Le tour du monde pour 2,75 $

Pour certains, le boulevard Saint-Laurent est la colonne vertébrale de Montréal qui divise l’île en deux. Pour d’autres, c’est le tube digestif de la métropole.

Constipé à l’heure de pointe, il chie sans arrêt les banlieusards vers le Nord. Pour les plus sectaires, c’est la démarcation entre l’Est désolant et l’opulente West. Pour les plus aventureux, c’est un monde de toutes les couleurs, l’artère des Nations Unies, un microcosme de société, les ethnies dans tous leurs états. Pour explorer cette avenue qui est un boulevard, pour longer cette frontière qui est un pays, pour naviguer sur cette rue qui a un nom de fleuve, pour comprendre le cœur de celle qui s’appelle la Main, un seul moyen : la 55.

Embarquement immédiat dans le Vieux-Montréal sous le regard noir du palais de Justice. Déjà quelques visages colorés. Coin Shanghai et Saint-Laurent, ça grouille de monde. Parfums intenses de canard laqué, de poissons frits et de légumes fades. L’affiche du Restaurant du Goût décolle au passage de l’autobus. Mélange d’épices et de poubelles. Deux petits soldats de Mao avec leur casquette bleue et leur dos droit montrent leur passe mensuelle au chauffeur. Sur le trottoir, un vieux descendant de l’empereur mongol Gengis Khan crache des morceaux de poumons en regardant l’étal de fruits du Super Marché Ming. Plus haut, le bras tendu d’un égaré de l’Empire du Milieu fait appel à la générosité des passants en secouant mollement un vieux gobelet de Burger King. Même les quêteux restent dans leurs ghettos.

De l’autre côté du boulevard René-Lévesque,
le quartier chaud. Les putes usées font la moue aux passants qu’elles espèrent entraîner dans la ruelle la plus proche. Sainte-Catherine coin Amsterdam. Une petite vieille traverse à petits pas. Dans la 55, ça ne parle pas beaucoup. Mais ça n’en pense pas moins en mandarin, en ukrainien, en créole, en cantonais, en azerbaïdjanais, en hindi, en portugais, en espagnol, en swahili…

Un quatuor de Chinois embarque à la sortie du métro. Ceux-là sont des touristes reconnaissables à leurs appareils photos. « Avancez en arrière ! », crie le chauffeur. Une Péruvienne qui ne comprend pas se fait happer par un gros mafioso qui l’entraîne dans le fond. Un ado hindou mâchouille mollement un chewing-gum, téléphone soudé à l’oreille.

Sherbrooke

Les squeegees jouent aux douaniers sur cette frontière naturelle qui sépare le centre-ville du Plateau. Les mini-jupes volent au vent et les serveuses ressemblent à des danseuses. Saint-Laurent se prend pour Saint-Tropez. Un peu plus loin, un parfum âcre de Slovénie sort d’une épicerie connue pour ses saucisses.

Avenue des Pins,
nouvelle frontière un punk demande un droit de passage aux automobilistes. Il laisse notre chauffeur tranquille. Le charme des Îles caché sous le regard foncé d’une belle frisée plongée dans les rythmes de son iPod va s’asseoir dans le fond. Sous le manteau, la plage. Un gros Polonais remonte le col de son par-dessus. Un Serbe acerbe se moque du temps qui change. Il se moque en français. Il a tellement de poils sur les oreilles qu’on pourrait en faire un chapeau. Lunettes de soleil, casquette élimée, sac d’épicerie débordant de cochonneries, il est aussi à l’aise dans la 55 que dans l’omnibus pour Belgrade.

« Arrêt demandé »
Devant le Cinéma l’Amour qui présente quelques classiques suédois, un vieux Russe prend la place de la jolie perle des Îles. À voir son look de prisonnier sorti du goulag, ça ne doit pas faire longtemps qu’il est au Québec. Il sort un vieux sandwich de sa poche. Pour un peu, on l’imagine avec la Pravda sous le bras et une vodka dans la poche du pantalon. L’autobus prend un peu de vitesse. Un restaurant tibétain. Un Club social espagnol, délices de Galice. Avant la rue Villeneuve, on arrive Au bout du monde, boutique exotique. Des gens qui montent, d’autres qui descendent. Il y a un tel va-et-vient qu’il est impossible de comptabiliser les différentes nationalités. Les gens se bousculent, d’autres se saluent, il y a des microbes dans toutes les langues. Le Russe sort un vieux mouchoir en tissu bleu et y déverse à grand bruit des litres de morve.

Fairmount coin Bombay
Un parfum de poulet au beurre. Une flopée d’étudiantes bronzées en jupes plissées arrivent essoufflées du Collège français. On se croirait dans une publicité de Benetton. Le boulevard est libre, l’autobus peut décoller.

St-Viateur coin Hollywood boulevard

Trois geeks à casquette ont fini de jouer chez Ubisoft, ils embarquent accompagnés du tchinkinkinboumboum de leurs écouteurs. Ça empeste l’odeur collante de la gomme balloune rose.

Petite Italie
On traverse l’Italie, ses cafés ses pizzerias, ses épiceries, ses mamas. Le temps glisse comme une chanson, O Sole Mio. San-Lorenzo coin Dante. Le Russe se lève et s’excuse poliment avec un gros accent du Lac Saint-Jean. Il ne faut pas se fier aux apparences, tout le monde ne vient pas d’ailleurs.

Jean-Talon
ralentit le flot qui s’en va vers le nord, vers les grands espaces. Métro de Castelnau. On change de cargaison. Des visages descendent, d’autres embarquent. On change de pays comme on change de correspondance.

La fille d’un maharadjah drapée de couleurs étincelantes se tient noble et droite près de la porte. Elle a les cheveux noirs et lisses, la peau mate, des yeux d’ébène mystérieux. Une Shiva en jeans discute avec une Chinoise fatiguée. Le petit-fils d’un conquistador fait la gueule alors qu’un Pimp Daddy secoue ses breloques en agitant la tête. Yo !

On arrive à Jarry. Un petit comptable calque british d’un commis de la City, cravate brune, chemine assortie, cheveu rare plaqué sur le côté, tente de se frayer un passage entre deux grosses mamis haïtiennes.

Boulevard Métropolitain
C’est le Nil infesté de crocodiles. Il n’y a plus un seul Blanc dans la 55. Le quartier de la guenille embauche des petites mains de toutes les couleurs. Dans un stationnement, une blonde décolorée accrochée à son cellulaire sort de son v.u.s rutilant. Veston bonne coupe, bon prix, elle n’est pas le genre à prendre l’autobus. Saint-Lau coin Bengladesh, dans les rues transversales, les ateliers de confection fourmillent de mères de famille nombreuse et de travailleurs multicolores.

L’autobus ne va pas plus loin que Chabanel. Saint-Laurent, coin terminus. Il ne rejoindra jamais les opulentes maisons du boulevard Gouin.

Retour à la case départ, 55 direction Sud. Les mêmes senteurs, les mêmes couleurs, les mêmes accents… mais dans l’autre sens.

Illustration Bruce Roberts

Je voudrais être un chien

Avoir rendez-vous avec mon vétérinaire chaque fois que j’en ai besoin, pouvoir pisser sur les murs et les arbres si j’en ai envie, rester couché toute la journée devant la télé et recevoir mon souper sans avoir à le préparer. Je voudrais être un chien, un chat ou un poisson rouge, car on dirait qu’ici, les animaux sont mieux traités que les humains.

Je voudrais être un chien.

Que ma maîtresse regarde mon caca pour sonder mes humeurs. Qu’elle m’achète mon mangé préféré, qu’elle fasse le ménage de mes poils sur son canapé, qu’elle me sorte quand je veux, qu’elle me flatte dans le cou et sur le ventre, qu’elle me donne des petites tapes sur les fesses en public, qu’elle me prenne dans ses bras et me laisse la lécher partout…

Je voudrais être un chien.

Que mes grandes oreilles n’entendent plus jamais le débat débile sur les accomodements raisonnables, l’identité, la langue, le racisme et cette escalade verbale qui pourrait finir mal. J’aboyerais indistinctement contre les cons, qu’ils soient noirs, blancs, juifs, arabes, indiens, mâles ou femelles.

Je voudrais être un chien.

Bichon maltais, berger allemand, pékinois, danois, labrador, peu importe ma race, personne ne me demanderait jamais de retourner dans mon pays, il est ici.

Je voudrais être un chien.

Et être reçu avec un sourire par mon vétérinaire de famille sans attendre chaque fois que j’ai un petit bobo, un petite douleur ou un petit virus. Je pourrais regarder sous la jupe de la secrétaire en attendant mon tour. Le lendemain, le vétérinaire appelerait à la maison pour prendre de mes nouvelles, voir si je vais mieux et si je prends bien mes médicaments.

Je voudrais être un chien.

Et quand je serai vieux, aveugle, malade et souffrant, sous l’apaisante puissance de l’injection finale que m’administrera mon vétérinaire, je m’en irai doucement entouré des miens. Je garderai pour toujours de mon séjour sur terre le regard attendrissant et tristes de ceux que j’aime et me regardent partir.

(Publié en octobre 2007 dans le blogue d’opinion de BRANCHEZ-VOUS.com)

Un monde coulé dans le béton

On vit dans le béton, entouré, envahi, englué dans le béton. Et quand la vie est coulée dans le béton, on ne peut pas la ramener en arrière pour recommencer l’histoire.

Le béton, c’est mort, c’est lisse, c’est dur, c’est plate. Le béton, c’est froid en hiver et c’est chaud en été. Trop chaud. Le béton c’est bruyant, voire même assourdissant. C’est abominablement carré et désespérément gris. Le béton, c’est la matière première des politiciens en mal d’imagination qui n’hésitent pas à investir des millions dans cette substance sans âme au risque de la voir s’effriter après quelques années et s’écraser au bout de quelques décennies sur la tête d’honnêtes citoyens. Demandez aux automobilistes qui ont terminé leur vie sous le pont de la Concorde ce qu’ils pensent du béton. Ces dernières années, il y a eu presque plus de chutes de béton que de chutes de neige en hiver. Ce n’est pas pour rien que béton est le verlan de tomber.

Contrairement à la plage qui, en 1968, se trouvait sous les pavés, le gazon ne pousse pas sous le béton. Le béton, c’est le terreau d’un désastre urbanistique annoncé. Le Palais de Justice, le Palais des Congrès, l’Autoroute Décarie, la Place des Arts, les échangeurs, les bretelles d’autoroutes, toutes ces horreurs bâties à coups de milliards sont coulées dans le béton sans aucune imagination.

Le béton, remplace la matière grise de l’architecte par la matière brute de l’ingénieur et l’enveloppe brune du contracteur. Grâce au béton, on bâtit en quelques jours des centres d’achats identiques aux quatre coins de l’Amérique, on aplanit une colline, on assèche un marais, on remplit une vallée. Sans réflexion, sans restriction, sans imagination.

Le béton, c’est l’or gris des entrepreneurs et l’horreur des occupants. Le béton met un point final à la poésie de la ville. Il entraîne un manque d’imagination dans la tête des bâtisseurs d’avenir. Il bouche la vue des visionnaires. Et il coule l’économie dans un déficit sans fond. Il fait l’affaire des compagnies à numéro et plombe l’intégrité des politiciens.

On parlera peu de béton, et encore moins de beauté, à la commission Charbonneau. Mais pourtant, c’est le béton qui a corrompu la raison et noyé l’éthique des politiques.

Le béton, c’est une façon cheap de fabriquer de l’or. Finalement, c’est peut-être la pierre philosophale des temps modernes.

Les brasseurs d’affaires et les génies du bâtiment se frottent les mains. Dans 30 ou 40 ans, il faudra remplacer toutes ces nouvelles constructions en béton. Comme on est en train de remplacer toutes celles qui datent d’il y a 30 ou 40 ans.

Vous remarquerez que le Parthénon ou le Colisée n’ont pas été construits en béton.

 

Texte publié dans le Huffington Post

L’envers du Canada

Imaginez que le Canada ait élu, à la place du Team Harper, un parti de gauche majoritaire, un parti socialiste, disons, un parti centré sur l’humanisme et le bien commun, un parti qui n’existe même pas dans les rêves les plus fous des électeurs Canadiens les plus progressistes. Mais pour le plaisir de l’exercice, imaginons.

Et imaginez que ce nouveau gouvernement fort de sa majorité décide unilatéralement de passer dare-dare une kyrielle de lois qui transformeront à jamais le tissu social, l’environnement, la culture, l’économie, et j’en passe.

C’est ce que Stephen Harper est en train de faire avec son projet de loi C-38. On peut nous aussi imaginer qu’un gouvernement aux antipodes de Harper le fasse.

Imaginons donc le Canada dans l’autre sens. Et comme je ne suis qu’un modeste scribouilleur, on va y aller dans la simplification et l’exagération, mais à peine, finalement.

Au lendemain d’une vague rose (ça nous changerait du rouge et du bleu) un gouvernement de gauche s’installe à Ottawa. Le premier ministre qui, allez, soyons fous, pourrait être une femme, décide de transformer drastiquement le pays.

À partir de désormais, plus rien ne sera pareil. Le nouveau gouvernement majoritaire fait un Stephen Harper de lui et va diriger sans concession le pays. Et il n’y va pas par le dos de la cuillère en argent pour pelleter des nuages dans la cour du voisin.

On commence par une baisse de 30 % des salaires de tous les ministres et députés. Paf ! Comme en France. Et, tant qu’on y est, baisse des émoluments de tous les élus. Par ailleurs, renforcement sévère des règles d’éthiques avec peines de prison pour tout manquement à l’éthique (y a pas de raison qu’on emprisonne quelqu’un qui met des pétards dans le métro et qu’on laisse en liberté un élu qui reçoit des retours d’ascenseurs comme d’autres reçoivent des factures du receveur général).

Dans le même élan, on remplace tous les portraits de la reine par des tableaux d’artistes locaux.

Toutes les entreprises qui exploitent des ressources naturelles au pays doivent verser 50 % de redevances de ce qu’ils arrachent de notre sol. Pas 50 % des profits qu’un comptable créatif maquille si facilement en pertes, mais bien 50 % de ce qui est réellement soutiré.

Les entreprises sont désormais taxées au même niveau que les Canadiens que nous n’appellerons plus payeurs de taxes mais citoyens. Dans 3 ans, les citoyens verront leurs taxes baisser au même niveau que les entreprises en 2012. Le calcul est assez simple à comprendre. Augmenter le % d’imposition des entreprises qui font beaucoup beaucoup plus d’argent que les citoyens rapporte encore plus, genre.

Fermeture définitive de tous les paradis fiscaux.

Le secteur de l’agriculture sera désormais plus important que l’industrie. On nourrit mieux une population avec des légumes qu’avec du minerai.

Réduction des effectifs militaires. Liquidation de toutes les armes offensives. Annulation des contrats de F35, ça tombe sous le sens. Réinsertion des militaires dans des organismes comme médecins sans frontières ou clowns sans frontières.

L’argent qui travaille sera taxé comme un travailleur. Les actionnaires seront taxés à 75 % de leurs profits. Ils ne foutent rien, c’est l’argent qui travaille à leur place, il faut qu’ils payent leur juste part en fonction de l’effort qu’ils ont mis à la tâche.

50 % des profits des banques sont versés dans un fonds pour la santé qui ne devrait plus jamais avoir de problème de cash.

Attendez, j’ai pas fini. J’ai plein d’autres idées majoritaires.

L’éducation et la culture seront, avec l’environnement, les priorités du gouvernement. Les formidables redevances des ressources naturelles serviront sur le champ à financer l’éducation et la culture. Les nouvelles lois environnementales obligeront à atteindre les objectifs de Kyoto dans les 3 années et à les dépasser de 50 % d’ici 5 ans. En cas de manquement, les amendes seront proportionnelles aux profits des entreprises polluantes.

Puisque la population aime la notion d’utilisateur-payeur, les utilisateurs vont payer pour toutes les nuisances au bien-être commun comme les routes, les ponts, les stationnements même ceux des centres d’achat. Mais les stationnements des transports en commun seront cependant gratuits. Il faudra un permis pour se promener tout seul dans son auto aux heures de pointe. Tous les bénéfices seront versés dans un fonds écolo consacré à la recherche sur l’améliration de l’environnement.

Les transports en commun, trains, autobus, métro, seront gratuits pour les 60 ans et plus.

Les élections à dates fixes seront désormais au scrutin proportionnel. Et, dès les prochaines élections, des petits partis comme les Verts par exemple, pourront faire partie du gouvernement. Aucun politicien n’aura le droit de se présenter plus de 4 fois à vie et de siéger plus de 2 mandats de 4 ans consécutifs. Cette mesure pour éviter la Charestisation de la politique.

Le gouvernement organisera une rencontre chaque semaine avec les journalistes et des citoyens tirés au sort pour répondre franchement à n’importe quelle question. Et chaque mois, il y aura un barbecue organisé par le gouvernement avec des citoyens tirés au sort qui témoigneront de leur réalité.

Deux fois par an, à Noël et à la fête nationale, les gens riches et célèbres pourront cotoyer les membres du gouvernement lors d’un bal populaire où il y aura autant de chômeurs que de millionnaires invités.

Chaque premier dimanche du mois, les rues des centres villes à travers le pays seront fermées pour que la population puisse manifester en toute sécurité sur des sujets de son choix.

Tout ça sera décidé dans un seul et même projet de loi. Voté à la course. Sans débat, sans possibilité de revenir en arrière.

Bon, j’arrête d’imaginer tout ce qu’on pourrait faire si un gouvernement majoritaire de mon invention décidait, en quelques centaines de pages bien tassées, de changer fondamentalement et profondément le pays.

En attendant, Stephen Harper fait l’inverse.

Texte publié dans URBANIA.

Leçon de soccer

Je profite de ce mercredi, jour de rencontre cruciale pour ne pas dire essentielle dans le groupe de la mort de l’Euro 2012 entre les titans que sont l’Allemagne et les Pays-Bas, pour vous entretenir d’un sujet qui m’est cher: la langue.

Vous allez me dire que la langue ne sert pas à grand-chose si on veut gagner l’Euro 2012, sauf dans les gradins quand elle pousse des cris d’encouragement et chante à tue tête «Allez! Allez! Allez!» et autres hymnes raffinés. Mais le sujet du jour est beaucoup plus sérieux que les cris des hordes de supporters imbibés de bière.

Je veux vous parler de l’appellation d’origine contrôlée du sport préféré de millions de fans à travers la planète. Les créateurs de ce jeu collectif l’ont baptisé sans se casser la tête «football» parce qu’il se joue tout simplement avec les pieds et un ballon.

Nos amis hollandais l’appellent «voetbal» parce que «voet» c’est «pied» et «bal» je vous laisse deviner. On voit aussi de par le monde les mots Futebol, Fussball, Fußbal, Voetbol… Les Italiens qui chantent quand ils parlent disent «Calcio» qui vient du latin «calx» qui se traduit par «talon ou coup de pied», vous voyez, encore les pieds… Les Finlandais parlent de «palloliitto», mais nos connaissances linguistiques finnoises se limitent à «retkeilymaja» qui veut dire «auberge de jeunesse» et qui est plus utile à savoir si vous cherchez un endroit pour dormir…

Alors pourquoi parler de «soccer»? J’ai fait une recherche rapide pour vous faire gagner du temps et je suis tombé sur Wikipédia comme on tombe sur un Tim Horton au moindre coin de rue au Canada. Wiki dit : «Soccer est un néologisme entré dans l’argot étudiant britannique par abréviation de l’expression anglaise association football («assoc.»). Il fait la paire avec rugger désignant le rugby football c’est-à-dire le rugby.» Le Rugby, c’est du football qui se joue avec les mains. Je vous rappelle que si vous prenez le ballon avec la main sur un terrain de foot et que vous ne vous appelez pas Maradona, l’arbitre va siffler une faute.

Il n’y a donc aucune raison de parler de «soccer» surtout que c’est l’UEFA qui organise le tournoi qui nous rassemble devant notre téléviseur et non la UESA. Bref, c’est la dernière fois que vous me verrez parler de « soccer », maintenant nous jouerons au football, un point c’est tout. C’est beaucoup plus accessible à tous que la Formule Un et ça fait pas mal moins de bruit.

Texte publié dans le HuffingtonPost.

Le sexe des pays

Vous êtes-vous déjà demandé qui avait décidé un beau jour, ou peut-être une nuit, que le Canada serait un homme et que la France serait une femme?

En cette période d’Euro 2012 de soccer où certains doivent réviser leur géographie pour ne pas mettre la Croatie sous le Danemark et l’Espagne entre l’Ukraine et la Pologne, ce petit exercice futile nous changera des réflexions intensives des amis de Jean Charest sur le sens caché du carré rouge et le côté droit de la justice maladroite.

Pourquoi le Luxembourg est-il masculin? Et la Suisse, elle, est féminine? La Belgique, la Bulgarie, la Bosnie-Herzégovine et la Russie ? Toutes des femmes. Mais le Danemark, le Portugal, le Belarus? Tous des hommes. Le sexe d’un pays a-t-il un lien avec le caractère de ses habitants ou un rapport avec le physique de ses citoyennes?

C’est ici que la moitié des lecteurs déçus décroche.

Après avoir été appâté par un titre trompeur qui vous faisait croire que nous allions vous parler de cul comme si nous étions dans une soirée Poët & Jambon du Grand Prix de Formule NU, vous vous êtes en effet rendu compte que nous allions vous entretenir plutôt de linguistique que d’élastique. Et peut-être même de politique. Et puis, en y pensant bien, vous vous êtes dit « pourquoi pas? Encore une discussion animée qui me permettra de débattre des étrangers et de la peur de l’autre sans passer pour un raciste primaire ».

Ne vous excitez pas trop vite. Les choses sont beaucoup plus compliquées que vous ne le pensez. Et j’aimerais que vous ne sortiez pas du sujet SVP. Car comme les anges, les pays ont droit à un débat sur leurs sexes.

Il est facile d’imaginer la femme que pourrait être la Suède, blonde et rieuse, la Grèce, tout de noir vêtue, l’Irlande, rousse et tendre, l’Espagne, intense et émotive,… Le Portugal, lui, serait un homme au sang chaud, le Danemark, un solide gaillard au regard bleu, l’Israël, qui, en chanson comme au soccer, fait partie des nations européennes, serait un vaillant bonhomme frondeur et frisé,…

Dans cet exercice, le Canada est sans doute un homme, mais bien timide à côté des États-Unis, son voisin à sexes pluriels.

Et le Québec est finalement peut-être un transgenre qui s’ignore.

 

Texte publié dans le Huffington Post

À la défense des riches

Les millionnaires ne sont pas tous des mafieux. N’en déplaise aux manifestants et aux branleurs de casseroles, on peut très bien être riche et être honnête.

Tenez, moi, par exemple (Je vais exceptionnellement vous faire ici une confidence ou deux). Je jouis d’un patrimoine honnêtement accumulé au fil des années, je possède des palaces dans plusieurs places, deux ou trois véhicules et plusieurs vélos, je voyage chaque année, je mange du homard en juillet et des fraises en janvier, je bois du Croze-Hermitage avec le tartare et du Sauterne avec le foie gras,…

OK, je ne suis pas indécemment riche. Juste riche. Correct. Confortable.

Je ne suis pas milliardaire comme la famille Desmarais, PKP ou les Beaudoin/Bombardier. Je ne possède pas d’empire médiatique pour diffuser mes idées libéralicides ou démagolades. Je ne délocalise pas des milliers d’emplois grassement subventionnés avec les taxes des contribuables québécois. Je n’ai pas d’action dans des tas de compagnies minières et pétrolières. Je n’invite pas à l’anniversaire de ma fiancée le gratin de la finance ni même d’ex-présidents étatsuniens sur le déclin. Je ne vais pas au bureau en hélicoptère, de toute façon, mon bureau est à la maison. Je n’ai pas de chef pour faire mon barbecue, c’est ma blonde qui s’en occupe. Je n’obtiens pas de juteux contrats parce que j’invite des clients sur mon bateau. En fait, je n’ai pas de bateau. Je n’ai pas de chauffeur, pas de jardinier, pas de femme de ménage payée au noir, pas d’avocat pour poursuivre les gens qui ne pensent pas comme moi. Je n’ai même pas de compte en banque dans un paradis fiscal.

Finalement, je suis plutôt riche version classe moyenne, tendance pauvre type qui paye sagement ses taxes municipales, ses impôts, ses acomptes provisionnels, sa TPS et sa TVQ.

Ce n’est pas l’argent que j’ai qui me rend heureux. Mais de l’argent, j’en ai, alors je ne vais pas commencer à pleurer.

Pourtant, vous m’entendez (c’est une image, je sais qu’ici, vous me lisez) me plaindre.

Et je ne suis pas le seul riche à arborer le carré rouge, à abîmer chaque soir un peu plus ma batterie de cuisine et à avoir envie de démolir ma télé HD chaque fois que je vois la face arrogante du premier ministre de notre gouvernement corrompu.

Ce printemps historique que nous sommes en train de vivre et que le régime en place essaye de nous ravir à coups de matraques, de lois spéciales et de menaces économiques, ce printemps disais-je avant d’être interrompu par une giclée de poivre de Cayenne, nous ramène aux vraies valeurs.

Pas celles de l’argent. Celles des gens.

La vraie richesse qui nous entoure est dans la nature qui, chaque printemps, nous redonne espoir en la vie. L’opulence dans laquelle nous baignons a la chaleur d’un rayon de soleil sur une terrasse en compagnie d’un ami. Le confort ressemble à la liberté de dire oui ou de dire non. Et la fortune qu’on veut laisser en héritage ressemble à une société plus juste et plus égalitaire où la matière grise a plus de valeur que la matière première.

S’il y a beaucoup de signes extérieurs de richesse grasse et dégoulinante qui pue comme l’argent qui nous brûle les doigts, il y a bien peu de signes palpables de richesse intérieure. C’est pour celle-ci que ça vaut la peine de se lever. Et le regroupement des millionnaires pour la gratuité de l’enseignement que je viens de créer ici sous vos yeux n’a pas fini de se tenir debout et de marcher ensemble avec le peuple pour que cette richesse intérieure soit accessible à tous.

Texte publié dans Urbania