La vie des gens tristes et célèbres

Depuis que les grands noms du petit écran ont activement envahi Twitter, Facebook.le Blogue de chose, Google+, Name It

Non seulement devons-nous les endurer sur toutes les chaînes de télévisions, mais nous devons désormais subir en plus leur pensée unique 24 h/24, 7j/7 sur ces espaces de liberté qu’étaient autrefois les réseaux sociaux.

Je ne suis plus capable de lire les jérémiades des stars de la TV sur ma TL! Épuisé de subir les lamentations publiques en 140 caractères de ces vedettes surexposées! Fatigué de ces enfants gâtés de la télé qui se plaignent d’avoir de la misère à stationner leur auto, qui sont des sinistrés du service à la clientèle de telle ou telle compagnie ou qui trouvent que le trafic est catastrophique (on n’a plus la misère et les catastrophes qu’on avait autrefois) sans parler de leur avis de mononcles patentés sur les grèves étudiantes, les performances des stars académistes ou le prix de l’essence!

Quand ces chouchous de la cote d’écoute ne s’épanchent pas contre le maire Ferrandez qui a changé leur beau petit Plateau bobo en quartier multifonctionnel urbain et moderne, ils versent leur fiel contre la météo, contre la fermeture de leur restaurant préféré ou contre une bande de vilains nobodys qui osent les critiquer à voix haute et en 140 caractères.

Si je voulais suivre ces vedettes et leurs pleurnichardises, j’achèterais le «7 Jours», je m’abonnerais à leur fil Twitter ou j’écouterais leurs émissions de tévé. Pas besoin donc de me les RT, SVP. Ils ont bien assez de leurs 100 000 abonnés pour consoler leurs malheurs et flatter leurs égos égaux.

Pourtant les groupies groupées retwettent et répètent à qui mieux mieux les vacuités de ces personnalités surmédiatisées. Comme si le fait de passer au suivant un peu des tracas de leurs vedettes bien aimées leur donnait un instant de leur gloire et de leur notoriété.

Ce n’est pas parce que tout le monde en parle que c’est intéressant. Quand tous les espaces d’expressions sont occupés par les mêmes faces à claques et les mêmes stars d’académie, que reste-t-il aux quidams que nous sommes pour s’ébrouer?

Le prochain qui me retweete les sanglots longs des vedettes monotones, je le flushe sans sommation.

Texte publié dans URBANIA

L’été en hiver

Les terrasses étaient pleines hier. La madame de la Météo l’avait promis. Nous aurions de très très belles journées avec des températures très très agréables, très très au dessus des moyennes saisonnières. Youpi !

Aux Jeux Olympiques de la température, on a battu plein de vieux records. Les bedaines sont sorties, les vélos ont envahi les trottoirs et les barbecues ont enfumé le monde, de Laval à Brossard en passant par NDG, le Plateau, HoMa et même town of Westmount.

Ça sentait l’été à plein nez. En fait, ça puait l’été. Parce qu’on était en mars. D’accord, on était le 21 mars. La date officielle du premier jour du printemps. Le prin-temps. Pas l’été. Pas l’été du tout pantoute. Le 21 mars. Pas le 21 juillet.

Oui c’est agréable, tout ce soleil, cette douce nonchalance, ces jupes à fleurs, ces chemisiers entrouverts. Quoique, la vue des bedaines pâles, bof. Les beaufs en sueur, rebof. Les tatous ostentatoires, rerebof. Tous ces coups de soleil écarlates,…

Mais ce n’est pas la vulgarité de l’été qui me dérange. C’est son décalage qui m’empêche d’en profiter avec légèreté.

Autrefois on nous mettait en garde: en avril, ne te découvre pas d’un fil. En mars, désormais, c’est couvre-toi de crème solaire sinon tu vas attraper le cancer drette-là sur la terrasse.

On nous a brainlavé pour haïr l’hiver. Il neige, c’est une tempête. Il pleut, c’est le déluge. Il gèle, on est tous sinistrés. Mais dès qu’il fait chaud, même quand il devrait faire froid, on célèbre avec des superlatifs magnifiques, superbes, hyper agréables, extraordinaires… Youkaïdi. Youkaïdo.

Le réchauffement climatique ne fera pas fondre la dette de Bachand, il ne ramollira pas la ministre de l’éducation, il n’engluera même pas Jean Charest dans sa fatuité. Mais il aura raison de notre insouciance.

Mars en terrasse, avril sur le grill. En mai tu es fait. En juin tu es à point. Et en juillet… Je préfère ne pas y penser.

Pendant ce temps doux d’août en plein mois de mars, Stephen Harper met les groupes environnementalistes dans le même panier que les terroristes. Resservez-moi encore un peu de ce rosé rafraîchissant, s’il vous plaît!

Texte publié dans Urbania

Je m’ennuie…

… de Lhasa, de sa voix, de sa musique, de la lumière jaune à sa fenêtre, de sa présence simple dans un monde artificiel. Je m’ennuie des éditoriaux terriblement humains de Gil Courtemanche. Je m’ennuie de l’humour juste et grinçant de Pierre Desproges…

Je m’ennuie de René Lévesque, de sa prochaine fois qu’on attend toujours, de la force de ses certitudes, de ses rêves communicatifs. Je m’ennuie des convictions inébranlables de Pierre Bourgault, des coups de gueule de Pierre Falardeau, je m’ennuie même de la superbe de Pierre-Elliott Trudeau, vraiment.Je m’ennuie surtout de Jack Layton et du formidable élan de liberté décomplexée qu’il a su donner aux électeurs du Québec. Je m’ennuie de ses dernières paroles : « Mes amis, l’amour est cent fois meilleur que la haine. L’espoir est meilleur que la peur. L’optimisme est meilleur que le désespoir. Alors aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde. » Je m’ennuie du monde qui n’a pas encore changé.Je m’ennuie de John Lennon bien sûr, imagine, de Brel, le grand Jacques, avec la mer comme dernier terrain vague, de Franquin, beaucoup de Franquin et de Gaston Lagaffe, de Sol, de sa langue volubhabile, de l’intelligence de Raymond Devos, de Félix, oui Félix Leclerc, de ses racines solides comme le roc, de Jean-Claude Lauzon de sa fougue un peu brouillonne, de la poésie délinquante de Serge Gainsbourg, de l’audace et de l’inventivité de Robert Gravel qui a tant laissé au théâtre québécois.Je m’ennuie de Dédé Fortin, qui a décidé de partir avant nous, je m’ennuie de son regard triste sur un monde qui s’effrite, de son cynisme lucide.

Je m’ennuie de Chantal Jolis, de sa voix, de son enthousiasme naïf, de sa fraîcheur, de son regard pétillant.

Et Brassens, Marie Trintignant, Philippe Noiret, Martin Luther King, Steve Jobs, Bob Marley, Ian Curtis, Jim Morrison, Freddy Mercury, Marguerite Yourcenar,… Je m’ennuie d’eux.

Tant de disparus et autant d’inconnus qui ont marqué ma vie, qui ne reviendront plus.

Ne reste que ce qu’ils nous ont appris.

La vie s’en va et ne laisse que des souvenirs. La vie s’en va, mais si nous voulons rester bien vivants et aller de l’avant, il ne faut pas oublier. Surtout quand on s’ennuie.

Texte publié dans Urbania
AJOUT juillet 2014 : Et je m’ennuie de Daniel Balavoine
AJOUT août 2014: Et je m’ennuie de Robin Williams

La grève et les médias

La semaine dernière, j’écrivais dans Urbania, bien malhabilement sans doute, que si j’étais étudiant, je ne ferais pas la grève. Je me serais plutôt essayé à d’autres moyens de pression plus créatifs, plus innovateurs, plus actuels.

Les étudiants en verve ne se sont pas fait prier pour me dire que j’avais tort. Ils avaient raison.

Lundi, plus de 30 000 étudiants se sont ajoutés au mouvement contre la hausse des droits de scolarité de Charest et ses amis. Ils sont désormais plus de 123 000 étudiants à faire la grève générale à travers le Québec.

Dawson, le méga Cégep anglophone de Montréal, organise un vote ces jours-ci. Il semble cependant que ses étudiants ne rejoindront pas la masse de la CLASSE (la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante) pour des raisons qui leur appartiennent.

Les étudiants rouges de colère ont bien tenté de se faire entendre en créant une ligne rouge dans le métro, en couvrant le mobilier urbain de tricot rouge, en chantant leur courroux, et j’en passe.

Mais qui a entendu parler de ces actions sympathiques? À part les étudiants?

Ce que les médias ont retenu : plus 100 000 grévistes. Ce que la population a retenu : ce que les médias lui ont appris. Ce que je retiens : les médias ne se déplacent pas s’il n’y a pas de gens qui gueulent, s’il n’y a pas de poubelles qui brûlent ou s’il n’y a pas de voitures de police malmenées.

C’est déplorable!

C’est parce que les médias ne s’intéressent qu’au bruyant et au clinquant que l’intelligence et la créativité sont reléguées aux oubliettes. Les bonnes vieilles méthodes sont encore celles qui marchent.

Les étudiants veulent que le gouvernement renonce complètement à la hausse annuelle de 325$ qui fera passer les frais de scolarité après cinq ans de 2200$ à 3800$ par année. Ils rêvent que l’enseignement soit accessible à tous tout le temps, comme dans beaucoup d’autres pays à travers le monde.

Il n’y a que la grève qui leur aura permis d’avoir une tribune dans les médias.

Cette tribune sera-t-elle assez forte pour faire plier l’inébranlable gouvernement Charest qui est plus habitué à faire des courbettes devant les riches compagnies qui vident nos ressources pour se remplir les poches que devant les jeunes qui tentent de se remplir la tête en se vidant les poches?

Les étudiants nous promettent une grande manifestation le 22 mars. Nous verrons si leur mouvement ne s’essoufflera pas. Et si le gouvernement prêtera oreille à leurs revendications.

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.