Bilan 2011: des morts et des vivants

2011, comme chaque année avant elle et toutes celles qui vont suivre après, a eu son lot de décès. Des vedettes, des artistes, des politiciens et des inconnus. Il y a eu aussi beaucoup de naissances de futures stars. Mais ce sera plus difficile d’en dresser la liste. Ainsi va la vie.

Vous rappelez-vous tous ces disparus qui ont marqué l’année ?

Y a-t-il une personne dont la mort vous a le plus touché ?

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Le Père Noël a-t-il pris sa retraite?

Cette année ne nous a pas fait beaucoup de cadeaux. Et quand je dis nous, je dis vous aussi.

Vous voulez des exemples ?

Vous avez voté en grande majorité pour la vague orange (je parle ici des (é)lecteurs québécois). Et vous avez droit depuis les élections à une marée noire.

Vous aspirez à plus de justice et d’égalités. Et jamais, depuis que la démocratie existe, l’écart entre les ultra-riches et les extra-pauvres n’a-t-il été aussi grand.

Vous estimez que les hommes et les femmes qui nous dirigent doivent faire preuve d’un sens aigu de l’éthique et d’un dévouement sans condition pour le bien public. Cette année a sans doute été une de celles où les élus ont le plus triché avec vous en empochant des cadeaux qu’ils ne devraient jamais accepter et en en faisant à des filous qui ne le méritaient pas.

Vous aimeriez que les ressources naturelles du pays où vous vivez profitent aux habitants de ce pays? Cette année, le cadeau vous est passé sous le nez.

Vous rêvez d’un monde sans guerre. Pas de chance, il y en a aux quatre coins du monde et notre nouveau premier ministre majoritaire achète plein de nouveaux engins de guerre pour continuer à la faire.

Heureusement, dites-vous, il y a encore les joies simples de l’hiver, les balades en raquettes avec fiston, la dinde que vous avez remplacée subtilement par une pintade aux abricots, les truffes au chocolat de fillette, la lecture des bons romans au coin du feu, la douce attente de minuit, le déballage des cadeaux, la découverte des surprises… et l’âme du Père Noël qui ne prendra pas sa retraite tant que vous croirez en lui.

Allez, joyeux Noël, dans toutes les langues et dans toutes les religions !

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.

Parlons Hockey

Y a finalement que ça de vrai!

Jacques Martin a donc écopé pour la mauvaise performance de son équipe. C’est pourtant pas lui qui était poche sur la glace.

Les piètres résultats de la très très chère équipe de Montréal et la mise à mort de son entraîneur ont cependant vite été occultés non pas par le décès de Kim Jong-Il ou la mort de Vaclav Havel, mais par l’unilinguisme de son remplaçant (Et je ne parle pas du remplaçant de Kim Jong-Il).

Depuis samedi, tout ce que le Québec compte de gérants est monté aux estrades comme si l’avenir de la planète en dépendait.

Le hockey ne se joue pourtant pas avec la langue.

Mais la langue a tout à voir avec l’identité d’une équipe comme le Canadien de Montréal et donc avec l’attrait que l’équipe a sur les foules en délire qui l’adulent. La famille Molson installée au Québec depuis 1782 devrait le savoir.

Verrait-on un coach unilingue français à Toronto ou Vancouver? Imaginez-vous un entraîneur qui ne parlerait pas Italien à la Juventus de Turin ou espagnol au Réal de Madrid?

Avec la décision du CH de remplacer Martin par un gars dont le nom est aussi difficile à prononcer que la sauce Worcestershire, la dernière équipe francophone de la ligue perd la voix avant même de perdre la coupe.

Les amateurs qui ont l’habitude de payer leur bière 10 $ le gobelet mou quand ils vont voir un match sauront-ils donner aux dirigeants de la brasserie qui possède leur club la monnaie de leur pièce?

Si tous les buveurs de Molson Ex achetaient de la Gros Mollet, de la Boswell ou de la Corps Mort en signe de désaccord, non seulement ils découvriraient que la bière peut avoir du goût mais ça ne tarderait pas que les dirigeant de l’équipe Molson remettent à la tête de l’équipe un gars qui manie la langue de Tremblay aussi bien que la rondelle.

AJOUT : notez que lorsqu’on téléscope les mots « Cunneyworth » et « unilinguisme », ça fait « Cunniliguisme ».

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS

Tu voudrais danser, ma fille

Tu voudrais que le monde soit léger comme un flocon, virevolter sur toi-même sans jamais t’arrêter, épouser le mouvement,…

…t’envoler sur une note de musique, transformer les lumières de la ville en champ d’étoiles, regarder dans les yeux le soleil qui se couche et retarder l’aube d’un grand coup de poing sur le cadran. Tu voudrais que la beauté soit un service essentiel, que l’insouciance soit obligatoire, qu’on puisse glisser sur les trottoirs comme sur une patinoire parce que tu aimes patiner.

Tu voudrais que les fleurs poussent sur le béton même en hiver, que le mauvais goût soit interdit, que la méchanceté n’existe plus, que tous ces gens pressés se mettent à marcher synchronisés comme dans un film de Jacques Demy. Tu voudrais qu’on parle en chantant, qu’on fasse des vers sans en avoir l’air, comme Victor Hugo sur son petit pot, que le temps qui passe revienne de temps en temps.

Tu aimerais pouvoir faire valser les foules, que le gris ne soit plus une couleur, que les distances n’existent plus, qu’il suffise de fermer les yeux pour se retrouver de l’autre côté de l’océan, dans les bras de tes grands-parents. Si tu pouvais, tu jouerais du piano toute la journée, tu transformerais la table du petit déjeuner en clavier magique qui chanterait du Yann Thiersen et ferait la vaisselle en même temps.

Tu rhabillerais le monde, tu redessinerais la vie. Sur les guerres, sur les horreurs, sur le mal, sur le malheur, tu jetterais un voile de tulle pour effacer la souffrance, pour éponger la tristesse.

Tu inventerais des histoires qui feraient couler l’émotion à fleur de mots. Tu tournerais les pages, tu changerais de décor, tu réécrirais le quotidien pour pouvoir aller toi aussi à l’école des sorciers.

Tu voudrais danser. Et tu es déjà en train de faire de ta vie la plus belle des chorégraphies. Bon anniversaire ma fille.

En prime, voici une vidéo qui a la légèreté de la meringue et la fraîcheur du champagne.

Texte publié dans URBANIA

(Crédit-image: rognage de «La Danse», de Chagall, 1950.)

Pétrole Québécois. Et moi? Et moi?

L’île d’Anticosti cacherait des dizaines, que dis-je, des centaines, des millions, des milliards, de mille millions de mille sabords de tonnerre de Brest de barils de pétrole! Du pétrole québécois! Et bien dansez maintenant!

Nous apprenions hier dans Le Devoir que le sous-sol de la plus grande île du Québec serait plus attrayant qu’un Future Shop un jour de Boxing Day. Selon les mots que je m’empresse de copier/coller ici tant ils sont alléchants, il y aurait là «des gisements de classe mondiale ».

Mais ne vous réjouissez pas trop vite. Ce n’est pas demain la veille que vous verrez la couleur de cet or noir transformer en rose l’avenir sombre de votre pauvre existence.

Ne comptez pas sur les revenus mirobolants que va rapporter cette manne miraculeuse pour renflouer le système de santé, assurer un enseignement de qualité à nos jeunes ou éradiquer la pauvreté des enfants au pays.

La division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec qui détenait les droits d’exploitation sur ces terres les a cédés en 2008 à une entreprise privée en échange… d’une redevance aussi mystérieuse que les liens entre le parti libéral et le sens de l’éthique. On se doute bien que si le gouvernement libéral refuse de dévoiler le montant de cette redevance c’est qu’elle est proche de la honte, du ridicule, voire du scandaleux.

Jean Charest ne nous a pas habitué à cacher ses bons coups.

Tout ce qu’on sait, c’est que l’entreprise bien privée, paye actuellement 61 956,40 $ par an au Québec pour s’assurer de pouvoir pomper les 30 milliards de barils de pétrole cachés dans le sous-sol.

En sachant qu’aujourd’hui le baril de pétrole vaut 106 $, demain ce sera sans doute plus, multipliez par 30 milliards et faites le total. Dans mon livre à moi, ce sont 60 000 $ bien investis.

Ce qui est amusant, c’est de savoir que pendant des années, Hydro-Québec a investi des millions à ne rien trouver et que le jour où l’entreprise d’état a refilé le sous-sol d’Anticosti à une entreprise privée, le pétrole public ainsi privatisé s’est mis à jaillir comme par magie.

Je ne voudrais pas vous décevoir, mais ce pétrole-là, ce n’est pas celui des Québécois. C’est celui de Pétrolia et de Junex.

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.

La chasse aux minounes est ouverte

Le ministre québécois de l’environnement a déposé mercredi à l’Assemblée nationale le projet de loi 48 qui obligera les propriétaires d’un véhicule âgé de plus de huit ans à passer à l’inspection moyennant, bien entendu, des frais. Notez qu’ironiquement, ce projet de loi a le même numéro que celui sur l’éthique. Mais ça n’a pas rapport.

On ne peut que se réjouir quand un gouvernement prend des mesures pour contrôler les sources de pollutions atmosphériques. Mais quand tu pousses, comme dirait l’autre, pousse égal.

Qui a le luxe de posséder une Accent ou une Yaris de huit ans et plus? Certainement pas les plus riches qui roulent en Cayenne ni ceux qui s’achètent des mini-fourgonnettes full options de l’année.

La loi du ministre Arcand qui, selon toutes vraisemblances, ne doit pas souvent fréquenter les pauvres, touchera les gens qui ont un budget serré, ceux qui font attention à ne pas gaspiller, ceux qui n’achètent pas tous les trois ans une nouvelle auto, ceux qui préfèrent recycler, ceux qui réutilisent au lieu de surconsommer, ceux qui réduisent au lieu d’augmenter, ceux qui prônent la simplicité volontaire.

Prenons un exemple. Une famille de quatre personnes qui possède une Toyota Echo 2001 noire, mais la couleur importe peu, un véhicule qui consomme moins de 7 litres aux 100 km, bien entretenue et qui roule en moyenne 13 000 km par an, bref, pas vraiment ce qu’on pourrait appeler une « minoune », devra défrayer les coûts de l’inspection en plus des frais éventuels de mise à niveau, alors que le célibataire qui possède un Yukon 2011 pourra faire librement ses 40 000 kilomètres annuels pour aller de sa banlieue à son bureau sans se soucier de l’environnement et du ministre Arcand.

Notre bon gouvernement qui jette nos ressources naturelles par les fenêtres, qui est toujours prêt à aider les entreprises étrangères à fracturer le sous-sol québécois pour en faire jaillir à Dieu sait quel prix environnemental du gaz de schiste, qui s’apprête à détruire le Nord à grand coups de pelleteuses, qui donne les garderies à ses amis comme on donne des bonbons à l’Halloween, ce gouvernement décrié de tous mais qui s’accroche prend donc les grands moyens pour, une fois de plus, faire payer ceux qui en ont le moins les moyens.

Je crois que je suis très fatigué là.

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS

 

Les étudiants et la grève

Mettons tout de suite les choses au clair. J’ai déjà été étudiant. Pas longtemps. Mais suffisamment pour apprendre deux ou trois choses qui m’ont été utiles plus tard comme par exemple pour écrire cette chronique sans fautes.

Aurélie, ma collègue du vendredi, a commis, comme c’est souvent le cas sur cette tribune, un excellent billet sur la fébrilité qui anime par les temps qui courent les associations étudiantes.

Il faut dire que, périodiquement, les étudiants aiment monter aux barricades pour un oui ou pour un non. C’est normal, la révolte est de leur âge. Moi-même, je me révolte de temps en temps pour garder la forme.

Il est légitime de vouloir que les études soient accessibles à tous, surtout à ceux qui vont les suivre avec assiduité. Mais un moment donné, tsé, faut aussi comprendre que tu peux pas toujours tout avoir gratis. Et ne me dites pas que je schématise ou que je caricature, c’est fait pour.

Je rencontre de temps en temps des étudiants pour leur parler de ce que je fais dans la vie (écrire). Et la question qui revient le plus souvent, avant la passion du métier, avant le plaisir du travail bien fait, avant l’amour d’une activité passionnante, avant la satisfaction de faire œuvre utile et l’exaltation de partager des idées, c’est, et je paraphrase à peine, «C’tu payant?»…

Vous avez remarqué le tutoiement?

J’ai parfois l’impression que les «jeunes» sont, comme les retraités, plus près de leurs sous que de leurs passions.

Les idéaux, si on se réfère aux standards télévisuels suivis en grands nombres par la tranche d’âge des 18-24 qui correspond à peu de chose près quand on n’a pas redoublé à celle qui peuple les amphithéâtres universitaires, les idéaux, disais-je donc, n’ont pas la cote, pas autant que la quête d’une maison proche de tous les commerces, le magasinage d’une auto de l’année ou la chasse aux rapprochements.

Et c’est normal. C’est la vie rêvée qu’on leur sert comme modèle.

Des fois, je m’ennuie des grands mouvements étudiants qui voulaient changer le monde, des manifestations spontanées qui trouvaient la plage sous les pavés, des jeunes qui bousculaient les traditions pour réinventer la société, des révoltés qui ne rentraient pas dans les rangs au premier sursaut de l’hiver, des grévistes qui enrayaient les rouages de la civilisation pour créer une nouvelle modernité, des penseurs échevelés qui rêvaient d’utopies.

Où sont-ils quand aujourd’hui on a besoin d’eux?

Note : Avant que vous n’envahissiez cette tribune pour dire que vous, vous n’êtes pas comme ça, sachez que l’utilisation ici du terme « jeune » ne concerne pas tous les jeunes et que si je fais des généralités, c’est pour mieux vous inviter à réagir.

Texte publié dans Urbania