C’est quoi le problème avec les armes à feu?

C’est quoi cette fascination maladive pour le fusil qui en fait un objet sacré et intouchable? C’est quoi cette attirance malsaine et obsessionnelle pour des engins de mort? C’est quoi ce culte du gun qui fait perdre la raison et le bon sens?

Désormais, grâce au manque de jugement du gouvernement Harper et au travail discret du très puissant lobby des fabricants d’armes, les criminels pourront voler les nombreuses armes en libre circulation sans qu’on puisse savoir d’où elles viennent ni où elles vont. Brillant! Il sera beaucoup plus facile de faire du trafic d’armes à feu sans qu’on sache d’où elles proviennent ni à qui elles ont appartenu. Bravo! Et comme de plus en plus de fusils seront en circulation, de plus en plus de quidams effrayés vont vouloir s’en procurer pour se protéger. Génial!

Ça ne prend pas un bac en anthropologie pour comprendre qu’on retourne tout droit au bon vieux temps du Far West et de la loi du plus fort.

Ne me dites pas que les armes ne sont pas dangereuses mais que ce sont ceux qui les tiennent qui tuent. Vous faites dur.

C’est quand même pas compliqué de remplir un papier et de dire que vous possédez un outil pour tuer. Du chevreuil, j’en conviens, de la biche, de la perdrix, parfois même de l’orignal, si vous êtes chanceux, ou un passant si vous visez mal. Mais un engin de mort, c’est certain.

Une arme ce n’est pas quelque chose d’anodin comme un sèche cheveux ou un grille-pain, heu, mauvais exemples, on peut très bien tuer quelqu’un en jetant l’un ou l’autre dans son bain. Disons alors que ce n’est pas aussi banal qu’un guéridon ou un dildo. Il n’y a pas de raison sensée de ne pas accepter de les enregistrer comme vous le faites pour votre auto ou votre moto.

Nous avions un registre, certes pas parfait, mais consulté par les policiers, les conservateurs dans leur folie meurtrière vont le détruire.

Et si c’est comme la dernière fois que j’ai écrit quelque chose pour un meilleur contrôle des armes à feu, je m’attends à des tirs groupés de commentateurs fous qui dégaineront leur liberté pour me rabattre le caquet avec force et violence. Je ne suis pas rassuré. Je crois finalement que je vais me précipiter chez Wall Mart pour acquérir une arme. C’est comme de la sauce Worcestershire, ça peut toujours servir.

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.com

La loi des gros bras

Selon ma copine Larousse et son cousin Robert, le terrorisme, c’est, et je résume pour garder toute votre attention, «un ensemble d’actes de violence commis par une organisation ou un groupe d’individus, agissant pour son propre compte, en vue d’exercer un chantage sur un gouvernement». Qu’ont fait ces derniers jours les fiers à bras de la FTQ?

Menaces, intimidation, vandalisme, destruction de travaux en cours, chantages…

Pour revendiquer leurs droits à l’expression et étoffer leurs revendications d’arguments solides, des vandales parmi les plus raffinés ont barbouillé de merde le bureau du député libéral de Chomedey qui est, incidemment, président de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 33. On ne sait pas qui a chié dans les mains de qui pour donner du poids au dossier syndical, mais on se doute bien que ces personnes qui n’ont pas peur de mettre la main à la pâte n’étaient pas armées que de bonnes intentions.

La sémillante madame Thériault, ministre du travail bâclé et des pauses syndicales, a reçu le week-end passé un doux message d’un de ses admirateurs qui disait en substance «On va te casser les jambes». Ne vous y méprenez pas, ça n’a rien à voir avec une invitation à une partie de jambes en l’air.

La semaine dernière, c’était le bureau de la députée Stéphanie Vallée qui recevait la visite de bachibouzouks mal embouchés devenus maîtres en art de la déconstruction.

Il y a quelques jours, une travailleuse de la FTQ-Construction qui devait témoigner à l’Assemblée nationale pour se plaindre d’intimidation a été agressée à grands coups de bottes à cap d’acier réglementaires (sont pas fous tout de même) par des quidams qui n’ont pas mis de gants blancs pour la remettre au pas.

Et j’en passe, comme ce chantier sur le point d’être terminé où des mécontents assidus ont démoli ce que des travailleurs consciencieux (il y en a) venaient tout juste de construire pour un événement qui n’aura finalement jamais lieu.

Rendu là, il n’y a rien d’autre à ajouter.

Les ponts s’effondrent, le béton s’effrite, le vernis syndical s’écaille, le tissu social se déchire, les politiciens se frottent les mains, les puissants s’en mettent plein les poches, et après vous voudriez qu’on arrête d’être cynique? Mais est-ce que vous ne pourriez pas arrêter de nous écœurer alors?

*Toute ressemblance avec des participants d’Occupation Double est totalement fortuite. Mais mettre les mots Occupation et Double dans un texte augmente le taux de clic et le pourcentage de visites.

Texte publié dans URBANIA.

La mort d’un artiste

Je sais, ça ne vous intéresse pas vraiment. L’artiste dont je veux vous parler n’était même pas une vedette invitée à la Fosse aux Lionnes ou à Tout le Monde en Parle. À peine connu en dehors des cercles initiés de l’art (attention au gros mot) contemporain, on ne le voyait pas à la télé, on ne l’entendait pas à la radio, on parlait à peine de lui dans Le Devoir ou dans le Voir. Mais si je ne parle pas de lui… Je vais devoir vous parler de Jean Charest. Et de cet artiste de la pirouette, il n’y a plus rien à raconter.

Mathieu Lefèvre est moins connu que les épais d’Occupation Double. Mais il avait cent fois plus de talent. Mille fois plus d’originalité. Un milliard de fois plus de choses à nous apporter.

Mathieu Lefèvre est mort tout jeune, à peine 30 ans. Il avait pourtant derrière lui de nombreuses expositions, un style propre teinté d’humour cinglant, d’irrévérence rafraîchissante, de naïveté intelligente. Son art se moquait des conventions, ses œuvres critiquaient avec esprit la culture et la société, son travail savait se réinventer.

Né en Alberta, Mathieu est venu étudier les arts visuels à l’UQÀM. Il y a un peu plus d’un an, il se lance à New York, la ville de tous les possibles. Sa carrière était en pleine ascension. Un camion l’a brutalement arrêté dans son élan la semaine dernière dans le quartier de East Williamsburg où il avait son atelier.

Chacune de ses œuvres a plus de choses à nous raconter qu’une heure de téléréalité. Je l’avais découvert au Symposium de Baie-Saint-Paul en 2007. Prenez le temps d’aller voir son site web. S’il le faut, manquez dix minutes des auditions de Star Académie ou de 30 vies. Restez silencieux devant ses installations et ses peintures qui en disent long sur ce que nous sommes.

Pour apprécier la fraîcheur de son talent et les promesses qu’un camion a fauchées, il nous reste ses œuvres. Mais c’est bien peu, à côté de la vie qui n’est plus.

L’image de cet article est tirée du site web de l’artiste. L’œuvre s’intitule « Victim of a Merciless, Unforgiving Game » 2010.
Ajout: des amis de Mathieu Lefèvre ont décidé de lui rendre hommage. Vous pouvez même participer.

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.

Le prix de la fidélité

Les compagnies de téléphones cellulaires nous font payer cher notre fidélité.

Pour séduire un nouveau client, ces entreprises tentaculaires sont prêtes à toutes les bassesses. Elles se donnent sans compter, livrent leurs plus beaux appareils pour trois fois rien, baissent leurs tarifs, donnent des boîtes vocales à la pelle (hou hou hou le jeu de mot), prostituent leurs forfaits, bradent leurs accessoires, distribuent leurs applications comme des bonbons un soir d’Halloween et, surtout, multiplient les options comme autant d’hameçons pour ferrer le poisson pour lequel elles nous prennent.

Mais pour conserver leurs fidèles clients? Niet, rien, nada, nothing. Pas le soupçon d’un moindre geste d’affection. Ni cadeau, ni mots doux, ni remerciements pour toutes ses années passées à débourser chaque mois le prix fort de la loyauté. Allez vous faire voir ailleurs si vous n’êtes pas contents et n’oubliez pas de payer la pénalité de votre rupture.

Bell, Rogers, Fido et consorts, sont toutes pareilles. Ces compagnies n’en veulent qu’à votre argent. Elles n’en ont rien à faire de votre fidélité. Que vous dépensiez près de mille dollars par an depuis plus de dix ans, ça ne leur fait pas l’ombre d’un pli ni même le début d’un œil reconnaissant.

Autrefois, les commerçants se battaient pour gagner la fidélité de leurs clients. Ils les chouchoutaient, ils les câlinaient, ils leurs offraient des rabais, ils leurs donnaient des cadeaux bonus pour les fêtes. Maintenant, c’est «Awêye, signe le contrat de mariage, pis après ne compte plus sur moi pour te faire des avances».

À ce prix-là, pas étonnant qu’on divorce de nos compagnies de téléphones comme on rompt avec une variété de céréales, qu’on plaque une célèbre marque de dentifrice ou qu’on relègue une sorte de bière aux oubliettes.

Si nous sommes devenus des consommateurs volages, c’est bien à cause des compagnies voleuses.

 

Texte publié dans URBANIA

Toujours plus

Le mouvement des indignés qui vient enfin de gagner Montréal saura-t-il toucher les intouchables? Je veux dire ce micro pourcentage de gens qui amassent des millions et dont la rapacité n’a d’égal que leur impunité?

Car c’est contre un système qui permet à une poignée de richissimes de s’enrichir encore plus sur le dos de la majorité des pauvres gens que les indignés s’élèvent.

C’est contre ces banques qui ont été renflouées à coups de milliards et qui en ont profité pour faire de nouveaux bénéfices… exempts d’impôts bien sûr.

C’est contre ces multinationales qui payent des pinottes en taxes alors qu’elles coupent dans les salaires pour agrandir la part de leurs bénéfices pantagruéliques.

C’est contre le déséquilibre scandaleux entre ceux qui s’échinent au travail en passant plus d’heures à gagner moins d’argent et ceux qui gagnent plus en une semaine que ce que la majorité de la population gagnera dans toute sa vie.

C’est contre cette ultra-minorité d’ultra-riches qui ont détourné les lois à leur profit, qui ont mis les politiciens à leur service et qui exploitent la population pour s’enrichir encore plus.

C’est contre ces patrons sans scrupules qui ont décidé de délocaliser la grande majorité des entreprises d’ici pour faire fabriquer des produits de moins bonne qualité dans des pays où l’on paye les travailleur 25 ¢ de l’heure et ce, dans l’unique but de faire encore plus de profits.

Si ça continue, même le sirop d’érable sera made in China.

C’est aussi ici, au Québec, contre la corruption patente, la malhonnêteté institutionnalisée et l’immobilisme gouvernemental que les indignés se lèvent timidement.

Tous les ultra-millionnaires ne sont pas des filous. Il y en a qui désormais se disent qu’ils pourraient peut-être payer un peu ou un peu plus d’impôts. Ils sentent la soupe chaude que les indignés préparent dans leurs chaudrons. Ils se rendent compte du ridicule insensé de la situation dans laquelle ils vivent. Ils ont tellement d’argent qu’ils ne leurs suffiraient pas de cent vies pour pouvoir tout dépenser.

Mais quand il commencera à faire vraiment froid et que Star Académie aura enfin trouvé ses candidats, que deviendront ces manifestants qui n’ont comme seul pouvoir que… de pouvoir s’indigner un peu plus?

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.

Le plaisir d’écailler les oeufs*

Je viens de voir à la télé, à l’ininterrompu canal LCN auquel je ne suis pas abonné mais qui roule en boucle au café du coin, je viens donc de voir sur cette chaîne consacrée à l’information de surface et la nouvelle de proximité, un infommercial de qualité sur un nouveau produit qui va bouleverser nos vies: EggiesTM.

EggiesTM, qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme Huggies – quoique, si j’en crois la pub, tous les deux nous sortent de la merde – EggiesTM, disais-je avant que vous ne m’interrompiez, vous permet de faire des œufs durs, des œufs mollets ou des œufs à la coque en évitant l’étape plate de l’épluchage de la coquille.

Quelle idée révolutionnaire! Il fallait y penser! Et un cerveau nobellisable l’a fait!

Au lieu de cuire l’œuf dans sa coquille, vous cassez l’œuf et versez son contenu dans une autre coquille, mais celle-ci en plastique. Vous immergez ensuite votre œuf ainsi capitonné dans l’eau bouillante comme vous le feriez avec un œuf normal. Une fois le temps requis écoulé, vous n’avez plus qu’à démouler la coquille de plastique, en extraire l’œuf parfaitement cuit et le tour est joué.

Oui, bien sûr, il faut laver la fausse coquille, la sécher et l’entreposer. Mais ce n’est pas le seul inconvénient. Cette invention nous prive surtout du plaisir d’écailler les œufs, de leur arracher d’un seul coup des pans entiers de coquille, de la surprise de découvrir sous leur carapace brune la chaire molle, blanche, luisante et nourrissante.

Nous vivons une époque formidable où même les œufs perdent des plumes.

C’est ce qu’on appelle le progrès.
*Vous savez comme moi que le E va dans l’O. Mais il ne voulait pas se mouiller ce matin et mon logiciel de gestion de contenu n’a pas permis la fusion de l’E dans l’O. Veuillez donc nous excuser de cette interruption momentanée de l’œ. Merci

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.com

AJOUT 14.06.2015: figurez-vous que j’apprends, en juin 2015, qu’on ne dit pas « écailler » mais plutôt « écaler ». Le premier voulant dire enlever les écailles alors que le deuxième veut plutôt dire enlever l’enveloppe d’un fruit dur ou d’un œuf dur. Désolé pour ces années d’ignorance.

La vie avant tout

Nous venons de perdre coup sur coup plusieurs personnes qui nous ont touchés, qui nous ont marqués et qui ont influencé nos vies. Steve Jobs, bien sûr. Jack Layton, aussi. Gil Courtemanche, moins connu mais pas moins inspirant. Peut-être un proche. Un ami. Un voisin. Leurs disparitions nous ramènent chaque fois à l’essentiel : la vie. Et en nous quittant, ces morts nous inspirent.

Jack Layton a laissé un message émouvant que chacun devrait garder dans la mémoire, s’il en a, ou inscrire sur un petit bout de papier glissé dans son portefeuille s’il en manque. Je vous remets ici sa conclusion et vous invite à prendre le temps de la relire calmement.

«Mes amis, l’amour est cent fois meilleur que la haine. L’espoir est meilleur que la peur. L’optimisme est meilleur que le désespoir. Alors aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde.»

Steve Jobs, se sachant lui aussi atteint d’un mal qui le rongeait de l’intérieur, a lancé en 2005 un vibrant discours qu’il a prononcé à l’université de Stanford. Relisez-le à haute voix. Partagez-le avec vos proches. Glissez-le dans la mémoire vive de votre Macbook Pro.

«Votre temps est limité, alors ne le gaspillez pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre. Ne laissez pas le bruit des opinions des autres avoir le dessus sur votre voix intérieure. Et, le plus important, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. Tout le reste est secondaire.»

Des comiques créatifs ont écrit toutes sortes de choses suite à la mort de Steve jobs. Je n’en retiendrai qu’une, vous l’avez tous déjà vue et comme nous sommes entre nous, je vous la laisse dans sa version originale beaucoup plus efficace : «10 years ago we had Steve Jobs, Bob Hope and Johnny Cash – Now we have no Jobs, no Hope and no Cash.»

C’est drôle. Mais ce n’est pas juste. Les messages que nous ont laissés Jobs et Layton nous disent le contraire: nous avons du travail, beaucoup, nous avons de l’espoir, parce que ces gens qui sont partis comptent sur nous pour que nous continuions leur œuvre et, enfin, nous avons beaucoup de richesses, et pas seulement dans notre sous-sol que le gouvernement Charest a donné à des compagnies étrangères.

Le problème c’est que la majorité des gens croient que ces richesses ressemblent à du cash alors qu’elles ressemblent à la vie.

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.