La tournée des politiciens

J’ai eu le «bonheur» de croiser un chef de parti et sa suite dans mon quartier. La première visite, sans doute, d’une longue liste. Vous voulez mon avis? Il aurait mieux fait de rester chez lui.

Michael Ignatieff a débarqué dimanche dernier sans tambours ni trompettes mais avec une batterie de photographes et une armée de gardes du corps dans mon café de quartier.

Outre le fait que cette invasion n’avait pas été annoncée et que j’aspirais à siroter tranquillement mon latté dominical, voir débarquer une centaine d’hommes en noir un dimanche à 9 heures du matin dans un troquet de quartier a quelque chose d’inquiétant.

Après m’être remis de l’incursion d’Ignatieff dans mon fief et du débarquement de son armée d’occupation, je me suis dit que l’occasion était trop bonne et que je devais en profiter pour poser une question à ce grand homme qui avait choisi ma rue pour se lancer en campagne – ce qui est paradoxal, puisque je vis en ville – et qui espérait sans doute gagner mon vote afin de mettre son candidat à la place de mon député local qui n’est pas son libéral. Vous me suivez, j’espère.

Prenant mon courage de quidam à deux mains, je me suis levé et me suis glissé entre les journalistes pour essayer de demander au tsar du PLC s’il ne pensait pas que la meilleure solution pour bouter les conservateurs hors du pouvoir, serait de songer à une coalition ouverte et courageuse.

Mal m’en pris, des gardes du corps m’ont bloqué les chemins du chef en me disant que leur grand manitou avait déjà traité de la question. Sans doute, mais pas avec moi, modeste électeur, répondis-je timidement. Pas question de soulever l’épineux sujet de l’hypothétique coalition avec le NPD et le Bloc m’a-t-on bien fait comprendre. Surtout pas quand il y a autant de micros et de caméras.

Je me suis donc éclipsé en essayant de m’extirper de ce magma de caméras et de partisans, ne voulant pas déranger cette belle mise en scène du politicien qui descend prendre son café avec le peuple.

Malheureusement, même si tout ce tralala avait été échafaudé pour tenter de grappiller quelques votes, ce n’est pas ma voix que vient de remporter le PLC, mais plutôt mon pied au Q.

 

Chronique publiée dans BRANCHEZ=VOUS.com

Tenir ses promesses

Ça y est! Nous sommes à l’aube de la veille du commencement d’une campagne électorale! Dans les prochaines semaines, nous allons avoir droit à un char et une barge de promesses qui, une fois le gouvernement élu, seront tellement ténues qu’elles ne seront pas tenues.

On en parle peu. Mais l’actuel gouvernement tient les rennes du pouvoir à Ottawa à cause de promesses qu’il n’a pas tenues.

Les groupies du gouvernement minoritaire de Stephen Harper affirment, en suivant l’exemple du département de propagande conservatrice, que le PC a tenu ses engagements. C’est faire preuve d’un strabisme récurrent doublé d’un aveuglement fanatique.

Les conservateurs avaient-ils promis les outrages au parlement? Les mensonges de Bev Oda? Les nominations partisanes de sénateurs et de juges sympathisants à la cause conservatrice? Les coupures dans l’environnement et la culture? Les dépenses farfelues en armement? Avait-ils prévenus leurs électeurs minoritaires qu’ils allaient museler la presse? Qu’ils censureraient l’accès à l’information? Qu’ils ouvriraient leurs portes aux groupes ultra-religieux? Qu’ils mettraient en poste des ministres hyper-juniors? Qu’ils utiliseraient l’argent de leurs ministères pour faire la promotion de leur option conservatrice? Qu’ils distribueraient des Jos Louis à nos militaires partis chasser le Taliban?

Ils avaient surtout promis honnêteté, transparence et moralité. Heum. Heum…

Le Premier conservateur s’était-il aussi engagé à inaugurer un Tim Horton à Oakville plutôt que d’assister à l’Assemblée générale de l’ONU à New York? Avait-il promis qu’il aurait tellement peu d’intérêt pour le Québec qu’il le considèrerait presque comme un sous-territoire? Joli gouvernement que nous avons.

Et j’en passe, des brunes et des pourries.

Non seulement le gouvernement Harper n’a pas tenu ses promesses mais il a sabré dans les acquis du « plus meilleur » pays comme si celui-ci lui appartenait. Alors qu’il était, je vous le rappelle, MI-NO-RI-TAIRE.

Profitons de la période des promesses pour rêver d’un pays utopique et merveilleux, parce qu’après, on risque bien d’être déçu.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS

Le monde a-t-il perdu la tête?

La Belgique n’a toujours pas de gouvernement. La Côte d’Ivoire a deux présidents. La Libye est dirigée par un colonel fou. Les pays arabes se soulèvent les uns après les autres contre leurs dirigeants corrompus. Et le Canada s’apprête à réélire un gouvernement conservateur militaire, oups, je voulais dire minoritaire*.

Ce n’est pas qu’on manque de gens brillants, honnêtes et visionnaires sur la planète. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de gens courageux, charismatiques ou rassembleurs dans nos maisons et nos chaumières. Mais on dirait qu’ils, et quand je dis ils, ça s’applique aussi à elles, à vous et à moi, ne veulent pas diriger nos destinées.

Ce n’est pas facile de s’impliquer. C’est fatiguant de s’investir. Ce n’est surtout pas gratifiant d’avoir des idées et de passer son temps à les défendre.

C’est tellement plus confortable de rester chez soi et de regarder de loin nos politiciens échafauder des promesses qu’ils ne tiendront pas plutôt que de proposer des idées nouvelles. C’est tellement plus reposant de se plaindre à table ou de commenter dans le canapé plutôt que de militer. C’est surtout tellement moins compromettant d’écrire à l’ombre de son clavier au lieu d’apporter sa contribution à une cause commune qui travaillerait pour le bien de tous.

Ici, comme ailleurs, les dirigeants en font souvent à leur tête. Pourtant, celle-ci n’est pas toujours bien pleine.

C’est pourquoi on est pris avec autant de tôtons sur nos listes électorales.

Vous serez pourtant 50, peut-être 60, voire pas loin de 70 % à ne pas prendre le chemin des bureaux de vote lors des imminentes prochaines élections. Ne dites pas le contraire. Si la tendance se maintient, la majorité des canadiennes et des canadiens s’en fout et s’en contrefout.

Et après on s’étonne que le monde court comme une poule sans tête.

*Ce que nous apprend un sondage La Presse Canadienne-Harris Decima

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS

Pareil, pareil, pareil

La société de surconsommation, le libre marché et la loi du plus fort ont transformé le paysage bucolique de nos sociétés post-modernes en addition de boulevards Taschereau un lendemain de boxing day.

Promenez-vous en Amérique. Visitez les villes. Attardez-vous aux banlieues. Pénétrez dans les centres d’achat. Arpentez les autoroutes urbaines entourées de concessionnaires de VUS et émaillées de chaînes de restauration rapide.

C’est partout pareil.

De Vancouver à Halifax. D’Ottawa à Orlando. De Saguenay à Sacramento. De Laval à Brossard. Les mêmes enseignes. Les mêmes burgers insipides. Les mêmes poulets frits. Les mêmes cafés fades. Les mêmes boulevards tristes. Les mêmes lignes de prêt-à-porter fait en Chine à la chaîne. Les mêmes succédanés d’exotisme en béton. Les mêmes imitations en plastique de chinoiseries à un dollar.

Du pareil au même.

Au Canada, on assiste depuis quelques années à une Timhortonisation extrême de l’environnement. J’ai fait le test entre Montréal et Ottawa. À chaque sortie, un Tim Horton. Pas le choix. Pas d’alternative. Vous voulez un espresso? La chaîne de beignes beiges qui vante son café comme Charest vante son bilan politique n’en a pas la moindre goutte. Que du café délavé. Et ne cherchez pas un petit commerçant indépendant qui offrirait un café serré ou des croissants maison. Ils sont aussi rares sur nos routes et dans nos campagnes que le grain naturel dans un poulet séparé mécaniquement.

Dans les aires de consommation c’est le désert de l’originalité. Même les centres villes des petites agglomérations ont été contaminés par le virus de la Timhortonisation. Il y en a déjà, selon le site officiel de la multinationale du déroulage de rebords,  3 148 au Canada, c’est-à-dire plus d’un pour 10 000 habitants. Dans la charmante ville navale de Sept-Îles, il y aurait, selon le correspondant d’Urbania, un Tim Horton pour 8600 habitants.

Une multiplication sans pareil.

Si la liberté individuelle c’est de ressembler désespérément aux autres, je vais me mettre à regretter l’époque formidable du grand Mao Tsé-Toung qui avait inventé avant tout le monde le col qui porte son nom et la mode uniforme à bas prix made in China.

Pourquoi, dans ces conditions, vouloir aller ailleurs quand là c’est pareil qu’ici et là-bas aussi plate qu’ici-bas.

Texte publié dans Urbania.

Boucler son budget

Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais avoir l’outrecuidance de commenter le budget du ministre Bachand. Il y a assez d’experts qui l’on fait, qui le font et qui le feront tout autour de la tête*. Plutôt que de parler de milliards de dépenses de mille sabords de contribution de tonnerre de taxes, je vous parlerai de la vie

La vie qui passe. La vie qu’on gagne avant de la perdre. La vie qu’on dépense. La vie à crédit, surtout quand elle est en soldes. La vie vide. La vie pleine. La vie au bout du tunnel, au bout du rouleau, au bout du compte, de taxes encore. La bourse ou la vie. Plutôt la vie que la bourse. La vie dont nous parlent si peu nos élus qui préfèrent parler d’argent, d’économie, de développement. La vie qui nait, qui grandit, qui vit, qui vieillit et qui meurt.

La vie qui tourne en boucle quand il faut la nourrir. La vie précaire. La vie fragile. La vie malade. Et la vie des gens riches et célèbres.

S’il n’y avait pas la vie, nous ne serions pas là pour en parler, et vous ne seriez pas là pour me lire. Si elle n’existait pas, on n’aurait plus de soucis, plus de craintes, plus de frayeurs, mais aussi plus d’espoir, plus de joies, plus de bonheur. Elle est si importante et pourtant on en parle si peu.

Ce n’est pas la vie qui intéresse les gens. C’est le prix de l’essence, l’heure du Banquier, le résultat du Canadien, l’état du pont Champlain, les soldes chez Sears, les taxes sur le vin, l’augmentation des frais de scolarité, la facture de chauffage, le taux de change, le prix des billets d’avion,…

Parce qu’à la fin, il faut qu’ils bouclent leur budget s’ils veulent continuer à vivre.

*Jeu de mot homologué par l’université d’été de la Baie de Ha ! Ha !

Le brutes

D’habitude, je n’aime pas trop la police, sauf à la télé dans la peau de Claude Legault. Tout ce qui porte un uniforme me donne en général de l’urticaire et en particulier la fâcheuse envie de lui ramollir la matraque. Mais hier, lors de la manifestation anti-brutalité policière, c’est du côté des forces constabulaire que pour une fois mon cœur a penché.

Était-ce la fatigue d’un hiver trop long? La morsure du temps aurait-elle ramolli le contestataire qui sommeillait autrefois en moi d’un œil rebelle? La raison conservatrice l’aurait-elle emporté sur la passion vindicative? La bière prise plus tôt en terrasse sous les rayons d’un printemps timide aurait-elle anesthésié mes ardeurs manifestives?

Toujours est-il que la vision de ces hordes de mécontents sans arguments, parfois cagoulés de noir souvent enroués, m’a ramené à la dure réalité.

Au lieu de défiler joyeusement et pacifiquement, les protestataires en goguette que j’ai vus avançaient d’un pas menaçant chaussés souvent de combat-boots. À la place de montrer aux passants un sourire débonnaire et le visage placide des militants de la paix, plusieurs d’entre eux portaient le masque sombre et honteux des anonymes malveillants. Quelques téméraires, au lieu de libérer des colombes ou de jeter des fleurs ont eu la brillante idée de lancer des projectiles et de détruire, ô originalité, les vitrines des commerces qui avaient eu la malchance de se trouver sur leur chemin.

Il n’en fallait pas plus pour que le Service de police de la Ville de Montréal sonne la charge, lance la cavalerie légère, dépêche les hélicoptères, détache les maîtres-chiens et leurs cerbères, expédie les groupes d’intervention, mette sur la route les autos patrouilles et fasse même appel aux agents en vélo.

C’est facile de prédire que la centaine de personnes interpelées plaidera le fait que les policiers ont usé d’une force démesurée dans leur intervention. Ça leur donnera même une autre raison de manifester l’an prochain aux premiers jours du printemps, quand il ne fait pas trop froid dans les rues de la ville. N’était-ce pas ce qu’ils voulaient?

On ne joue pas au chat et à la souris avec un régiment de tigres quand on est un rat.

Chronique publiée dans URBANIA

Désolation et paillettes

Drôle de planète. Entre angoisse et festivités. Entre dévastation et célébrations. Entre mort et joie. Entre tremblement de terre et battements de cœur. Entre horreur et allégresse.

Au Japon, la terre tremble, un tsunami mortel se lève, le monde s’écroule. La mer balaye tout sur son passage. La civilisation est engloutie. La vie effacée. La peur au ventre une société vacille. On ne compte pas encore les morts. Il y a trop de disparus. Le danger d’un désastre nucléaire plane.Au Québec, la fête du cinéma, le gala des Jutra. Une cérémonie légère, drôle, bien ficelée, bien écrite, bien réalisée, bien jouée. Des artistes de qualité récompensés. Des gagnants, des grands gagnants. Des remerciements. Des spectateurs qui s’amusent en grignotant du pop corn. Des hommages. Du champagne. Pas de grandes vagues, oserai-je le mauvais jeu de mot, pour déclarer ceci ou dénoncer cela. Consensus gentil. Assemblée d’artistes qui font rayonner le Québec dans le vaste monde. Les forces vives de notre culture célèbrent une année faste en se remettant des prix qui cette fois sont bien mérités.

Deux mondes, la même planète.

Dans le confort de notre canapé, les images de la nature en furie qui, entre deux pauses pubs, saccage la civilisation nippone, arrache les maisons, engloutit les autos, déracine les installations de télécommunications, engouffre les routes, avale les trains, submerge les écoles, rase les villages, fragilise les installations dangereusement nucléaires, fauche les vie… Et la terre continue d’être secouée par d’autres spasmes. Comme si, à force de se faire jouer dans les entrailles, elle avait fini par avoir envie de se gratter pour se débarrasser du parasite qui l’exploite de l’intérieur et vide ses ressources les plus précieuses. Demain, elle va encore trembler. Demain, ce sera peut-être pire.

Un tweet pour féliciter les artisans du meilleur film québécois, un autre pour s’effrayer à la vue des images que tout le monde a vue de la mer qui ravage tout sur son passage. Un charmant statut météorologique post changement d’heure sur Facebook et un lien avec les dernières photos haute-définition d’un Japon dévasté.

Deux mondes dans nos yeux. Un seul dans lequel nous vivons. Confortablement.

Pendant ce temps, Kadhafi continue de faire impunément le fanfaron à grands coups de canons.

Billet publié dans URBANIA