Londres et nos chances de médailles

Combien de chances de médailles le Canada a-t-il? Le Canada performera-t-il mieux qu’aux derniers jeux? Les Canadiens sont-ils en forme? Et les Canadiennes sont-elles prêtes? Que fera le Canada au lancement du poids? Et au triple saut? Et à la marche? Et au volleyball de plage (mon préféré)?

Dans les jours qui viennent, nous allons frôler l’overdose canadienne.

Été comme hiver, à chaque jeu c’est le même refrain. Canada par-ci, athlète canadien par-là, chance de médailles canadiennes, tableau comparatif des nations, casquettes rouges et feuilles d’érable. On se croirait en pleine manifestation d’amour avant un référendum. Le 1er juillet ressemble, en comparaison, à une pâle garden party en l’honneur d’Elizabeth Two. Les chaînes de télé ne se peuvent plus, même les journalistes gloussent en rouge.

Imaginez si on mettait autant de fric et d’énergie à promouvoir la culture qu’à diffuser les Jeux olympiques-piques…

Imaginez si on mettait autant de temps et d’argent à présenter l’art à la télé qu’on le fait à nous montrer des femmes avec des corps d’hommes, des hommes en maillots de femme, des coureurs qui courent, des marcheurs qui se déhanchent, des obèses en culottes courtes, des gens en pyjama qui ne se connaissent pas et qui se taponnent sur des tapis, des malades qui lancent des marteaux, des cyclistes avec des cuisses à la place des mollets, des sauteurs en hauteur, en largeur ou à la perche, des gamines aux squelettes élastiques, des boutonneux qui soulèvent des tas de métal,… le monde ne serait plus le même. Plus beau peut-être? Plus ouvert. Plus sensible. Plus émouvant. Plus humain. Sans doute. Différent. C’est certain.

Si les annonceurs, les agences de publicité et les commanditaires consacraient d’aussi faramineux budgets à faire la promotion de la culture qu’à associer leurs logos à des joueurs de splish splash ou des sauteurs de triple axel… le monde ne serait plus le même. Plus authentique peut-être? Plus simple. Plus vrai.

Mais on préfère la course effrénée aux médailles, la fuite en avant, la performance à tout prix, la transformation de l’être vivant en machine à produire des records, la valse des drapeaux et la gigue des hymnes nationaux.

On a beau zapper, éteindre la radio, fermer le journal, débrancher l’ordinateur, se réfugier dans le bois, prendre ses vacances à la mer, ne pas écouter les conversations de bureau, les zozolympiques sont partout.

Si nous avions la fibre culturelle au lieu d’avoir la fièvre olympique, avant chaque bulletin de nouvelles, il y aurait 5 minutes entièrement consacrées à la culture. Toute la journée, des commentateurs enjoués parleraient en direct d’une galerie d’art, d’un musée ou d’une salle de spectacle. Des capsules culturelles avec des portraits d’artistes inconnus commandités par des quincaillers ou des compagnies de savon de vaisselle seraient diffusées pendant les pubs. Et tous les soirs, nous aurions droit au classement des artistes canadiens s’étant le mieux illustrés en peinture, en musique de chambre, en court métrage ou en danse contemporaine…

À une époque où le gouvernement ultra-conservateur et extrêmement-cowboy de Stephen Harper coupe à la tronçonneuse dans les programmes d’aide à la culture comme si c’était de la mauvaise herbe, on peut toujours rêver…

Mais la période des Jeux, c’est aussi une bonne occasion d’éteindre la télé et de profiter des joies de l’été qui vous attendent de l’autre côté de la porte de votre condo climatisé. Prenez une marche ou prenez votre vélo, allez jouer au tennis avec un ami, rejoignez ces équipes improvisées de joueurs de soccer de toutes les nationalités dans un parc près de chez vous, nagez, courrez et faites de vous un héros du dimanche, un athlète anachronique, un espoir de médaille en chocolat.

Vous verrez, on ne s’en porte pas plus mal.

 

Texte publié dans le Huffington Post.

Leçon d’espagnol

On a eu droit, ces dernières années, aux jérémiades à répétition d’un consortium de «lucides» replets sur le manque de grandeur de certains projets.

Est-ce grave de ne pas voir comme eux ?

En Espagne, l’euphorie des années 1990 a permis le développement de projets pharaoniques et grandiloquents. Ils ont tourné au cauchemar. Vous voulez des exemples? Le gigantesque aéroport privé (!) de Ciudad real qui a fermé en décembre 2011, la cité de la culture de Santiago de Compostelle qui est désespérément vide, le vélodrome de Majorque qui n’a été utilisé qu’une seule fois,… Flop, fiasco et j’en passe. Du béton sans vie, des banques au bord du gouffre, des citoyens au bord de l’étouffement.

Les visions espagnoles d’un développement infini ont transformé les projets de construction en trous sans fonds (c’est le cas de le dire) où la population se précipite sans espoir de lendemains qui chantent «olé».

Une dette de 135 milliards d’euros qui grossit chaque minute. Des milliers d’appartements neufs mais vides. Un taux de chômage de près de 25 %, un travailleur sur quatre qui n’a plus de quoi se payer de la Sangria. Des taux d’intérêts hors de contrôle.

Une chute qui a transformé en quelques années à peine un des succès les plus réjouissants d’Europe en crise vertigineuse.

C’est parti d’un rêve de profits, d’un désir pressant de croissance, d’une vision de richesses instantanées. Des projets boulimiques où le béton coulait à flot, des terres agricoles transformées en projets urbanisables, des autoroutes asphaltées dans des régions reculées. Des pots-de-vin dans des enveloppes brunes glissées sous des tables bancales. Des entrepreneurs cupides. Des politiciens empressés. On se serait cru dans le Québec du PLQ. Avec les oliviers en plus et les tempêtes de neige en moins. On aurait cru entendre les promesses d’enrichissement instantané de Charest et de ses sbires, avec le son des grillons à la place de celui des souffleuses.

Au Québec, justement, certaines voix s’égosillent à longueur de lignes ouvertes contre les excès de prudence de ceux que le développement démesuré inquiète. Ils affirment que les études de faisabilité feraient du tort à notre avenir. Ils gémissent contre les consultations démocratiques qui seraient des freins au développement exponentiel.

Le Québec est une grenouille qui se prend pour un bœuf. Alors que certains le mettent en garde contre les multiples dangers de la course à l’obésité, d’autres veulent lui souffler dans le cul.

Serions-nous plus heureux avec un méga centre de divertissement comme celui que voulaient développer Loto Québec et le Cirque du Soleil dans le bassin Peel, à Montréal ? Avec un complexe de ski, de golf, de condos et de boutiques à la place du Mont Orford? Avec un amphithéâtre tout neuf pour une équipe de hockey qui n’existe pas à Québec?

Et si les empêcheurs de développer en rond qui se lèvent ici pour freiner la bétonnisation à outrance, la coupe à blanc de notre environnement ou la disneylandisation de notre culture étaient les vrais lucides ? Et si notre frilosité au développement boulimique nous épargnait demain la chute brutale que vivent aujourd’hui des pays comme l’Espagne ou la Grèce ?

Et si, au lieu de vouloir être riche à tout prix, nous voulions être heureux?

Texte publié dans URBANIA

Élections: le match des étoiles

Avec l’annonce imminente du vrai déclenchement des élections, on a droit à la valse accélérée des candidats vedettes et des aspirants à une limousine. Un jour, c’est le PQ qui recrute un ancien journaliste de Radio-Canada, un autre, c’est une vedette du petit écran qui hésite entre Québec Solidaire et la Coalition pour la Constituante, et pendant ce temps le PLQ cherche dans ses fonds de tiroir une star qui voudrait embarquer dans le petit train du plan Nord. On lance ici un jeune loup de la lutte étudiante dans la bataille, et là, on met en piste un chroniqueur politique bien connu. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce ballet d’étoiles filantes?

Comme à chaque élection, les noms connus et ceux qui voudraient se faire connaître se bousculent aux portillons. C’est courageux de la part de ces personnalités qui, dans la plupart des cas, avaient des jobs steady, des salaires réguliers, un avenir plein d’espoir ou des économies dans un paradis fiscal. Passer du côté des mal-aimés, des critiqués de toutes parts, des condamnés sans procès et, dans certains cas, des perdants d’avance, est une preuve d’engagement et de convictions. Chapeau! Mais est-ce une garantie d’intégrité et d’efficacité pour le citoyen qui doit voter ?

Aujourd’hui, on vote trop souvent pour une face connue au lieu de voter pour une tête bien pleine.

Qui lit le programme des partis? Qui se fait une idée en étudiant les propositions de chacun? Qui remplit son bulletin de vote, quand il vote, en connaissant les candidats, leurs parcours, leurs idées et leurs visions? Qui vote avec sa raison plutôt qu’avec son 7Jours? Qui participe au scrutin après mûres réflexions plutôt qu’après un jugement bâclé fait de la lecture de chroniqueurs douteux, l’écoute d’émissions de variétés et le zapping des grands titres des nouvelles? Et qui, après les élections, ne chiâlera pas en beuglant «J’ai pas voté pour ça»?

Personnellement, je m’ennuie des penseurs de notre société, des intellectuels et des sages. Malheureusement, ces gens d’idées et de vision n’ont souvent pas la tête de l’emploi et ne sont pas à l’image de ceux pour qui vous allez voter. Rappelez-vous de Louis Bernard, le candidat malheureux au poste de chef du Parti Québécois. Il n’avait pas le physique d’un jeune premier ou la tignasse fournie d’un frisé sûr de lui, mais il avait des idées profondes et des convictions solides.

Vous voulez des vedettes ? Et bien dansez maintenant!

Texte publié dans le Huffington Post

Les dangers de la poudre aux yeux

Le gouvernement en place nous prend décidément pour des cons. Et quand je dis nous, je ne parle pas seulement de vous. Il n’y a pas un jour que je n’ouvre mon journal et que je ne m’étonne de la constance avec laquelle Jean Charest et ce qui reste de son équipe essayent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, de l’amiante pour des bonbons et des gisements de cailloux gazeux pour des mines de rien.

Pendant que vous vous prélassez au bord du lac, loin du brouhaha du festival de la gaudriole et de l’odeur des pots de vin, Charest et ses sbires font le tour du Québec pour saupoudrer l’électeur ramolli de dollars que nous n’avons pas et de promesses que personne ne tiendra.

Tenez, les 58 millions que le PLQ « prête » à la mine Jeffrey (comme dans le slogan prémonitoire : « nous sommes prêts »). Les actionnaires de cette entreprise vouée à la fermeture espèrent fourguer des milliers de tonnes d’amiante à des pays lointains où des gens peu informés n’ont pas les moyens de se payer des chalets en bois ronds et des cabanes en pierres des champs.

Le monde entier, à part quelques politiciens sans scrupules et quelques électeurs sans mémoire, sait que l’amiante, c’est pas bon pour la santé de ceux qui la côtoient. L’industrie nous promet pourtant qu’il n’y a pas de danger cette fois (si utilisé tel que prescrit et manipulé avec soin, certaines conditions s’appliquent, en espérant que les gens qui auront à jouer avec sauront lire le mode d’emploi). Le blabla qui a pour but d’endormir notre méfiance n’est pas très convainquant. Mais tant qu’on envoie les produits dangereux loin de chez nous et que ça donne du travail à des chômeurs qui ne demandent que ça, c’est pas grave, n’est-ce pas?

Remarquez que si vous décidez, comme moi, de clamer un peu trop fort que l’amiante, c’est dangereux, il y aura toujours quelqu’un pour vous rappeler que la cigarette aussi, c’est pas bon pour les poumons. Attendez, je médite sur cet argument imparable… Ah ben oui, c’est vrai… De toute façon on va tous mourir. Que voulez-vous que je dise?

Le jour où le directeur de la mine d’Absestos voudra vivre dans une maison aux murs d’amiante, où Jean Charest acceptera d’envoyer ses enfants travailler à la mine et où tous les scientifiques du monde entier diront que finalement l’amiante est tellement sain, qu’on devrait en manger à la cuillère, je ferai amende honorable et j’avouerai que je me suis trompé.

Mais d’ici là, les poules auront des dents, les ours polaires se promèneront en bikinis et les marmottes auront été gazées dans leurs trous.

En attendant, le gouvernement continue nonchalamment sa tournée estivale et sa distribution de poudre aux yeux avant la déclaration officielle des élections et la fin des vraies fausses dépenses électorales déguisées en annonces gouvernementales.

Attention que la poudre ne leur explose en pleine face!
Texte publié dans le Huffington Post

Regarder de travers

Lundi dernier, j’étais au concert de Beirut. Magnifique de simplicité, touchant de sincérité. Mais ce n’est pas de ce qui s’est passé sur la scène dont je veux vous entretenir, c’est plutôt d’un phénomène qui prend de plus en plus de place dans les salles de spectacles, dans les foules des festivals et dans la vie de tous les jours: l’invasion des caméramans amateurs et des photographes dilettantes.

Avec l’invention du téléphone qui photographie, à moins que ce ne soit la découverte de l’appareil photo qui téléphone, les gens ne voient plus la réalité qu’à travers l’écran de leur iPhone ou de leur Androïde.

Lundi, ils étaient des dizaines à brandir à bout de bras leur appareil pour filmer le moment de grâce que nous étions en train de vivre en direct dans la salle du Metropolis.

Les yeux rivés sur leurs minis écrans, ils ont vu chaque seconde du concert à travers le filtre numérique de leur machine. Six ou sept minuscules centimètres carrés pour apprécier le spectacle pour lequel ces dépendants téléfauniques avaient pourtant payé le plein prix. S’ils avaient levé les yeux, ils auraient pu voir le sourire franc de Zachary Condon. S’ils avaient lâché l’écran pour la scène, ils auraient pu embrasser d’un coup d’œil la magie qui unissait les musiciens de Beirut et le plaisir contagieux qui se lisait dans leurs yeux. Mais ils ont préféré se concentrer sur la captation de mauvaise qualité de ces instants d’éternité. Sans doute pour se les repasser ensuite en boucle en disant « j’y étais » alors qu’ils étaient surtout loin de la réalité, caché derrière leurs écrans de plastique.

Qu’ont-ils fait, quand la foule s’est mise à taper des pieds et des mains en réclamant un rappel? Ils se sont empressés de texter leurs impressions à leurs amis, de poster leurs photos sur Facebook et d’uploader sur Youtube les images, floues, et la musique, mal enregistrée d’une réalité dont ils avaient été absent. Tout ça, sans verser le moindre cent de droit d’auteur à l’artiste qui s’était démené sous le regard mécanique de leur micro-caméra.

Je ne comprends pas encore le plaisir.

Aujourd’hui, ce sont des spectacles «live» que de plus en plus de gens vivent à travers les yeux de leur iPhone. Demain ce sera la vie. Au lieu d’emmagasiner tous ces bons moments dans la mémoire vive de leur cœur d’humains, ils les accumulent dans le disque dur de leurs ordinateurs. Quand les machines seront déconnectées, frappées de l’Alzheimer numérique, il n’y aura plus personne pour se souvenir que mille images digitales ne vaudront jamais un instant de bonheur vivant.

Et puisque vous vous demandez comment était le concert de Beirut, je vous mets ici le lien de l’inconnue qui me marchait sur les pieds trop concentrée qu’elle était à filmer le show. Cliquez abondamment, ça lui fera de la visite.

Texte publié dans URBANIA

Denver: ce n’est pas le tueur qui a tué

2 morts. 59 blessés. C’est le dernier bilan de la plus récente tuerie en Amérique.À Toronto, trois fusillades ont fait un peu plus tôt cet été plusieurs morts et blessés. À chaque fois, ce sont DES ARMES À FEU qui ont semé la tristesse et l’horreur.

En effet, ce n’est pas un malade mental qui a massacré hier à Denver 12 innocents qui voulaient aller au cinéma. Ce n’est pas un tueur fou qui a fauché 12 vies. Ce n’est ni un criminel, ni un monstre, ni un mâle en mal de visibilité, ni un tueur en série, ni un meurtrier vicieux, ni un pervers sanguinaire qui a fait couler le sang et créé l’horreur.

C’est un fusil.

Pourtant, il y en a encore qui diront que les armes à feu ne sont pas dangereuses, que ce sont ceux qui les manipulent qui tuent. Ce sont ces mêmes personnes qui applaudissent la mise à mort du registre des armes à feu par Stephen Harper et ses bourreaux de travail.

Je ferai remarquer à ces gens qu’un homme, aussi fou soit-il, armé d’un canif, d’un couteau de cuisine, d’une hache, d’un marteau, d’une roche, bref de n’importe quel objet contondant, sera toujours moins dangereux qu’un homme armé d’un fusil.

Que le chasseur de gazelles, le braconnier du dimanche ou le donneur de leçons qui sommeille en vous se calme le bonnet de poil et fasse preuve d’un minimum de bon sens. Ce sont bel et bien les armes modernes qui permettent à n’importe quel être désœuvré de liquider une salle de classe ou une foule d’une rafale de mitraillette.

Il est beau le progrès qui permet de supprimer la vie en poussant sur une gâchette!

On pourra supputer longuement sur l’état de la société, évaluer le manque de repères de la jeunesse, accuser Internet, écouter les experts coutumiers des médias décortiquer la vie de celui dont nous ne dirons pas le nom, ça lui ferait trop plaisir, la seule vraie solution courageuse serait l’interdiction des armes.

Je ne dis pas le « contrôle ». Je dis « l’interdiction ». Pure et simple. Pas de fusil, pas de massacre. Pas de pistolet, pas de tuerie. Pas d’explosif, pas d’attentat suicide. Pas de bombe atomique, pas de ville rasée. « Hé ho », criez-vous déjà, en interpellant l’utopiste naïf que je suis. « Ça va coûter combien? Et le fiasco du registre fédéral des armes à feu? Et les gangs de rue? Il faut bien se défendre. Pis moi, je sais la contrôler ma belle carabine dans ma cabane au fond des bois. Pis ma libââââârté, mes droits ? Pis blablabla. »

Si le débile de Denver n’avait pas trouvé facilement des armes à se mettre sous la main, au pire, il aurait égorgé un camarade avec un canif, éborgné un voisin avec un tire-bouchon, cassé les couilles d’un prof avec un bâton de hockey, déchiré sa chemise, piqué une crise de nerfs. Mais jamais il n’aurait liquidé 12 personnes en une soirée. C’est quand même pas compliqué à comprendre, non ?

Et si tous les géniaux inventeurs qui améliorent sans cesse le rendement meurtrier des armes mettaient leurs neurones au travail afin d’éradiquer le cancer, de trouver un carburant véritablement renouvelable et vert ou de trouver un système économique un peu moins stupide que celui dans lequel nous pataugeons, il me semble que le monde s’en porterait mieux.

Et ne me traitez pas de naïf, sinon je décroche mon AK47 et vous aurez affaire à moi!

 

Texte publié dans le Huffington Post

Cet été, Stephen passe la tondeuse

Notre conservateur en chef a choisi la belle saison pour continuer de couper dans notre société et de raser les acquis du passé loin des yeux de son peuple parti faire du pédalo au chalet.

Et hop, un petit coup de trime par-ci, un petit coup de débroussailleuse par-là, une subvention dans le tordeur, un chèque à la déchiqueteuse, des emplois taillés en pièces…

On apprenait il y a peu que le ministre du Patrimoine a retiré les subventions d’un groupe de rap dont il n’aimait pas les chansons, que le ministre de l’Industrie allait couper l’herbe sous le pied des livres numériques avec son projet de loi rétrograde sur le droit d’auteur et que Team Harper a aboli les postes des responsables des arts de la scène à l’Ambassade du Canada à Berlin et au Centre culturel canadien de Paris.

Après l’envoi aux oubliettes des scientifiques, le démembreur du Canada ratiboise à qui mieux mieux la culture, tranche dans l’art, élague, coupe, taille, émonde…

À moins d’être fabricant d’arme, pétroleur ou reine, il ne fait pas bon attendre de l’argent fédéral par les temps qui courent. Surtout quand on organise des manifestations culturelles, qu’on vient en aide aux autochtones, qu’on s’intéresse au sort des femmes dans le monde, qu’on est sensible à l’environnement ou qu’on désire venir au secours du peuple palestinien. Et c’est normal me direz-vous. Si ce n’est pas rentable ou si ça ne correspond pas à l’idéologie conservatrice, il n’y a pas de raison que l’état gère les déficits et que nos impôts épongent les dettes comme d’autres passent la moppe sur les restants d’un party auquel ils n’auraient pas été invités.

Vous ajouterez, avec l’esprit d’à-propos qui vous caractérise et comme vous l’avez entendu à la radio de Québec, que Mister Harper ne fait que faire ce qu’il avait promis de faire avant de le faire. Pourquoi ferions-nous la fine bouche dans ce cas-là? Non mais c’est vrai, quoi. Il voulait remettre de l’ordre dans le désordre, remplacer les steppettes artistiques par des produits populaires efficaces, boucher les trous financiers par des tonnes de sables bitumineux, couper ce qui dérange, tailler dans l’audace, raser l’originalité, faucher la créativité, tondre la planète…

Et l’été est la meilleure saison pour passer la moissonneuse. À l’instar de Jean Charest qui a les deux mains sur le volant et les yeux fermés, Stephen Harper tient fermement la tondeuse pendant que son peuple écoute le gazon qui pousse.

Si le gouvernement fédéral continue à nous tailler à ce rythme, on va tous finir par avoir une coupe Harper avant le début de la prochaine saison télé… Je ne sais pas vous, mais moi, me retrouver avec une coiffe de Playmobil, sur le crâne, je dis : non merci Stéphane, no thank you Stephen!

Sur ce, je vais aller fumer un peu d’herbe, tant qu’il en reste.

 

Texte publié dans le Hufington Post