La musique s’écoute mieux avec les oreilles

Mercredi soir avait lieu le concert inaugural de la toute nouvelle adresse symphonique de l’OSM. Une salle prestigieuse dans un écrin élégant où la musique de notre grand orchestre symphonique peut enfin s’épanouir pleinement. C’était un événement important pour la culture, pour le Québec, pour Montréal et pour tous ceux qui ont des oreilles. Mais la télé a gâché la célébration.

Pour ceux qui l’auraient manqué, l’OSM a présenté dans sa nouvelle salle, en projection à l’extérieur ainsi que sur les ondes de la télé et de la radio la IXe de Beethoven, le tube des symphonies classiques au même titre que le Canon de Pachelbel ou le thème de la Guerre des étoiles de John Williams. Même mon oncle Alban a entendu parler de Beethoven.

Tout le monde sait siffler les notes de l’hymne à la joie et les plus érudits savent que Beethoven s’appelait Wolfang Amadeus de son prénom (pas besoin de m’écrire, je voulais voir si vous suiviez). On ne prenait donc pas de grands risques en présentant cette grande œuvre.

C’était une bien belle soirée de rentrée avec tout le gratin politico-médiatique au parterre.

La télé publique a eu l’excellente idée d’amener chez tous ceux qui ne pouvaient se payer un billet ou se déplacer à Montréal la magie de Kent Nagano et l’excellence de son orchestre.

Les mélomanes s’attendaient à des gros plans du célébrissime chef d’orchestre habité par l’œuvre de Beethoven, des envolées de violons, des travellings sur des forêts d’archets qui dansent, des partitions en mouvement, des joues gonflées de hautboïstes concentrés, des gorges déployées, des flûtistes imprégnés, des coups de baguettes magiques, des timbales qui vibrent, des cors qui chantent, des trombones qui trompettes, des bassons, des picolos, des triangles,…

Ils ont surtout eu des jongleurs et des acrobates.

Au moins, pensez-vous, il leur restait la musique. Oh que nenni !

Avant même l’arrivée majestueuse du chœur, le télédiffuseur a cru bon de plaquer des personnalités qui parlent pendant que l’orchestre joue.

On m’a toujours appris à fermer ma gueule et mon cellulaire pendant un concert.

Pourquoi mettre des chorégraphies de cirque sur l’un des seuls (le seul?) concerts de musique classique présenté à la télé à une heure de grande écoute? Pourquoi devoir ajouter des vedettes qui viennent nous expliquer la vision de Beethoven par dessus sa musique? Le téléspectateur manque-t-il à ce point de maturité qu’il lui faut des artifices et de la fantaisie pour apprécier la grande musique? Le télédiffuseur n’a-t-il aucun respect pour les mélomanes qui veulent de la musique sans babioles ni accessoires? Les concepteurs de cette soirée de grande télé n’ont-ils aucune considération pour le travail des musiciens qui se voyaient ainsi relégués au second plan?

Je me posais toutes ces questions lorsque, le lendemain, j’ai croisé Kent Nagano souriant qui saluait sur la rue Sainte-Catherine les gens venus visiter sa nouvelle salle de concert. Humblement, il leur disait sous un tonnerre d’applaudissements spontanés: «Bienvenue chez vous!»

Pas besoin de jongleurs ou d’acrobates. Les mélomanes étaient heureux. C’étaient Nagano qu’ils voulaient voir. C’est Kent qui leur a serré la main.

 

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS

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