Qu’est-ce que vous avez fait de mon argent?

Le client n’est pas content. Pas du tout. Il n’en a pas eu pour son argent. En fait, il n’en a pas eu pour le quart de la moitié du dixième de son argent. Et puis, ce n’est pas ça qu’il avait commandé, le client. Il n’a pas payé pour ça. Il est fâché. Très fâché.

Il aimerait retourner l’item, changer de service, demander un remplacement. Mais le service à la clientèle ne répond plus. Les portes sont fermées. La ligne est occupée. Et le site web, comme le reste du magasin d’ailleurs, est en construction.De toute façon, il n’y avait aucune garantie. Mais ce n’est pas tout. La facture est bien plus salée que ce qu’on lui avait annoncé et, détail écrit en petits caractères sur le contrat qu’il n’a pas pu signer, il va devoir rembourser une dette qu’il n’a même pas contractée.Le client pleure comme s’il venait de recevoir une dose de poivre de Cayenne en pleine face.

Est-ce qu’il peut appeler La Facture? J.E.? Michel Jean, viens vite à son secours, please! Faites revenir Jocelyne Cazin, ça presse! Est-ce qu’on peut demander un rabais? Un échange? Aller voir ailleurs? Changer de crèmerie? Virer le service à la clientèle? Demander la mutation du gérant en chef? Donner son 4% au 1% d’incompétents? Est-ce que la farce est bientôt finie? Est-ce que le client va pouvoir se réveiller enfin sur un matin qui chante, comme dans les chansons? C’était un cauchemar, n’est-ce pas? Tout va revenir à la normale?

Le client ne veut pas des F35 de merde qu’on veut lui fourguer à tout prix pour bombarder des inconnus! Il ne veut pas de publicité pourrie sur les ondes de sa radio publique! Il ne veut pas de méga échangeur Turcot façon 1960! Il ne veut pas des cailloux du grand Nord et du gaz de schiste! Il ne veut pas non plus de l’inutile îlot voyageur vide! Il ne paye pas chaque année des impôts démesurés pour que d’autres les dépensent en salaires de sénateurs superflus, en portraits de la reine d’un autre pays ou en lac artificiel pour épater une galerie de chefs d’état. Il ne donne pas une grosse partie de ce qu’il gagne à la sueur de son front pour qu’on construise d’autres prisons, pour qu’on bétonne son environnement, pour qu’on flambe ses économies dans les sables bitumineux, pour qu’on envoie une meute de flics en armures tabasser des gens qui manifestent pacifiquement.

Il veut la paix, le client. Pas grand chose. Il veut que son argent lui apporte un peu de paix. Il veut un peu d’air pur. Il veut un peu de culture, un peu de divertissement. Il a payé pour ça. Il veut un médecin pas loin qu’il n’attendrait pas trop longtemps. Il a aussi payé pour ça. Il veut des gens instruits qui lui apprennent des choses nouvelles. Il veut une démocratie forte et des droits pour tous. Il a encore payé pour ça. Grassement. Il paye toujours. Beaucoup. Il payera encore longtemps. Il veut des élus honnêtes. Mais ça, ça n’a pas de prix, on dirait. Il veut que son argent serve au bien commun, améliore le quotidien de tous, profite à chacun. C’est pour ça qu’il fait inlassablement chaque année des chèques de plus en plus gros au receleur général de plus en plus vorace.

Mais là, le client est tanné. Il veut un remboursement. Sinon il va se fâcher. Avec les 99% d’autres clients fâchés. Et cette fois, la meute de policiers anti-émeute ne pourra pas grand chose.

Texte publié dans URBANIA
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s