, mais surtout Montréal, compte de bien pensants est tombé à bras raccourcis sur St-Jean Tremblay de Chicoutimi alors qu’il porte en appel sa condamnation de 30 000 $ en faveur d’un militant laïque qui ne digère pas que le conseil municipal de Saguenay débute ses séances par une courte prière.

Ça vous dérange cette prière? Pas moi. Si l’ensemble du conseil municipal dûment élu par une population majeure, vaccinée et saine d’esprit est d’accord, je suis d’accord.

Les militants laïques, c’est dans leur nature, font preuve de mauvaise foi. Leur croisade contre Jean Lala Tremblay et les crucifix ressemble aux lubies extrémistes des ultra-religieux de tout acabit qu’ils pourfendent.

On ne parle pas d’un maire qui a fraudé le système là là, qui a fricoté avec des entrepreneurs aussi généreux que véreux ou qui a espionné son vérificateur là là. On parle d’un hurluberlu pas bien méchant qui tient à ses traditions comme d’autres tiennent à leur amphithéâtre ou à leur course de Formule Un.

Il n’y a pas de honte à avoir la foi. Pas plus qu’il n’y a de honte à prier Dieu, à avoir un crucifix dans les mairies d’un pays, oups, d’une province traditionnellement catholique ou prendre 20 secondes pour se recueillir ensemble entre adultes consentants.

Nous sommes d’accord avec la séparation de l’Église et de l’état, tout comme il faut séparer le bon grain de l’ivraie et le bon gars de l’ivrogne. Mais il ne faut pas oublier que l’Église fait partie de l’histoire de ce pays, oups de cette province. Elle l’a bâtie, lui a donné sa cohésion, l’a aidée à survivre dans les périodes les plus difficiles de son histoire. Aujourd’hui, ce sont les crucifix dans les bâtiments publics qui dérangent les ultra-laïques. Demain ce seront les clochers dans les villages et les croix dans les paysages.

Le Québec qui perd sa foi perd son identité. Le problème, c’est qu’il ne croit plus en rien là là.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS!

Proud Montréalais

Vous avez bien lu. Il est écrit «proud», comme «fier», mais en anglais, et non pas «prout» comme «Tiens, y a du vent», et «Montréalais», comme «Parisien» mais de Montréal. Si je me suis permis cette incartade bilingue, c’est pour vous montrer qu’au pays de Maxime Bernier, on peut cultiver le français et aimer les anglo-québécois.

Arcade Fire, un groupe de Montréal, a remporté dimanche à Los Angeles, les plus grands honneurs aux Grammys Awards, les Oscars de la musique.

Fans de Marie Mai, d’Anik Jean et de Lady Gaga, vous ne connaissiez peut-être pas Arcade Fire. Mais sachez qu’en plus d’avoir gagné l’album de l’année, le groupe a clôturé la soirée en jouant non pas une, mais deux chansons sous les yeux ébahis de Barbra Streisand et des centaines de millions de téléspectateurs.

Le band a salué le public présent au Staples Centre, leurs fans ainsi que les téléspectateurs étatsuniens et d’ailleurs, en anglais, bien sûr, mais aussi en français en remerciant particulièrement Montréal, leur ville, leur maison.

Arcade Fire représente ce que j’aime le plus de Montréal. Un mélange un peu bordélique et bohème de créativité, d’originalité et de spontanéité. Une combinaison éclectique et harmonieuse de gens sympathiques venus de partout qui ont décidé de se fixer dans un des nombreux quartiers multiethniques et accueillants qui donnent à la métropole québécoise sa couleur particulière et son style inimitable. Ces gens déracinés qui décident de s’enraciner ici font de Montréal un jardin où fleurit la créativité sans se prendre la tête.

Bizarrement, à l’ADISQ, la version provinciale des Grammys, Arcade Fire brille par son absence. Comme si le band venait d’une autre planète. Cette frilosité anti-anglo a quelque chose de tellement dépassé. Pour ceux qui ne sont pas un peu curieux de l’autre, un pan entier de montréalité n’est que fiction.

Malgré le succès, Arcade Fire a su rester discret et garder ses attaches à Montréal. Il ne faudrait pas oublier que, parce que nous voulons défendre la langue de Kevin Parent, ils font aussi partie de nos voisins.

 

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com!

Un ami persévérant

J’ai un ami. En fait, ce n’est pas vrai, j’ai 668 amis sur Facebook, 1435 sur Twitter, je ne sais plus combien sur Plaxo, Linkedin ou MySpace et un bon paquet dans la vraie vie. Mais c’est de cet ami dont je voulais vous parler. J’ai donc un ami qui, depuis que je le connais, a toujours été de l’avant. Si tout le monde était comme lui, nous serions loin maintenant.

J’envie sa constance, j’admire sa ténacité. Pendant que je passe en revue les nouvelles photos de vacances de mes 668 amis ou les derniers gazouillis de mes 1435 compères, lui travaille, il lit, il analyse, il étudie, il compile, il comptabilise, il élabore, il organise, il bâti, il invente,…

Pendant que je laisse mon esprit batifoler à la recherche d’un bon mot à lâcher sur Twitter, d’un drôle de statut à écrire sur Facebook ou d’un cinglant slogan à vous lancer ici pour animer les passions et alimenter les discussions de cette tribune, il est déjà en train de planifier demain et de construire l’avenir.

J’admire sa force de concentration et sa grande capacité d’anticipation. Alors que, comme moi, vous vivez au jour le jour quand ce n’est pas la nuit, lui vit au futur présent 24 heures sur 24. Et j’insiste sur le présent. Car ne croyez pas que parce qu’il voit loin, mon ami n’est pas capable d’être là. S’il était absent, ce ne serait pas mon ami.

Cet ami-là m’a appris beaucoup de choses. Sans fanfaronnades, comme si c’était naturel pour lui, il m’a ouvert à ce que je suis aujourd’hui. En bon jardinier qui sait cultiver l’amitié, il a su faire fleurir en moi des talents que je ne m’imaginais pas posséder.

Ses succès professionnels pourraient lui monter à la tête. Mais il est toujours resté fidèle à lui-même. C’est à ça qu’on reconnaît les vrais amis. J’avais envie de le saluer aujourd’hui. Mais comme il est réservé et modeste, je ne lui ferai qu’un petit coucou discret.

Hommage à l’ami sans qui je n’aurais pas cette tribune dans BRANCHEZ-VOUS.com!


La novlangue arrive au Québec

Dans «1984», un roman d’anticipation paru bien avant 1984 qui se voulait une sorte de métaphore des régimes totalitaires et que vous avez certainement lu, les habitants d’Océania parlaient novlangue, une langue simplifiée qui travestissait la réalité et avait pour but de réduire la liberté d’expression. Est-on en train de vivre le même épisode en 2011?

Nos politiciens, pas si polis mais souvent chiens, ont élevé l’art de la langue de bois au niveau de la marqueterie du XVIIe siècle. Ils ont pris l’habitude, avec leurs discours manipulateurs, de nous faire passer des vessies pour des lanternes et un nouveau colisée pour un service public de première nécessité.

Tenez, le «gaz de schiste» ne s’appelle plus désormais, dans la bouche de Nathalie Normandeau, ministre de nos ressources, «gaz de schiste» mais «gaz de shale». Ce que la pétillante et ambitieuse libérale a oublié de noter dans sa précipitation à nous fourguer son gaz qui pue mais qui ne paye pas, c’est qu’il suffisait d’enlever un H pour en faire du «gaz de sale». Gageons que les écolos, habitués à aspirer du H, n’hésiteront pas à remettre ce gaz sale sous le nez de la flamboyante ministre.

Pour nous enfoncer son vocabulaire stalinien avec plus de fermeté et de vigueur, le gouvernement lucide de Jean Charest et l’industrie de l’exploitation minière qui travaillent main dans la main, pour ne pas dire main dans la poche, ont engagé Lucien Bouchard, le Luc Langevin de la politique, pour ensorceler l’électeur, manipuler l’opinion et faire disparaître les doutes de la population à grands coups d’illusions.

Heureusement, on peut encore ici, ou là, mais surtout ici, élever la voix et s’étonner que ces choses se passent encore en 2011. Mais pour combien de temps ? Stephen Harper, toujours minoritaire à l’heure où s’écrivent ces lignes, s’acharne à manipuler la presse, à contrôler  l’accès à l’information, à placer ses pions au CRTC, à concentrer les médias auprès de ses supporter et à étouffer les voix discordantes et alternatives en leur coupant les vivres.

Texte publié dans le blogue du magazine URBANIA

C’est meilleur avec la langue

Les hordes d’humoristes qui dépeuplent notre paysage idiovisuel imposent leurs lois comme d’autres exigent le voile ou les bas prix de tous les jours. Ça fait rire tout le monde, mais, quand on y pense, ce n’est pas si drôle. C’est plus insidieux qu’un kirpan et plus sournois qu’une saucisse kasher. À force d’avoir des clowns matin, midi et soir, à la radio, à la télé, dans les journaux, on finit par parler, bouger et même penser comme eux.

Les comiques communs inoculent leur façon de parler à la population. Et la population répète et répépète.

Ce sont les jeunes les premiers touchés par les dommages collatéraux de la dérive verbale servie sur nos ondes. En véritables clones des têtes à claques, les enfants qui savent à peine parler connaissent déjà les paroles par cœur: «moi ‘si, moi ‘si…», «j’veux des bonbons, j’veux des bonbons». À peine plus vieux, les caïds de bacs à sable s’amusent à singer leurs idoles sans savoir de quoi ils parlent: «Hey Johnny Boy, va y avoir d’la poule partout, kot kot», «fuck le ticket, tonight is the night».

C’est sans conséquence, si ce n’est sur le vocabulaire de ces jolis petits minois et leur future façon de s’exprimer, mais ça devient vite agaçant.

Là où le dérapage oral fait le plus mal c’est quand, dans la bouche voluptueuse d’une jeune fille en fleur, on entend des phrases du genre: «Criss de pilule à marde», «stie de saloperie de grosse torche», «va donc chier» et j’en passe pour les oreilles chastes qui nous lisent.

Écoutez vos congénères au garage, à l’épicerie, à la banque, au boulot,… Ils s’expriment de plus en plus mal, leur vocabulaire s’appauvrit, leurs idées s’assèchent, leur conversation se dégrade, et ce n’est pas la première fois que je l’écris. Je me répète et répépète.

Je ne souhaite pas, pour l’an neuf, que nous parlions tous comme Edgar Fruitier, que nous fassions des vers sans en avoir l’air comme Victor Hugo sur son petit pot, que nous mettions nos pensées en commun avec le brio de Jacques Attali ou que nous écrivions comme Proust. Mais j’ose rêver d’une langue riche et contemporaine qui exprime des idées vibrantes grâce à un vocabulaire abondant et une syntaxe pointue. Car, je le répète, quand une langue s’appauvrit, c’est un peuple qui n’a plus de munitions pour se défendre.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com en décembre 2007