Leçon d’espagnol

On a eu droit, ces dernières années, aux jérémiades à répétition d’un consortium de «lucides» replets sur le manque de grandeur de certains projets.

Est-ce grave de ne pas voir comme eux ?

En Espagne, l’euphorie des années 1990 a permis le développement de projets pharaoniques et grandiloquents. Ils ont tourné au cauchemar. Vous voulez des exemples? Le gigantesque aéroport privé (!) de Ciudad real qui a fermé en décembre 2011, la cité de la culture de Santiago de Compostelle qui est désespérément vide, le vélodrome de Majorque qui n’a été utilisé qu’une seule fois,… Flop, fiasco et j’en passe. Du béton sans vie, des banques au bord du gouffre, des citoyens au bord de l’étouffement.

Les visions espagnoles d’un développement infini ont transformé les projets de construction en trous sans fonds (c’est le cas de le dire) où la population se précipite sans espoir de lendemains qui chantent «olé».

Une dette de 135 milliards d’euros qui grossit chaque minute. Des milliers d’appartements neufs mais vides. Un taux de chômage de près de 25 %, un travailleur sur quatre qui n’a plus de quoi se payer de la Sangria. Des taux d’intérêts hors de contrôle.

Une chute qui a transformé en quelques années à peine un des succès les plus réjouissants d’Europe en crise vertigineuse.

C’est parti d’un rêve de profits, d’un désir pressant de croissance, d’une vision de richesses instantanées. Des projets boulimiques où le béton coulait à flot, des terres agricoles transformées en projets urbanisables, des autoroutes asphaltées dans des régions reculées. Des pots-de-vin dans des enveloppes brunes glissées sous des tables bancales. Des entrepreneurs cupides. Des politiciens empressés. On se serait cru dans le Québec du PLQ. Avec les oliviers en plus et les tempêtes de neige en moins. On aurait cru entendre les promesses d’enrichissement instantané de Charest et de ses sbires, avec le son des grillons à la place de celui des souffleuses.

Au Québec, justement, certaines voix s’égosillent à longueur de lignes ouvertes contre les excès de prudence de ceux que le développement démesuré inquiète. Ils affirment que les études de faisabilité feraient du tort à notre avenir. Ils gémissent contre les consultations démocratiques qui seraient des freins au développement exponentiel.

Le Québec est une grenouille qui se prend pour un bœuf. Alors que certains le mettent en garde contre les multiples dangers de la course à l’obésité, d’autres veulent lui souffler dans le cul.

Serions-nous plus heureux avec un méga centre de divertissement comme celui que voulaient développer Loto Québec et le Cirque du Soleil dans le bassin Peel, à Montréal ? Avec un complexe de ski, de golf, de condos et de boutiques à la place du Mont Orford? Avec un amphithéâtre tout neuf pour une équipe de hockey qui n’existe pas à Québec?

Et si les empêcheurs de développer en rond qui se lèvent ici pour freiner la bétonnisation à outrance, la coupe à blanc de notre environnement ou la disneylandisation de notre culture étaient les vrais lucides ? Et si notre frilosité au développement boulimique nous épargnait demain la chute brutale que vivent aujourd’hui des pays comme l’Espagne ou la Grèce ?

Et si, au lieu de vouloir être riche à tout prix, nous voulions être heureux?

Texte publié dans URBANIA

Élections: le match des étoiles

Avec l’annonce imminente du vrai déclenchement des élections, on a droit à la valse accélérée des candidats vedettes et des aspirants à une limousine. Un jour, c’est le PQ qui recrute un ancien journaliste de Radio-Canada, un autre, c’est une vedette du petit écran qui hésite entre Québec Solidaire et la Coalition pour la Constituante, et pendant ce temps le PLQ cherche dans ses fonds de tiroir une star qui voudrait embarquer dans le petit train du plan Nord. On lance ici un jeune loup de la lutte étudiante dans la bataille, et là, on met en piste un chroniqueur politique bien connu. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce ballet d’étoiles filantes?

Comme à chaque élection, les noms connus et ceux qui voudraient se faire connaître se bousculent aux portillons. C’est courageux de la part de ces personnalités qui, dans la plupart des cas, avaient des jobs steady, des salaires réguliers, un avenir plein d’espoir ou des économies dans un paradis fiscal. Passer du côté des mal-aimés, des critiqués de toutes parts, des condamnés sans procès et, dans certains cas, des perdants d’avance, est une preuve d’engagement et de convictions. Chapeau! Mais est-ce une garantie d’intégrité et d’efficacité pour le citoyen qui doit voter ?

Aujourd’hui, on vote trop souvent pour une face connue au lieu de voter pour une tête bien pleine.

Qui lit le programme des partis? Qui se fait une idée en étudiant les propositions de chacun? Qui remplit son bulletin de vote, quand il vote, en connaissant les candidats, leurs parcours, leurs idées et leurs visions? Qui vote avec sa raison plutôt qu’avec son 7Jours? Qui participe au scrutin après mûres réflexions plutôt qu’après un jugement bâclé fait de la lecture de chroniqueurs douteux, l’écoute d’émissions de variétés et le zapping des grands titres des nouvelles? Et qui, après les élections, ne chiâlera pas en beuglant «J’ai pas voté pour ça»?

Personnellement, je m’ennuie des penseurs de notre société, des intellectuels et des sages. Malheureusement, ces gens d’idées et de vision n’ont souvent pas la tête de l’emploi et ne sont pas à l’image de ceux pour qui vous allez voter. Rappelez-vous de Louis Bernard, le candidat malheureux au poste de chef du Parti Québécois. Il n’avait pas le physique d’un jeune premier ou la tignasse fournie d’un frisé sûr de lui, mais il avait des idées profondes et des convictions solides.

Vous voulez des vedettes ? Et bien dansez maintenant!

Texte publié dans le Huffington Post

Les dangers de la poudre aux yeux

Le gouvernement en place nous prend décidément pour des cons. Et quand je dis nous, je ne parle pas seulement de vous. Il n’y a pas un jour que je n’ouvre mon journal et que je ne m’étonne de la constance avec laquelle Jean Charest et ce qui reste de son équipe essayent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, de l’amiante pour des bonbons et des gisements de cailloux gazeux pour des mines de rien.

Pendant que vous vous prélassez au bord du lac, loin du brouhaha du festival de la gaudriole et de l’odeur des pots de vin, Charest et ses sbires font le tour du Québec pour saupoudrer l’électeur ramolli de dollars que nous n’avons pas et de promesses que personne ne tiendra.

Tenez, les 58 millions que le PLQ « prête » à la mine Jeffrey (comme dans le slogan prémonitoire : « nous sommes prêts »). Les actionnaires de cette entreprise vouée à la fermeture espèrent fourguer des milliers de tonnes d’amiante à des pays lointains où des gens peu informés n’ont pas les moyens de se payer des chalets en bois ronds et des cabanes en pierres des champs.

Le monde entier, à part quelques politiciens sans scrupules et quelques électeurs sans mémoire, sait que l’amiante, c’est pas bon pour la santé de ceux qui la côtoient. L’industrie nous promet pourtant qu’il n’y a pas de danger cette fois (si utilisé tel que prescrit et manipulé avec soin, certaines conditions s’appliquent, en espérant que les gens qui auront à jouer avec sauront lire le mode d’emploi). Le blabla qui a pour but d’endormir notre méfiance n’est pas très convainquant. Mais tant qu’on envoie les produits dangereux loin de chez nous et que ça donne du travail à des chômeurs qui ne demandent que ça, c’est pas grave, n’est-ce pas?

Remarquez que si vous décidez, comme moi, de clamer un peu trop fort que l’amiante, c’est dangereux, il y aura toujours quelqu’un pour vous rappeler que la cigarette aussi, c’est pas bon pour les poumons. Attendez, je médite sur cet argument imparable… Ah ben oui, c’est vrai… De toute façon on va tous mourir. Que voulez-vous que je dise?

Le jour où le directeur de la mine d’Absestos voudra vivre dans une maison aux murs d’amiante, où Jean Charest acceptera d’envoyer ses enfants travailler à la mine et où tous les scientifiques du monde entier diront que finalement l’amiante est tellement sain, qu’on devrait en manger à la cuillère, je ferai amende honorable et j’avouerai que je me suis trompé.

Mais d’ici là, les poules auront des dents, les ours polaires se promèneront en bikinis et les marmottes auront été gazées dans leurs trous.

En attendant, le gouvernement continue nonchalamment sa tournée estivale et sa distribution de poudre aux yeux avant la déclaration officielle des élections et la fin des vraies fausses dépenses électorales déguisées en annonces gouvernementales.

Attention que la poudre ne leur explose en pleine face!
Texte publié dans le Huffington Post

Regarder de travers

Lundi dernier, j’étais au concert de Beirut. Magnifique de simplicité, touchant de sincérité. Mais ce n’est pas de ce qui s’est passé sur la scène dont je veux vous entretenir, c’est plutôt d’un phénomène qui prend de plus en plus de place dans les salles de spectacles, dans les foules des festivals et dans la vie de tous les jours: l’invasion des caméramans amateurs et des photographes dilettantes.

Avec l’invention du téléphone qui photographie, à moins que ce ne soit la découverte de l’appareil photo qui téléphone, les gens ne voient plus la réalité qu’à travers l’écran de leur iPhone ou de leur Androïde.

Lundi, ils étaient des dizaines à brandir à bout de bras leur appareil pour filmer le moment de grâce que nous étions en train de vivre en direct dans la salle du Metropolis.

Les yeux rivés sur leurs minis écrans, ils ont vu chaque seconde du concert à travers le filtre numérique de leur machine. Six ou sept minuscules centimètres carrés pour apprécier le spectacle pour lequel ces dépendants téléfauniques avaient pourtant payé le plein prix. S’ils avaient levé les yeux, ils auraient pu voir le sourire franc de Zachary Condon. S’ils avaient lâché l’écran pour la scène, ils auraient pu embrasser d’un coup d’œil la magie qui unissait les musiciens de Beirut et le plaisir contagieux qui se lisait dans leurs yeux. Mais ils ont préféré se concentrer sur la captation de mauvaise qualité de ces instants d’éternité. Sans doute pour se les repasser ensuite en boucle en disant « j’y étais » alors qu’ils étaient surtout loin de la réalité, caché derrière leurs écrans de plastique.

Qu’ont-ils fait, quand la foule s’est mise à taper des pieds et des mains en réclamant un rappel? Ils se sont empressés de texter leurs impressions à leurs amis, de poster leurs photos sur Facebook et d’uploader sur Youtube les images, floues, et la musique, mal enregistrée d’une réalité dont ils avaient été absent. Tout ça, sans verser le moindre cent de droit d’auteur à l’artiste qui s’était démené sous le regard mécanique de leur micro-caméra.

Je ne comprends pas encore le plaisir.

Aujourd’hui, ce sont des spectacles «live» que de plus en plus de gens vivent à travers les yeux de leur iPhone. Demain ce sera la vie. Au lieu d’emmagasiner tous ces bons moments dans la mémoire vive de leur cœur d’humains, ils les accumulent dans le disque dur de leurs ordinateurs. Quand les machines seront déconnectées, frappées de l’Alzheimer numérique, il n’y aura plus personne pour se souvenir que mille images digitales ne vaudront jamais un instant de bonheur vivant.

Et puisque vous vous demandez comment était le concert de Beirut, je vous mets ici le lien de l’inconnue qui me marchait sur les pieds trop concentrée qu’elle était à filmer le show. Cliquez abondamment, ça lui fera de la visite.

Texte publié dans URBANIA

Denver: ce n’est pas le tueur qui a tué

2 morts. 59 blessés. C’est le dernier bilan de la plus récente tuerie en Amérique.À Toronto, trois fusillades ont fait un peu plus tôt cet été plusieurs morts et blessés. À chaque fois, ce sont DES ARMES À FEU qui ont semé la tristesse et l’horreur.

En effet, ce n’est pas un malade mental qui a massacré hier à Denver 12 innocents qui voulaient aller au cinéma. Ce n’est pas un tueur fou qui a fauché 12 vies. Ce n’est ni un criminel, ni un monstre, ni un mâle en mal de visibilité, ni un tueur en série, ni un meurtrier vicieux, ni un pervers sanguinaire qui a fait couler le sang et créé l’horreur.

C’est un fusil.

Pourtant, il y en a encore qui diront que les armes à feu ne sont pas dangereuses, que ce sont ceux qui les manipulent qui tuent. Ce sont ces mêmes personnes qui applaudissent la mise à mort du registre des armes à feu par Stephen Harper et ses bourreaux de travail.

Je ferai remarquer à ces gens qu’un homme, aussi fou soit-il, armé d’un canif, d’un couteau de cuisine, d’une hache, d’un marteau, d’une roche, bref de n’importe quel objet contondant, sera toujours moins dangereux qu’un homme armé d’un fusil.

Que le chasseur de gazelles, le braconnier du dimanche ou le donneur de leçons qui sommeille en vous se calme le bonnet de poil et fasse preuve d’un minimum de bon sens. Ce sont bel et bien les armes modernes qui permettent à n’importe quel être désœuvré de liquider une salle de classe ou une foule d’une rafale de mitraillette.

Il est beau le progrès qui permet de supprimer la vie en poussant sur une gâchette!

On pourra supputer longuement sur l’état de la société, évaluer le manque de repères de la jeunesse, accuser Internet, écouter les experts coutumiers des médias décortiquer la vie de celui dont nous ne dirons pas le nom, ça lui ferait trop plaisir, la seule vraie solution courageuse serait l’interdiction des armes.

Je ne dis pas le « contrôle ». Je dis « l’interdiction ». Pure et simple. Pas de fusil, pas de massacre. Pas de pistolet, pas de tuerie. Pas d’explosif, pas d’attentat suicide. Pas de bombe atomique, pas de ville rasée. « Hé ho », criez-vous déjà, en interpellant l’utopiste naïf que je suis. « Ça va coûter combien? Et le fiasco du registre fédéral des armes à feu? Et les gangs de rue? Il faut bien se défendre. Pis moi, je sais la contrôler ma belle carabine dans ma cabane au fond des bois. Pis ma libââââârté, mes droits ? Pis blablabla. »

Si le débile de Denver n’avait pas trouvé facilement des armes à se mettre sous la main, au pire, il aurait égorgé un camarade avec un canif, éborgné un voisin avec un tire-bouchon, cassé les couilles d’un prof avec un bâton de hockey, déchiré sa chemise, piqué une crise de nerfs. Mais jamais il n’aurait liquidé 12 personnes en une soirée. C’est quand même pas compliqué à comprendre, non ?

Et si tous les géniaux inventeurs qui améliorent sans cesse le rendement meurtrier des armes mettaient leurs neurones au travail afin d’éradiquer le cancer, de trouver un carburant véritablement renouvelable et vert ou de trouver un système économique un peu moins stupide que celui dans lequel nous pataugeons, il me semble que le monde s’en porterait mieux.

Et ne me traitez pas de naïf, sinon je décroche mon AK47 et vous aurez affaire à moi!

 

Texte publié dans le Huffington Post

Entre guillemets

Mettre un mot entre «guillemets», c’est un peu comme jeter un doute sur ce qu’on veut dire. À fortiori quand on entoure d’un geste du majeur et de l’index recourbés en forme de crochets pendus dans le vide les mots qu’on va prononcer.

Les guillemets sont-ils un manque de vocabulaire? Ou une marque de pudeur à peine voilée? Une petite gêne passagère? Ou une agression qui ne dit pas son nom? Un sincère manque de conviction? Ou un flagrant délire de moquerie verbale? Une précaution oratoire? Ou une méfiance ostentatoire?

Il y a un monde entre un ami et un «ami». «L’ami» s’apparente à une vague connaissance voire à quelqu’un avec qui nous n’avons aucun point commun et dont on ne connaît que le nom. Alors que l’ami, sans artifice typographique, est toujours là quand vous avez besoin de lui. Des «amis«, vous en avez des centaines, peut-être plus, sur Facebook. Mais des amis, vous pouvez les compter sur les doigts d’une seule main.

Un «travail» peut tout aussi bien vouloir dire que vous gagnez votre vie à ne rien faire ou que vous travaillez sans le déclarer. Alors qu’il est bien plus valorisant d’avoir du travail sans guillemets. Un «honorable» ministre serait évidemment plus juste, quoiqu’un brin ironique, que sa version officielle sans guillemets. Et le «très honorable» premier ministre nous permettrait d’ajouter toute la défiance que nous inspire l’actuel démembreur du Canada.

Une «blonde» devrait se méfier de son «chum» surtout si celui-ci la met entre guillemets. Et que dire de la «paix» qui unit les peuples sur terre?

On le voit, les guillemets hypothèquent l’amour, galvaudent l’amitié et détournent le sens des choses. C’est pourquoi nous répugnons à les utiliser.

Par contre, nous aurions aimé que le premier ministre du Québec et ses sbires saupoudrent leurs discours à l’emporte-pièce de guillemets précautionneux lorsqu’ils parlaient abondamment ce printemps de «vandalisme» à propos des manifestations étudiantes, de «violence» quand il s’agissait de carré rouge ou de «menace» alors que ce n’étaient que des casseroles. Mais il vrai que la nuance n’est pas la spécialité de nos «chers» politiciens par les temps qui courent.

Entre parenthèses, chers, sans guillemets, lecteurs, il faut que je vous avoue que ce billet m’a été inspiré par un «vieil» «ami».

 

Texte publié dans le Huffington Post.

De feux et d’artifice

Que fait la police? Qu’attend le premier ministre pour faire une déclaration teintée de partisannerie aveugle et dictée par son commando de communicateurs patentés? Et l’Anti-émeute? Elle est où? Au chalet? Au camping des Flots Bleus? En vadrouille? Certains soirs, depuis la fin du printemps, les rues de la ville sont encore bondées de piétons désœuvrés qui marchent au milieu de la rue par groupe de bien plus que 50. Un pont est même régulièrement bloqué dans les deux sens. Et, comble de désordre, des pièces pyrotechniques sont lancées.

Pourtant, au lieu de sévir, les autorités applaudissent.Depuis début juin, c’est en effet le retour du festival des feux d’artifice, du pétard qui fait du bruit, du fumigène coloré et de l’explosif romantique de Montréal.

Tellement bien servi par son ancien commanditaire cancérigène, j’ai cru qu’on l’appelait encore «Le Festival Benson & Vedge» ou un truc dans le genre. Avec toute la fumée que dégage ce spectacle explosif, ça serait logique. Mais il s’agit plutôt désormais de «L’international des Feux Loto-Québec présenté par Telus», comme quoi, un commanditaire, c’est bien, mais deux, c’est mieux.

Qu’est-ce qui plaît tant dans ce show de boucane et de pétards chez les enfants de plus de cinq ans? Qu’est-ce qui attire les foules et séduit les élus pour qu’on permette telle débauche de bruit, de pollution, de désagréments, de désordre et de citoyens frustrés?

Je salue la gratuité et l’accessibilité de cette activité populaire qui égaye les étés montréalais depuis au moins vingt ans. En fait, une brève recherche permet de découvrir que ce célèbre concours d’art pyrotechnique sévit depuis 1985.

Je m’interroge cependant sur la pertinence de cet énième festival dans une société en mutation qui a déjà vu des dizaines de feux d’artifice et qui, inspirée par le mouvement printanier, a retrouvé le goût de taper sur des casseroles, le désir de scander des slogans rigolos et le plaisir de réinventer les activités de groupe où les engins pyrotechniques sont lancés par des voyous et où la foule court dans tous les sens comme des poules étêtées.

Je m’inquiète aussi, outre des retombées d’objets non identifiés et de fumées toxiques, du prix d’un tel événement. Inviter des pays aussi lointains que le Japon ou aussi secrets que la Suisse pour envoyer dans le ciel montréalais des tonnes de poudres, d’explosifs et de colorants n’est pas gratuit. Et tout cet argent qui part en fumée n’est pas injecté dans d’autres activités tout aussi profitables pour la société, et je ne parle pas seulement des mines d’amiante.

Je m’insurge aussi, comme des milliers de Montréalais pris en otages par cette pétarade et qui veulent rentrer chez eux ou tout simplement dormir tranquilles. Il faut avoir essayé une fois dans sa vie de rentrer sur l’Île de Montréal un samedi soir d’été après une visite dans la belle-famille pour comprendre le chaos que représente cet événement sur les routes. Il faut aussi avoir consolé un bambin effrayé par les éclats assourdissants des bombardements qui l’ont réveillé pour comprendre qu’à dix heures du soir, ce n’est pas tout le monde qui apprécie un bouquet final aux allures d’Hiroshima.

Le spectacle des étoiles est gratuit, bien plus magique, silencieux et il est présenté tous les soirs dans un ciel près de chez vous. Pourquoi ne pas couper toutes les lumières de la ville de 22 à 23 heures pour que chacun puisse en profiter ? Ceux qui n’apprécient pas n’en dormiront que mieux. Et ça nous fera économiser collectivement quelques millions que nous pourront investir plus durablement…

Texte publié dans Urbania