La vie des gens tristes et célèbres

Depuis que les grands noms du petit écran ont activement envahi Twitter, Facebook.le Blogue de chose, Google+, Name It

Non seulement devons-nous les endurer sur toutes les chaînes de télévisions, mais nous devons désormais subir en plus leur pensée unique 24 h/24, 7j/7 sur ces espaces de liberté qu’étaient autrefois les réseaux sociaux.

Je ne suis plus capable de lire les jérémiades des stars de la TV sur ma TL! Épuisé de subir les lamentations publiques en 140 caractères de ces vedettes surexposées! Fatigué de ces enfants gâtés de la télé qui se plaignent d’avoir de la misère à stationner leur auto, qui sont des sinistrés du service à la clientèle de telle ou telle compagnie ou qui trouvent que le trafic est catastrophique (on n’a plus la misère et les catastrophes qu’on avait autrefois) sans parler de leur avis de mononcles patentés sur les grèves étudiantes, les performances des stars académistes ou le prix de l’essence!

Quand ces chouchous de la cote d’écoute ne s’épanchent pas contre le maire Ferrandez qui a changé leur beau petit Plateau bobo en quartier multifonctionnel urbain et moderne, ils versent leur fiel contre la météo, contre la fermeture de leur restaurant préféré ou contre une bande de vilains nobodys qui osent les critiquer à voix haute et en 140 caractères.

Si je voulais suivre ces vedettes et leurs pleurnichardises, j’achèterais le «7 Jours», je m’abonnerais à leur fil Twitter ou j’écouterais leurs émissions de tévé. Pas besoin donc de me les RT, SVP. Ils ont bien assez de leurs 100 000 abonnés pour consoler leurs malheurs et flatter leurs égos égaux.

Pourtant les groupies groupées retwettent et répètent à qui mieux mieux les vacuités de ces personnalités surmédiatisées. Comme si le fait de passer au suivant un peu des tracas de leurs vedettes bien aimées leur donnait un instant de leur gloire et de leur notoriété.

Ce n’est pas parce que tout le monde en parle que c’est intéressant. Quand tous les espaces d’expressions sont occupés par les mêmes faces à claques et les mêmes stars d’académie, que reste-t-il aux quidams que nous sommes pour s’ébrouer?

Le prochain qui me retweete les sanglots longs des vedettes monotones, je le flushe sans sommation.

Texte publié dans URBANIA
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Je n’y connais rien, mais…

Ce matin je lisais dans Le Devoir qu’une magnifique mine de diamants devrait bientôt commencer à être exploitée au Québec. Super, me disais-je en essayant de ne pas renverser mon café colombien sur mon iPad fabriqué en Chine, enfin le sol québécois allait produire les mirobolantes richesses que le premier ministre Charest nous promet depuis si longtemps. Les centaines de millions de dollars que le gouvernement prend dans nos impôts pour aider les corporations comme Stornoway Diamond de Vancouver vont enfin nous rapporter quelque chose.

Oh que nenni!

Les diamants bruts arrachés au sous-sol québécois seront exportés sans aucune transformation ici. Ils iront enrichir les diamantaires d’Anvers, en Belgique, ou d’ailleurs. C’est pas moi qui le dit, c’est Ghislain Poirier, le vice-président aux affaires publiques de Stornoway dans Le Devoir qu’on ne peut pas taxer d’être un mauvais journal.

La Belgique, voilà un petit pays qui a tout compris. Pas de matières premières, mais beaucoup de matière grise. Mine de rien, les cerveaux, c’est de l’énergie renouvelable à l’infini et les idées, c’est une matière précieuse qui ne demande qu’à être exploitée.

Malgré sa dette, malgré sa grande dépendance énergétique, malgré son conflit linguistique récurrent et sa carence politique, ce petit état devrait dégager d’après ce que j’ai lu, un excédent commercial à faire pâlir de jalousie Jean Charest et sa gang du Plan Nord. Plus de 9 milliards et demi de dollars canadiens, si je calcule que l’Euro ne vaut plus grand-chose. En pleine crise! Je n’y connais rien, mais ça mérite un toast à la bière d’abbaye!

Pour expliquer ce dynamisme sans Plan Nord, il faut comprendre que la Belgique produit d’abord et avant tout localement et qu’elle exporte par conséquent beaucoup plus de produits finis qu’elle n’en exporte.

Au Québec, si je comprends bien, on creuse, on vide le sous-sol, on envoie les cailloux ailleurs, là-bas on les transforme et on nous les renvoie ici pour les consommer au prix fort. Je n’y connais rien, mais il me semble qu’il y a des chômeurs québécois qui aimeraient ça les transformer ici.

Par ailleurs, l’économie belge mise sur la connaissance, sur le savoir, sur les technologies de pointe et les entreprises innovatrices. Contrairement à ce que nous laisse croire Jean Charest, la valeur ajoutée ne vient pas quand on creuse le sol, mais quand on se creuse les méninges. En Belgique, il n’y a peut-être pas d’uranium ou de gaz de schiste, mais il y a des idées. Et ça rapporte! Je n’y connais rien, mais si nous mettions plus de moyens sur nos cerveaux que sur nos cailloux, on pourrait peut-être aller plus loin.

Ce que je constate, en lisant, en écoutant, en essayant de comprendre, c’est que les investissements du gouvernement sont un puits sans fond (expression assez paradoxale dans le cas qui nous concerne) où l’argent du contribuable s’engouffre d’un côté pour ressortir de l’autre dans les profits des actionnaires.

Je n’y connais rien, mais le jour où nous serons les actionnaires, il me semble que ça commencera peut-être à devenir juste.

 

Texte publié dans le Huffington Post.

 

Si vous n’êtes pas d’accord avec l’exploitation à outrance de nos ressources, on vous verra peut-être à la grande manifestation du 22 avril?

On ne peut plus se perdre dans une manifestation

Avant, quand on était emporté par une foule, perdu dans la masse, englouti par une manifestation populaire et qu’on voulait retrouver ses amis, ses parents ou son chien, on criait, on gesticulait, puis on pleurait. Maintenant, il suffit d’envoyer un texto.

Aujourd’hui, tout le monde à un téléphone portable. Demandez aux gens bien pensants ce qu’ils en pensent. Ils vous diront que même les étudiants ont des téléphones intelligents… Ce qui leur fait dire sans plus de réflexion que puisqu’ils ont un téléphone, ils peuvent se payer une hausse des frais de scolarité ou appeler papa pour qu’il leur fasse un chèque. C’est un peu court comme raisonnement, c’est à croire que ces commentateurs-là n’ont pas fait d’études. Mais tel n’est pas le propos de ce papier (qui n’est plus depuis longtemps en papier, mais je m’égare).

Donc, disais-je avant que vous ne m’interrompiez avec vos analyses téléphoniques, perdu au milieu de centaines de milliers de personne manifestement pas contentes, il est très difficile d’y retrouver ses petits, ses amis et ses clés d’auto (n’est-ce pas, Céline?).

Le meilleur truc pour se faire remarquer dans une foule d’étudiants rouges de colère c’est d’arborer un calicot original… ou vert. Mais cette dernière solution comporte des risques.

Notez qu’hier, à la très grande manifestation étudiante qui a rassemblé 200 000 personnes selon les organisateurs, 90 000 selon la police qui n’osait pas passer le cap psychologique des 100 000 et deux douzaines selon Mario Dumont, il n’y avait que des pancartes originales. Ce qui tente à démontrer que pour se retrouver, les jeunes n’avaient pas tous un téléphone, mais qu’ils avaient de l’imagination. Il suffisait pour eux de repérer la bonne pancarte pour retrouver les bons amis. Étaient-ils en-dessous de Lyne Beauchamp et sa banane dans l’oreille? Derrière la tête de Charest en papier mâché? Quel slogan portaient-ils? «On va toujours trop loin pour ceux qui ne vont nulle part» ? «Heureusement que j’aime le beurre de peanut »? «Je suis ici parce que mon père est pauvre en tabarnak» (ma préférée)? «Eduka$$$ion trop chaire»? «Discutons, Charest, Beauchamp. Souper chez nous je paye le vin»? «Ah comme la hausse a haussé»? «L’enfer, c’est la hausse»? «Je pense donc je m’endette»? Autant d’affiches qui tentent à démontrer que si les étudiants n’ont pas d’argent, ils ont des lettres.

Finalement, ils se sont tous retrouvés dans cette foule bigarrée qui annonce un joli printemps québécois.

Pour votre chien, vous auriez mieux fait de ne pas l’amener à la manifestation, ce n’est pas un endroit pour ces êtres sensibles qui se déplacent à quatre pattes et mordent les mollets des inconnus.

Et pour en revenir à la manifestation d’hier, voici ma petite analyse vite faite et sans prétentions. Les jeunes veulent un futur, pas une facture. Ils l’ont montré avec détermination et créativité. Il y avait des écoles secondaires, des Cégeps, des universités, des profs, des parents. Qu’est-ce que Charest attend pour quitter sont arrogance et ouvrir les yeux? Que les élèves du primaire descendent dans la rue? Que le bébés sortent des maternités? Que les spermatozoïdes se révoltent.

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.

L’été en hiver

Les terrasses étaient pleines hier. La madame de la Météo l’avait promis. Nous aurions de très très belles journées avec des températures très très agréables, très très au dessus des moyennes saisonnières. Youpi !

Aux Jeux Olympiques de la température, on a battu plein de vieux records. Les bedaines sont sorties, les vélos ont envahi les trottoirs et les barbecues ont enfumé le monde, de Laval à Brossard en passant par NDG, le Plateau, HoMa et même town of Westmount.

Ça sentait l’été à plein nez. En fait, ça puait l’été. Parce qu’on était en mars. D’accord, on était le 21 mars. La date officielle du premier jour du printemps. Le prin-temps. Pas l’été. Pas l’été du tout pantoute. Le 21 mars. Pas le 21 juillet.

Oui c’est agréable, tout ce soleil, cette douce nonchalance, ces jupes à fleurs, ces chemisiers entrouverts. Quoique, la vue des bedaines pâles, bof. Les beaufs en sueur, rebof. Les tatous ostentatoires, rerebof. Tous ces coups de soleil écarlates,…

Mais ce n’est pas la vulgarité de l’été qui me dérange. C’est son décalage qui m’empêche d’en profiter avec légèreté.

Autrefois on nous mettait en garde: en avril, ne te découvre pas d’un fil. En mars, désormais, c’est couvre-toi de crème solaire sinon tu vas attraper le cancer drette-là sur la terrasse.

On nous a brainlavé pour haïr l’hiver. Il neige, c’est une tempête. Il pleut, c’est le déluge. Il gèle, on est tous sinistrés. Mais dès qu’il fait chaud, même quand il devrait faire froid, on célèbre avec des superlatifs magnifiques, superbes, hyper agréables, extraordinaires… Youkaïdi. Youkaïdo.

Le réchauffement climatique ne fera pas fondre la dette de Bachand, il ne ramollira pas la ministre de l’éducation, il n’engluera même pas Jean Charest dans sa fatuité. Mais il aura raison de notre insouciance.

Mars en terrasse, avril sur le grill. En mai tu es fait. En juin tu es à point. Et en juillet… Je préfère ne pas y penser.

Pendant ce temps doux d’août en plein mois de mars, Stephen Harper met les groupes environnementalistes dans le même panier que les terroristes. Resservez-moi encore un peu de ce rosé rafraîchissant, s’il vous plaît!

Texte publié dans Urbania

Je m’ennuie…

… de Lhasa, de sa voix, de sa musique, de la lumière jaune à sa fenêtre, de sa présence simple dans un monde artificiel. Je m’ennuie des éditoriaux terriblement humains de Gil Courtemanche. Je m’ennuie de l’humour juste et grinçant de Pierre Desproges…

Je m’ennuie de René Lévesque, de sa prochaine fois qu’on attend toujours, de la force de ses certitudes, de ses rêves communicatifs. Je m’ennuie des convictions inébranlables de Pierre Bourgault, des coups de gueule de Pierre Falardeau, je m’ennuie même de la superbe de Pierre-Elliott Trudeau, vraiment.Je m’ennuie surtout de Jack Layton et du formidable élan de liberté décomplexée qu’il a su donner aux électeurs du Québec. Je m’ennuie de ses dernières paroles : « Mes amis, l’amour est cent fois meilleur que la haine. L’espoir est meilleur que la peur. L’optimisme est meilleur que le désespoir. Alors aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde. » Je m’ennuie du monde qui n’a pas encore changé.Je m’ennuie de John Lennon bien sûr, imagine, de Brel, le grand Jacques, avec la mer comme dernier terrain vague, de Franquin, beaucoup de Franquin et de Gaston Lagaffe, de Sol, de sa langue volubhabile, de l’intelligence de Raymond Devos, de Félix, oui Félix Leclerc, de ses racines solides comme le roc, de Jean-Claude Lauzon de sa fougue un peu brouillonne, de la poésie délinquante de Serge Gainsbourg, de l’audace et de l’inventivité de Robert Gravel qui a tant laissé au théâtre québécois.Je m’ennuie de Dédé Fortin, qui a décidé de partir avant nous, je m’ennuie de son regard triste sur un monde qui s’effrite, de son cynisme lucide.

Je m’ennuie de Chantal Jolis, de sa voix, de son enthousiasme naïf, de sa fraîcheur, de son regard pétillant.

Et Brassens, Marie Trintignant, Philippe Noiret, Martin Luther King, Steve Jobs, Bob Marley, Ian Curtis, Jim Morrison, Freddy Mercury, Marguerite Yourcenar,… Je m’ennuie d’eux.

Tant de disparus et autant d’inconnus qui ont marqué ma vie, qui ne reviendront plus.

Ne reste que ce qu’ils nous ont appris.

La vie s’en va et ne laisse que des souvenirs. La vie s’en va, mais si nous voulons rester bien vivants et aller de l’avant, il ne faut pas oublier. Surtout quand on s’ennuie.

Texte publié dans Urbania
AJOUT juillet 2014 : Et je m’ennuie de Daniel Balavoine
AJOUT août 2014: Et je m’ennuie de Robin Williams

La grève et les médias

La semaine dernière, j’écrivais dans Urbania, bien malhabilement sans doute, que si j’étais étudiant, je ne ferais pas la grève. Je me serais plutôt essayé à d’autres moyens de pression plus créatifs, plus innovateurs, plus actuels.

Les étudiants en verve ne se sont pas fait prier pour me dire que j’avais tort. Ils avaient raison.

Lundi, plus de 30 000 étudiants se sont ajoutés au mouvement contre la hausse des droits de scolarité de Charest et ses amis. Ils sont désormais plus de 123 000 étudiants à faire la grève générale à travers le Québec.

Dawson, le méga Cégep anglophone de Montréal, organise un vote ces jours-ci. Il semble cependant que ses étudiants ne rejoindront pas la masse de la CLASSE (la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante) pour des raisons qui leur appartiennent.

Les étudiants rouges de colère ont bien tenté de se faire entendre en créant une ligne rouge dans le métro, en couvrant le mobilier urbain de tricot rouge, en chantant leur courroux, et j’en passe.

Mais qui a entendu parler de ces actions sympathiques? À part les étudiants?

Ce que les médias ont retenu : plus 100 000 grévistes. Ce que la population a retenu : ce que les médias lui ont appris. Ce que je retiens : les médias ne se déplacent pas s’il n’y a pas de gens qui gueulent, s’il n’y a pas de poubelles qui brûlent ou s’il n’y a pas de voitures de police malmenées.

C’est déplorable!

C’est parce que les médias ne s’intéressent qu’au bruyant et au clinquant que l’intelligence et la créativité sont reléguées aux oubliettes. Les bonnes vieilles méthodes sont encore celles qui marchent.

Les étudiants veulent que le gouvernement renonce complètement à la hausse annuelle de 325$ qui fera passer les frais de scolarité après cinq ans de 2200$ à 3800$ par année. Ils rêvent que l’enseignement soit accessible à tous tout le temps, comme dans beaucoup d’autres pays à travers le monde.

Il n’y a que la grève qui leur aura permis d’avoir une tribune dans les médias.

Cette tribune sera-t-elle assez forte pour faire plier l’inébranlable gouvernement Charest qui est plus habitué à faire des courbettes devant les riches compagnies qui vident nos ressources pour se remplir les poches que devant les jeunes qui tentent de se remplir la tête en se vidant les poches?

Les étudiants nous promettent une grande manifestation le 22 mars. Nous verrons si leur mouvement ne s’essoufflera pas. Et si le gouvernement prêtera oreille à leurs revendications.

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.

Je ne ferais pas la grève*

Si j’étais étudiant aujourd’hui, je ne bloquerais pas l’accès aux cours, je n’empêcherais personne de faire ce qu’il veut faire et d’aller où il veut aller, je ne bloquerais pas de pont, je ne casserais pas de matériel pédagogique, je ne critiquerais même pas ceux qui ne veulent rien savoir (dans tous les sens du terme), bref, je n’agirais pas comme un bon vieux gréviste.

Mais je ne suis pas étudiant. Alors, vous me diriez de me la fermer si vous ne vouliez pas perdre votre temps à savoir ce que je proposerais si je l’étais. (Si cette phrase vous semble compliquée, je vous réfère à la note en bas de cet article)

En 2012, je crois qu’il y a bien d’autres moyens d’exprimer ses frustrations que de sécher les cours. Les jeunes sont assez créatifs pour trouver des façons de faire connaître leurs revendications sans avoir l’air d’être des enfants gâtés qui piquent une crise de colère devant des parents atterrés ou des salariés qui cessent le travail pour manifester leur mécontentement à leur employeur. Au XXIe siècle, on peut réinventer l’art de se faire entendre. Surtout quand la cause est juste et bonne.

Voici quelques modestes idées qui nous changeront du «So So So Solidarité» éculé. Amis étudiants, faites-en ce que vous voulez, c’est gratis.

• Occuper les studios de Star Académie, inviter des amis musiciens, composer une chanson sur le sujet, la chanter devant le jury, devant le public, devant les caméras et devant les millions de téléspectateurs attentifs.

• Écrire chaque jour le journal d’un étudiant avec ses réalités, ses rêves et ses difficultés. Le publier dans un grand média sans attendre d’autre rémunération que le plaisir de pouvoir faire changer les perceptions.

• Organiser des escouades pour aider les personnes âgées des environs à déneiger, à faire leur épicerie, à se déplacer et puis passer du temps avec elles. Ça leur fera plaisir et ça les rendra sympathiques à votre cause. Elles pourront même peut-être vous apprendre des choses.

• Puisque le carré rouge est le symbole de la cause, pourquoi ne pas vous promener tous habillés de pied en cap en rouge. Pas juste un petit carré, un manteau, un pantalon, une tuque… Vous vous habillez bien de toutes les couleurs pour faire du ski ou du snow, pourquoi pas le faire pour montrer votre attachement à une cause? Ça ferait des belles images au TéléJournal.

• Faire appeler tous les membres de votre association étudiante pour occuper les lignes ouvertes des radios poubelles. Tenir le crachoir avec des arguments intelligents. Susciter des réactions positives et des appuis par votre audace et votre verve.

• Détourner les panneaux réclames pour faire votre propre pub et en profiter pour embellir la ville de vos œuvres créatives et colorées.

• Décider tous les étudiants d’aller le même jour en vélo à l’université. Vous imaginez la quantité de bicyclettes sur les routes et le côté joyeusement festif de cette manifestation originale?

• Faire la grève du zèle (c’est ma préférée), ne manquer aucun cours, faire tous les travaux avec assiduité, se présenter dans toutes les activités de l’université, profiter de tous les services aux étudiants, remplir toutes les demandes de bourses possibles, poser plein de questions aux professeurs,… Bref, encombrer l’université avec des demandes et des actions légitimes. Bien sûr, ça demande un peu de zèle. Mais quelle démonstration de votre volonté!

Il y a plein plein d’autres choses que vous pouvez faire pour manifester votre désaccord, plaider votre cause, faire entendre votre voix et affirmer votre existence.

Et puis, si j’étais étudiant, j’irais aussi marcher le 22 avril pacifiquement et positivement avec des centaines de milliers d’autres Québécois en faveur de l’environnement. Ça tombe bien, c’est un dimanche. Il n’y a ni cours, ni grève…

*Vous avez remarqué toute la subtilité de l’emploi compulsif du conditionnel. D’où l’importance d’être bien outillé pour mieux comprendre et s’exprimer. Si j’avais mis un futur tout ce qu’il y a de plus simple, vous auriez pu croire que j’étais d’accord avec la grève mais que je préférais m’abstenir pour profiter du confort de mon canapé ou que j’étais contre et alors que vous ne vouliez plus me parler. Alors que l’usage du conditionnel exprime ici avec subtilité la volonté de l’auteur de ces lignes de se mettre à la place des étudiants et d’envisager ce qu’il aurait fait à leur place.

(AJOUT) On m’apprend gentiment sur Twitter l’existence d’initiatives créatives originales et sympathiques qui, malheureusement, ont été occultées par le brouhaha désordonnée de la « grève »: Une chorale sympathique Maille À Part, collectif Activisme et Tricot, une ligne rouge dans le métro… Vous en connaissez d’autres? Faites-les connaître!

Texte publié dans Urbania