Je ne ferais pas la grève*

Si j’étais étudiant aujourd’hui, je ne bloquerais pas l’accès aux cours, je n’empêcherais personne de faire ce qu’il veut faire et d’aller où il veut aller, je ne bloquerais pas de pont, je ne casserais pas de matériel pédagogique, je ne critiquerais même pas ceux qui ne veulent rien savoir (dans tous les sens du terme), bref, je n’agirais pas comme un bon vieux gréviste.

Mais je ne suis pas étudiant. Alors, vous me diriez de me la fermer si vous ne vouliez pas perdre votre temps à savoir ce que je proposerais si je l’étais. (Si cette phrase vous semble compliquée, je vous réfère à la note en bas de cet article)

En 2012, je crois qu’il y a bien d’autres moyens d’exprimer ses frustrations que de sécher les cours. Les jeunes sont assez créatifs pour trouver des façons de faire connaître leurs revendications sans avoir l’air d’être des enfants gâtés qui piquent une crise de colère devant des parents atterrés ou des salariés qui cessent le travail pour manifester leur mécontentement à leur employeur. Au XXIe siècle, on peut réinventer l’art de se faire entendre. Surtout quand la cause est juste et bonne.

Voici quelques modestes idées qui nous changeront du «So So So Solidarité» éculé. Amis étudiants, faites-en ce que vous voulez, c’est gratis.

• Occuper les studios de Star Académie, inviter des amis musiciens, composer une chanson sur le sujet, la chanter devant le jury, devant le public, devant les caméras et devant les millions de téléspectateurs attentifs.

• Écrire chaque jour le journal d’un étudiant avec ses réalités, ses rêves et ses difficultés. Le publier dans un grand média sans attendre d’autre rémunération que le plaisir de pouvoir faire changer les perceptions.

• Organiser des escouades pour aider les personnes âgées des environs à déneiger, à faire leur épicerie, à se déplacer et puis passer du temps avec elles. Ça leur fera plaisir et ça les rendra sympathiques à votre cause. Elles pourront même peut-être vous apprendre des choses.

• Puisque le carré rouge est le symbole de la cause, pourquoi ne pas vous promener tous habillés de pied en cap en rouge. Pas juste un petit carré, un manteau, un pantalon, une tuque… Vous vous habillez bien de toutes les couleurs pour faire du ski ou du snow, pourquoi pas le faire pour montrer votre attachement à une cause? Ça ferait des belles images au TéléJournal.

• Faire appeler tous les membres de votre association étudiante pour occuper les lignes ouvertes des radios poubelles. Tenir le crachoir avec des arguments intelligents. Susciter des réactions positives et des appuis par votre audace et votre verve.

• Détourner les panneaux réclames pour faire votre propre pub et en profiter pour embellir la ville de vos œuvres créatives et colorées.

• Décider tous les étudiants d’aller le même jour en vélo à l’université. Vous imaginez la quantité de bicyclettes sur les routes et le côté joyeusement festif de cette manifestation originale?

• Faire la grève du zèle (c’est ma préférée), ne manquer aucun cours, faire tous les travaux avec assiduité, se présenter dans toutes les activités de l’université, profiter de tous les services aux étudiants, remplir toutes les demandes de bourses possibles, poser plein de questions aux professeurs,… Bref, encombrer l’université avec des demandes et des actions légitimes. Bien sûr, ça demande un peu de zèle. Mais quelle démonstration de votre volonté!

Il y a plein plein d’autres choses que vous pouvez faire pour manifester votre désaccord, plaider votre cause, faire entendre votre voix et affirmer votre existence.

Et puis, si j’étais étudiant, j’irais aussi marcher le 22 avril pacifiquement et positivement avec des centaines de milliers d’autres Québécois en faveur de l’environnement. Ça tombe bien, c’est un dimanche. Il n’y a ni cours, ni grève…

*Vous avez remarqué toute la subtilité de l’emploi compulsif du conditionnel. D’où l’importance d’être bien outillé pour mieux comprendre et s’exprimer. Si j’avais mis un futur tout ce qu’il y a de plus simple, vous auriez pu croire que j’étais d’accord avec la grève mais que je préférais m’abstenir pour profiter du confort de mon canapé ou que j’étais contre et alors que vous ne vouliez plus me parler. Alors que l’usage du conditionnel exprime ici avec subtilité la volonté de l’auteur de ces lignes de se mettre à la place des étudiants et d’envisager ce qu’il aurait fait à leur place.

(AJOUT) On m’apprend gentiment sur Twitter l’existence d’initiatives créatives originales et sympathiques qui, malheureusement, ont été occultées par le brouhaha désordonnée de la « grève »: Une chorale sympathique Maille À Part, collectif Activisme et Tricot, une ligne rouge dans le métro… Vous en connaissez d’autres? Faites-les connaître!

Texte publié dans Urbania

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