Fermer les yeux

Ne pas voir ce qui se passe. Ne pas écouter. Ne pas penser. Ne pas même entendre. Il y a des fois où il faut savoir regarder ailleurs pour mieux ouvrir les yeux sur ce qui se passe ici.

Les vacances sont un privilège que nos ancêtres les Gaulois, les Mohawks, les Romains, les Ménapiens, les Aïeux ou les réfugiés politiques se permettaient peu.

C’est pourtant un moment indispensable pour faire une pause carrière, prendre un peu de recul et procéder à un retour sur soi. L’actualité et son flot incessant de nouvelles nous entraînent dans un tourbillon trépidant dont la vitesse exponentielle est inversement proportionnelle au temps que nous avons pour réfléchir au monde qui nous entoure.

Prenons le temps de respirer pour mieux vivre. L’oxygène qui alimente nos neurones est aussi important que le courant qui fait tourner le disque dur de notre ordinateur ou le carburant qui enflamme le V8 de notre VUS.

Il se passe beaucoup trop de choses pour que nous ayons le temps de les voir toutes passer.

Les pauses font partie des choses essentielles de la vie. Au même titre que le trio Big Mac, les soldes chez Sears ou la lecture de votre chroniqueur préféré.

Comme vous l’avez compris, nous fermons donc les yeux sur l’actualité Québécoise et nous débranchons jusqu’au 16 juillet.

D’ici là, nous allons nous ouvrir à d’autres réalités, d’autres paysages, d’autres mœurs, d’autres rêves, d’autres parfums, d’autres saveurs, d’autres habitudes et d’autres vies. Pour mieux comprendre la réalité qui est la nôtre le reste de l’année.

Je vous souhaite de faire pareil.

 

Dernière chronique avant les vacances publiée dans Branchez-vous.com

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Personne ne va à Détroit

Quand je dis un trou, c’est un euphémisme. Le centre ville de Détroit a moins d’animation en pleine heure de pointe un lundi que Hull un jour de congé fédéral. La majorité des tours à bureau sont abandonnées, les fenêtres brisées, les murs en lambeau, les planchers poussiéreux. Les opulentes portes de métal sculpté n’ont plus été frottées depuis des lustres. Et, en parlant de lustre, ça fait des années que ce ceux-ci ne brillent plus dans la nuit. Les parkings sont vides. Les mauvaises herbes s’immiscent entre les craques dans le béton. Et les deux fast food encore ouverts attendent le client comme le lieutenant Giovani Drogo attendait l’ennemi dans le Désert des Tartares.

Aux confins de ce qui fut un down town riche et animé, il y a le colossale stade des Tigers, un casino criard, une rue disneylandisée. On imagine que c’est là que ça se passe. Quand ça se passe. Mais quand nous sommes passés, rien ne s’y passait.

On se croirait dans le décor d’un film catastrophe, au lendemain d’une incroyable guerre bactériologique qui aurait décimé la population terrestre ou d’un conflit qui aurait rayé la civilisation de la surface de la planète.

Quand je me suis promené il y a peu dans le centre de Détroit aussi névralgique qu’un cerveau à l’état végétatif, il me revenait des images de la bande dessinée Jeremiah. Et ça faisait peur.  Parce que ce n’était pas de la BD. La réalité avait rejoint la fiction.

Comment une cité laborieuse deux fois grande comme Montréal a-t-elle pu passer de ville à trépas en quelques années à peine? Pourquoi les civilisations doivent-elles toujours décliner? Que peut-on faire pour redonner de la vie à la ville, de l’espoir aux désespérés et un avenir aux sans avenirs ?

Si vous cherchez à quoi l’Amérique ressemblera demain, n’allez pas à New York, San Francisco ou Seattle. Allez à Détroit.

Texte publié dans URBANIA

Tout casser

C’est devenu une habitude. Les lendemains de hockey ressemblent à des matins de guerre civile. Vitrines fracassées, magasins pillés, voitures incendiées, rues transformées en poubelles à ciel ouvert,… Ce qui devait être une fête tourne invariablement au cauchemar.

Vous vous étonnez encore? La police est débordée? Les autorités sont prises de court? Les vrais amateurs de hockey sont consternés qu’on parle plus de casse que de Coupe? Les téléspectateurs sont navrés de voir les caméramans qui ne savent plus où donner de la caméra en quête d’images chocs et les envoyés spéciaux qui se gargarisent à la moindre poubelle en flamme?

Tant qu’il y aura des brutes épaisses et des vandales sanguinaires sur la glace, le peuple des partisans ne pourra pas faire autrement que de rejouer dans la réalité le triste spectacle de la violence gratuite qu’il aura vu à répétition sur son écran de télévision.

Mercredi, après la défaite de leur équipe préférée face aux Bruins de Boston, des supporters en colère des Canucks de Vancouver (ça y est, je fais des vers sans en avoir l’air comme Charles Tisseyre à Planète Terre) n’ont pas pu faire autrement que de singer les gestes disgracieux qu’ils ont vu en direct, revu au ralenti et rerevu en reprise. Les commentateurs à la petite semaine des réseaux de télé, les navrants gérants d’estrades professionnels et autres «journalistes» sportifs diplômés n’ont pas le recul nécessaire et le bagage suffisant pour calmer le jeu, apaiser le courroux et remettre les choses en perspectives.

Au lieu de modérer les partisans, ils jettent de l’huile sur le feu de leurs ardeurs à venger leur déception. Qui sont les responsables? Qui sont ceux qui incitent à la violence? Qui devrait payer les pots (et les vitrines) cassés? Les Zdeno Chara, Johnny Boychuk et autres brutes sans desseins devront un jour rendre des comptes.

Je serais maire de Vancouver, ce serait à Gary Bettman, leur chef, que j’enverrai la facture. L’argent quand il ne brûle pas les mains, refroidit les ardeurs.

Ce n’est pas l’écoute de Charles Tisseyre qui inciterait le spectateur à bondir hors de son canapé pour aller casser les vitrines des magasins ou brûler le char du voisin.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com

Un pays sans gouvernement

Hier, la Belgique a célébré son premier anniversaire de pays sans gouvernement. Et vous savez quoi? Ça ne va pas si mal que ça.

Au Canada, on a un gouvernement dont on ne veut pas. Quand je dis « on ne veut pas », je ne parle pas de vous qui êtes convaincu ou de vous qui avez voté du bon bord, mais de la majorité des Canadiens et des Canadiennes qui n’ont pas voté pour les politiques réformistes de Steven Harper. Au Canada, disais-je donc avant que vous ne m’interrompiez, on a un gouvernement dont on ne veut pas, alors qu’en Belgique, ils veulent un gouvernement qu’ils n’ont pas.

Après un an sans pilote dans l’avion, la Belgique ne s’est pas encore écrasée. Elle se trouve toujours au cœur de l’Europe, entre la Hollande, l’Allemagne, le Luxembourg, la France et la Mer du Nord comme dernier terrain vague. Elle a toujours un roi, une reine, une flopée de princes et de princesses, le meilleur chocolat au monde, un nombre incalculable de bières et le plus grand nombre de dessinateurs de bandes dessinées au kilomètre carré. Elle est toujours frondeuse et surréaliste, pessimiste et comique, braillarde et festive. Un peu moins sûre d’elle. Mais toujours là.

De guerre lasse, les francophones ont fini par ouvrir les yeux sur leurs voisins du nord, sur leur existence, sur leur histoire et sur leurs revendications. Ils ont enfin compris que ce n’est pas parce qu’on vit sous le même toit qu’on partage les mêmes rêves, les mêmes idéaux, les mêmes références culturelles et les mêmes ambitions.

On croirait lire le constat que les Québécois ont fait à la fin du siècle dernier mais que les Canadiens tardent encore à découvrir.

La Belgique est peut-être un mal nécessaire se disent ses habitants qui ne voient plus de solution aux sempiternelles exigences des nationalistes flamands. Depuis un an qu’ils vivent sans gouvernement, Wallons et Flamands, ou plus exactement francophones et néerlandophones ont laissé tomber les bras face à une classe politique qui se complaît dans l’inaction qu’on appelle, au pays du surréalisme, «les négociations».

Il ne se passe rien et chacun continue à vivre de son côté. Les Flamands en flamand, les Wallons en français, les Bruxellois en chantant et les touristes enchantés en faisant des photos du Manneken Pis.

À un an, le Belge sans gouvernement ne se demande plus de quoi sera fait demain, mais plutôt quand il arrivera. À un an, on apprend à marcher. Et quand on commence à marcher, ça peut prendre du temps si on veut avancer.

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS

Colisée de Québec: déjà des perdants

Le nouveau et très attendu futur amphithéâtre de Québecor n’est même pas encore construit qu’il crée déjà plus de remous à l’Assemblée nationale que la vente à rabais du sous-sol public ou la libération d’une trentaine de terroristes en moto.

La population de la vieille capitale qui fait chaque nuit ce rêve étrange et pénétrant d’un aréna tout neuf comme à Winnipeg pour assouvir sa soif de joutes sportives aurait dû en profiter pour aller à l’Assemblée Nationale lundi. Il y avait en effet plus de sport sur le tapis bleu que sur n’importe quelle patinoire de la LNH, ça jouait dur, ça se retournait sur un dix cent, le trio vedette qui est sorti sur un coup de tête a sans doute fait perdre la coupe à son équipe et le résultat a surpris tous les gérants d’estrades et les commentateurs du jour.

En se tenant debout contre l’absurdité de la loi anti-démocratique qu’implorait à genoux et mains jointes le maire Badabeaume, Amir Khadir aurait-il donné des idées de courage aux politiciens québécois?

Jamais on n’aura vu autant d’élus dire ce qu’ils pensent, penser ce qu’ils disent et faire ce qu’ils disent qu’ils pensaient faire. C’est au moins encourageant pour la démocratie, la liberté et la conscience.

Avec cette histoire malsaine de projet de loi maladroit, le PQ n’a même pas eu besoin d’élection pour perdre des comtés. Imaginez ce que ça va être quand il y en aura.

Les rêves d’un pays libre et souverain s’envoleront-ils à cause de la fièvre du hockey?

Et quand les amateurs des Nordiques auront hurlé toute leur admiration à une poignée de millionnaires Américains en patin, n’auront-ils pas finalement la nostalgie d’un projet plus grand, celui qui animait René Levesque et les visionnaires de sa génération?

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS

Ouvrir les yeux

Voir plus loin que le bout de son nez. Aller au delà de la cour du voisin. Penser à demain. Miser sur après…

Nos actions et nos réactions sont plus souvent dictées par le passé que par l’avenir. Normal me direz-vous, nous ne sommes pas devins et nous connaissons mieux hier que demain. C’est peut-être pour ça que le moment est si difficile à vivre au présent.

C’est surtout la raison pour laquelle la masse des insatisfaits grossit plus vite que la rivière Richelieu un dimanche de printemps. Autrefois, on avait la foi, aujourd’hui on a plutôt la méfiance.

Tenez, les résidents du plateau Mont-Royal ont pris cette semaine une soirée de leur temps pour s’embouteiller dans une église et se plaindre de façon véhémente des inconvénients de circulation suite aux récents changements de sens dans quelques rues de leur quartier. Les esprits étaient tellement échauffés que quelques uns ont perdu la boussole en lançant à Ferrandez, leur maire, de retourner en Espagne alors que celui-ci est né… au Québec.

Les plaignards n’ont pas pensé qu’en changeant leurs habitudes, ils pourraient peut-être améliorer leur quotidien et sans doute aussi la vie de toute leur ville. Ils ne se sont pas demandés s’ils pouvaient faire quelque chose pour débloquer, c’est le cas de le dire, la situation. Ils ne se sont surtout pas questionnés sur le fait qui si les rues étaient bloquées, ce n’était pas à cause des rues… mais à cause des autos.

Bref, au lieu d’ouvrir les yeux, ils ont préféré ouvrir la gueule.

Ils étaient pourtant nombreux à se réjouir de l’arrivée de Projet Montréal et de ses idées progressistes et innovatrices sur leur Plateau.

On rêve de changement, mais on préfère que ce soit les autres qui le vivent. On vote pour, mais après on est contre.

« Les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit » disait Lao Tseu.

Et ainsi va le monde.

 

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com