Dieu sauve la reine, mais pas l’art

John Baird, notre ministre des Affaires étrangères, a décidé cet été de refaire la déco du hall d’entrée de l’édifice de son ministère à Ottawa. Il a bazardé deux tableaux d’Alfred Pellan pour les remplacer par un portrait couronné de la reine Élizabeth Two.

Ça ne devrait étonner personne. Et pourtant.

Qu’est-ce qui est plus choquant ?

Enlever d’un mur gris et officiel deux tableaux colorés de notre patrimoine culturel, des œuvres importantes d’un artiste qui a apporté un souffle nouveau à la peinture canadienne ?

Ou accrocher à la place un portrait de la souveraine emperlousée du Canada, Reine d’Angleterre, du Pays de Galle, d’Écosse, d’Irlande du Nord, d’Australie, de Jamaïque, des Bahamas, de Papouasie, de la Barbade et d’un tas d’autres états?

Le geste n’est pas anodin. Au lieu de célébrer la vitalité de la culture canadienne et d’affirmer l’identité nationale, le gouvernement a en effet choisi de prêter allégeance à la descendante du sanguinaire Henri VIII et d’un florilège de têtes couronnées qui ont conquis le monde et exploité au cours des siècles des millions de personnes.

Accrocher le portrait de la reine d’Angleterre dans les bâtiments publics canadiens s’apparente au culte de la personnalité étatisé comme au bon vieux temps de Staline, de Mao ou de Saddam Hussein.

Grâce au ministre John Baird, on peut désormais dire que l’art et la culture sont des Affaires étrangères au Canada.

Notez que ça permettra peut-être aux deux œuvres chatoyantes de Pellan d’être vues par d’autres personnes qu’une poignée de fonctionnaires, de diplomates et de militaires.

 

Chronique parue dans BRANCHEZ-VOUS.com

Le combat du chef

Jack Layton nous est apparu lundi abattu. Il nous a annoncé, comme vous le savez, qu’il se retirait «momentanément» de la politique pour combattre un nouveau cancer.

Même ses plus grands détracteurs, même ceux qui ont perdu leur siège de député et sont chômeurs à cause de la vague orange qu’il a portée, même ceux pour qui la politique a autant d’importance qu’un pet de vache dans un communiqué de Nathalie Normandeau, bref, tous ceux qui ne sont pas en vacances dans un chalet au fond du bois ont été touchés par le visage émacié de l’homme et le discours frêle mais empreint d’optimisme du politicien.Le cancer est une putain de merde immonde qui frappe aveuglément un oncle, une mère, un fils, une amie, un frère, une collègue, un voisin,…Chaque année, le cancer fait plus de victimes que le terrorisme.

Avez-vous vu CNN titrer « war on cancer »? Avez-vous entendu Stephen Harper dire qu’il allait injecter des milliards pour l’achat de matériel pour faire la guerre au cancer ou qu’il allait envoyer des troupes dans les hôpitaux du pays afin de s’attaquer au mal terrifiant? Avez-vous vu des nations unies s’allier pour mettre en commun leurs forces afin d’éradiquer les forces invisibles de ce sadique tueur en série?

Bien sûr, vous avez plein d’amis qui marchent pour la recherche contre cancer du sein, qui font du vélo pour aider la fondation du cancer, qui se rasent les cheveux en faveur de Leucan… Et vous les encouragez en donnant généreusement. Mais vos impôts, eux, ils vont dans les avions de guerre et les prisons… C’est aussi contre ça que Jack Layton voulait se battre vigoureusement à Ottawa.

Le cancer est une saloperie. Mais il ne doit pas tuer les idéaux comme le soulignait si justement hier Judith.

Le combat digne et courageux de Jack Layton nous rappelle que la vie ne tient qu’à un fil. Face à la fragilité de l’existence, à l’importance de l’égalité des chances pour chacun et au combat du quotidien, les idées humanistes prônées par Jack et son parti sont plus vivantes que jamais.

Le cancer ne tuera pas le NPD.

Texte publié dans Urbania.

En panne d’idéal

Les attentats d’Oslo seraient-ils le signe avant-coureur que le monde va balancer dans l’horreur? Le terroriste norvégien, dont je tairai le nom car il rêve trop qu’on lui fasse de la publicité, n’a pas le visage hirsute que vous vous faites de la violence. Mais son geste abominable n’est pas qu’un fait divers sanglant causé par un malade mental qui possédait des armes.

Selon ce que nous apprennent les médias, le terroriste blond voulait «défendre» une certaine idée qu’il se faisait de son monde. Je n’ai, bien entendu, pas lu les 1500 pages qu’il a pondues pour justifier son action. Je ne comprends pas assez bien le norvégien pour lire entre les lignes, mais, surtout, je ne veux pas me laisser pervertir par ce genre de torchon machiavélique. Force est de constater cependant que son discours ressemble à de nombreux commentaires qu’on lit ici et là, mais beaucoup ici.

La haine de l’autre qui transpire dans ce genre de prédication traduit l’égoïsme patent de leurs auteurs. Ceux qui fustigent les autres ont peur de perdre leur identité, ils s’inquiètent de voir leur confort leur échapper, ils sont mal à l’aise devant le monde qui change et regardent avec jalousie et méfiance l’étranger qui vient s’installer dans leur voisinage. Au lieu de l’accueillir avec un sourire, au lieu de l’accepter pour l’aider à s’intégrer, ces gens se ferment, s’enferment, sournoisement critiquent, raillent, moquent, lèvent la voix, cultivent les mots disgracieux et, petit à petit, balancent dans un discours radical, sombre et sans appel. Après ils s’étonnent qu’on leur tourne le dos et que les nouveaux voisins préfèrent la compagnie plus colorée de ceux qui leur ressemblent.

Vous me direz qu’ils ont raison de se méfier. Ailleurs aussi, les radicalismes pullulent, et ça ne sent pas bon.

Là-bas, ils ne veulent pas se faire envahir par l’uniculturalisme impérialiste occidental et souhaitent préserver des valeurs qui sont les leurs. Ici, on veut préserver un confort durement acquis et chèrement payé en dix versements égaux.

À court d’arguments, les esprits les plus échauffés passent des gros mots aux actes de violence.

Les terroristes, qu’ils soient poilus, blonds aryens, avec des bombes dans le caleçon ou des fusils mitrailleurs dans le sous-sol, ne veulent pas bâtir un monde meilleur. Ils veulent détruire un monde qui leur échappe.

C’est ce manque d’idéal qui me fait peur.

En supplémentaire

Avez-vous remarqué le nombre de spectacles qui ajoutent des dates à leur programme? C’est frappant! Telle comédie, en supplémentaire. Ce drôle d’humoriste déjà complet qui rallonge son agenda rien que pour vous! Et ce spectacle tellement couru que tous les billets ont déjà été vendus mais qui remonte sur scène à la demande générale. Et si tout ça n’était que stratégie marketing?

Il n’y a pas une année que le Festival de ceci et la troupe de cela ne présentent des spectacles à guichets tellement fermés qu’il faut en ouvrir d’autres pour satisfaire à la demande.

Voir dans le journal qu’un spectacle est complet, c’est comme lire dans les sondages qu’une vague orange va frapper le Québec. La réaction du public est tellement prévisible. Tout le monde y va, j’y vais. Tout le monde vote pour lui, je vote pour lui. Tout le monde l’achète, je l’achète.

En fins stratèges, les vendeurs de billets de spectacles populaires savent que s’il faut remplir des salles, il vaut mieux qu’elles soient déjà pleines. Rien de tel qu’une bonne vente sous pression pour délier les cordons de la bourse du spectateur qui veut passer un bon moment. Je m’explique. Si vous voulez remplir une salle pendant cinq soirs, vous réservez la salle cinq soirs, vous annoncez deux dates, vous donnez des billets à vos amis, clients, journalistes, collègues pour remplir la dite salle le premier soir, vous mettez des billets en vente pour le deuxième soir et au bout de quelques jours, vous pouvez aisément annoncer «complet». Il ne vous reste plus qu’à mettre en vente des places pour les soirs suivants en annonçant «en supplémentaire» et le tour est joué! Tout le monde l’a vu, vous voulez le voir.

C’est de bonne guerre. Les organisateurs ne veulent pas courir le risque d’avoir des salles vides. Au lieu de «en supplémentaire», il aurait cependant été plus juste de dire «nous avons enfin réussi à écouler les billets que nous craignions de ne pas vendre, nous pouvons donc en mettre d’autres sur le marché sans prendre trop de risques de nous planter car le show, c’est d’abord du business». Ce n’est pas Stephen Harper qui me contredira.

Il y a cependant un show que je ne peux que vous encourager à aller voir. Walter au monument national. Ce gars fait de l’humour comme on n’en voit peu ici. Il n’y aura pas de supplémentaires. Alors ne le manquez pas.

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS!

Tout manquer

U2, le Festival de Jazz , Elton John, le gala des comiques, la bataille de papier entre Cassivi et Lagacé, le verdict Guy Turcotte, la visite de Will et Kate, les soubresauts du pont Champlain, même les excellents textes de Judith Lussier et les plans de voyage de Kate Perreault-Lessard dans le blogue Urbania. J’étais pas là. Rien vu, rien lu, rien entendu.

Au lieu de l’hystérie autour du show du giga groupe irlando-hollando-paradiso-fiscaliste U2, la foule qui s’amasse en masse, l’orgie de décibels, de watts et de sueur, j’ai écouté le bruit des vagues, le chant du vent, le trili trili des oiseaux. À la place des débats de sourds et des dialogues de bornés entre des esprits suréchauffés et mal informés à propos du verdict du procès Turcotte, j’ai débattu de la recette de la paëlla dans un pays où on ne trouve pas de chorizo. Loin de m’inquiéter de l’état moribond du pont Champlain et des chances d’en réchapper si je devais le traverser pour prendre la 10, j’ai plutôt scruté le ciel pour savoir si je devais mettre de la 30 ou de la 50. Pendant que vous étiez des centaines de milliers à commenter la longueur de la robe de Kate Midinette et le vent qui s’engouffrait joyeusement dedans, je lançais dans le ciel des cerfs-volants inutiles. Pendant que vous courriez voir Elton John, Marie Mai, Jean-Pierre Ferland, Metallica, Rachid Badouri, Name It, je courais après les vagues folles d’un Océan en furie. Alors que le maire Labeaume faisait ses crises d’urticaire pour un oui ou pour un non, je grattais mes piqures de moustiques.Dans d’autres contrées où les états d’âmes de Wajdi Mouawad, la météo au-dessus de La Ronde et les tweets de Guy A. n’intéressent personne, il n’y avait que la vie à savourer et le temps qui passe à regarder.Qu’est-ce qui est mieux? Qu’est-ce qui est pire?Aujourd’hui, de retour à la civilisation, happé par l’actualité, je ne manque plus rien. Je lis tout, je regarde tout, j’écoute tout. Je tweete, je zappe,  je facebooke, je google, je télécharge, je syntonise, je consomme, je produis, je cours, j’écris, je magasine, j’emmagasine, j’élabore, je collabore, je métaphore, je sue, je swingue, j’active, je clique, j’aime, je statue, je commente, je plussun, je tague, je tangue, je lol,… en espérant la prochaine vague qui me redonnera le goût salé de la vraie vie. Celle où le temps perdu est toujours gagnant et la circulation n’est pas un sujet de conversation.
Texte publié dans Urbania

Pauvre Amérique

Ça va mal aux États. Le président et le congrès se livrent à un véritable bras de fer pour que la dette nationale n’entraîne pas l’implosion du pays. Les rapaces de la cotation économique sortent les dents en menaçant de dégrader la plus grande puissance au monde. Les créditeurs réclament des comptes aux endettés. Et les convoyeurs attendent.

Qu’est-ce qui s’est passé? Pourquoi ce grand vide, cette dépression persistante, cet appauvrissement lancinant? Où est l’Amérique triomphante et optimiste qui bâtissait des autoroutes rapides et des quartiers paisibles, des gratte-ciel gigantesques et des parkings à étages? Qu’est devenu le modèle du monde qui produisait du Coca-Cola et des voitures pour tous, qui inventait le centre d’achat, la banlieue, le hamburger à la chaîne, les céréales multicolores et le roman savon?

Je ne suis pas un expert, je ne suis qu’un promeneur du quotidien. Et je viens de traverser l’Amérique, celle des États-Unis qui se sont appropriés le nom d’un continent.

J’y ai vu de l’extrême richesse, mais aussi de l’indicible pauvreté. Des bidonvilles, des sans-abris, des maisons en ruine, des quartiers abandonnés, des usines définitivement fermées, des stationnements vides, des villes mortes, des vitrines placardées, des commerces qui ne vendent plus rien,… Pas à Cuba, ni dans l’ex Union Soviétique ou au Soudan, mais en Virginie, en Caroline du Nord, au Michigan,…

Ici une petite ville qui survit en s’inventant des attractions touristiques, là une autre qui a perdu 50 % de sa population en 20 ans après la délocalisation de ses deux plus grosses usines.

Et puis en observant un peu plus attentivement ces villes et ces villages, j’ai croisé les yeux du mal qui les a frappé. Plus vicieux que le terrorisme, plus mesquin, plus rapace, surtout plus destructeur. Il est partout dans tous les états, dans chaque municipalité, à chaque sortie d’autoroute, comme des Tim Horton au Canada. Son nom: Dollar. Il n’y a pas un petit village qui ne soit marqué par ce mal qui fait chaque jour de nouvelles victimes. Partout, au mieux dans les banlieues, au pire au cœur des villes, on voit ces terrorisantes enseignes qui nous explosent en pleine face: Dollar General, Dollar Tree, Bottom Dollar, Dollar Wise, Dollar Plus, Dollar & Gift, Family Dollar,… Partout le Dollar laisse sa douloureuse marque.

Pourtant personne en Amérique n’a pensé lancer une guerre pour l’éradiquer…

Normal, c’est l’Amérique qui a inventé le Dollar et l’art de le dépenser.

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.com