Télé? Allumez!

Vous défendez une télé de qualité. Vous vous êtes choqué lorsque vous avez appris que l’hommage des Gémeaux à Victor-Lévy Beaulieu serait relégué loin des paillettes télédiffusées à une heure de grande écoute. Devant votre écran HD, vous avez applaudi Stéphan Bureau qui s’étonnait, en ondes lui, du peu de place qu’on laissait à quelqu’un à qui on voulait rendre hommage.

Vous avez retweeté, partagé, forwardé la lettre de VLB où le célèbre auteur déclarait aimer moins la télé qu’avant. Vous auriez sans doute vous-même souhaité l’avoir écrite. Vous êtes d’accord avec lui quand il parle d’«un gigantesque fourre-tout dont la médiocrité saute aux yeux». Vous la trouvez vous aussi tonitruante, notre télé, remplie de quidams qui n’ont rien à dire, de légumes qui se pavanent devant les caméras, de réalité triste à pleurer et de vedettes sans talent qui s’affichent avec insolence.Pourtant notre télé est bourrée de qualité. Il faut la regarder – je parle de la qualité. Parce que si j’en juge par les cotes d’écoute, la télé affligeante score mieux que la télé intelligente.Vous étiez où quand il s’agissait de regarder «Contact», la meilleure émission de l’histoire de la télé au Québec, au Canada et peut-être dans le monde? Vous regardez quoi quand Bazzo fait son show avec des invités de grande valeur sur des enjeux de fond? Vous mangiez quoi quand «Mange ta ville» passait au petit écran? Vous êtes à quel poste quand il y a des documentaires sur l’histoire des revendications palestiniennes? Vous écoutiez quoi quand il y avait à la tivi «Les bons débarras» de Mankiewicz ou «Le train sifflera trois fois» le classique de Zinnemann? Et j’en passe, je ne veux pas faire du népotisme.Là où VLB a sans doute le plus raison, c’est sur la multiplication des chaînes, la concentration des propriétaires et la prolifération des programmes. Face à tous ces choix, le télévore ne sait plus où donner de la tête. Il se laisse bercer par l’illusion d’un divertissement confortable qui ne fera pas de vague dans son cerveau alangui par une grosse journée de travail et il synthonise avec des millions d’autres quidams comme lui un programme formaté qui ne réveillera chez lui aucun autre sentiment qu’une profonde apathie.

Le problème, ce n’est pas que nous n’avons pas une bonne télé. C’est que peu de gens la regardent. Vous me direz que ce que vous regardez, ça vous regarde. Et si j’en juge par ce que vous regardez, je vous dirai que vous avez entièrement raison.

Chronique publiée dans URBANIA
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