De feux et d’artifice

Que fait la police? Qu’attend le premier ministre pour faire une déclaration teintée de partisannerie aveugle et dictée par son commando de communicateurs patentés? Et l’Anti-émeute? Elle est où? Au chalet? Au camping des Flots Bleus? En vadrouille? Certains soirs, depuis la fin du printemps, les rues de la ville sont encore bondées de piétons désœuvrés qui marchent au milieu de la rue par groupe de bien plus que 50. Un pont est même régulièrement bloqué dans les deux sens. Et, comble de désordre, des pièces pyrotechniques sont lancées.

Pourtant, au lieu de sévir, les autorités applaudissent.Depuis début juin, c’est en effet le retour du festival des feux d’artifice, du pétard qui fait du bruit, du fumigène coloré et de l’explosif romantique de Montréal.

Tellement bien servi par son ancien commanditaire cancérigène, j’ai cru qu’on l’appelait encore «Le Festival Benson & Vedge» ou un truc dans le genre. Avec toute la fumée que dégage ce spectacle explosif, ça serait logique. Mais il s’agit plutôt désormais de «L’international des Feux Loto-Québec présenté par Telus», comme quoi, un commanditaire, c’est bien, mais deux, c’est mieux.

Qu’est-ce qui plaît tant dans ce show de boucane et de pétards chez les enfants de plus de cinq ans? Qu’est-ce qui attire les foules et séduit les élus pour qu’on permette telle débauche de bruit, de pollution, de désagréments, de désordre et de citoyens frustrés?

Je salue la gratuité et l’accessibilité de cette activité populaire qui égaye les étés montréalais depuis au moins vingt ans. En fait, une brève recherche permet de découvrir que ce célèbre concours d’art pyrotechnique sévit depuis 1985.

Je m’interroge cependant sur la pertinence de cet énième festival dans une société en mutation qui a déjà vu des dizaines de feux d’artifice et qui, inspirée par le mouvement printanier, a retrouvé le goût de taper sur des casseroles, le désir de scander des slogans rigolos et le plaisir de réinventer les activités de groupe où les engins pyrotechniques sont lancés par des voyous et où la foule court dans tous les sens comme des poules étêtées.

Je m’inquiète aussi, outre des retombées d’objets non identifiés et de fumées toxiques, du prix d’un tel événement. Inviter des pays aussi lointains que le Japon ou aussi secrets que la Suisse pour envoyer dans le ciel montréalais des tonnes de poudres, d’explosifs et de colorants n’est pas gratuit. Et tout cet argent qui part en fumée n’est pas injecté dans d’autres activités tout aussi profitables pour la société, et je ne parle pas seulement des mines d’amiante.

Je m’insurge aussi, comme des milliers de Montréalais pris en otages par cette pétarade et qui veulent rentrer chez eux ou tout simplement dormir tranquilles. Il faut avoir essayé une fois dans sa vie de rentrer sur l’Île de Montréal un samedi soir d’été après une visite dans la belle-famille pour comprendre le chaos que représente cet événement sur les routes. Il faut aussi avoir consolé un bambin effrayé par les éclats assourdissants des bombardements qui l’ont réveillé pour comprendre qu’à dix heures du soir, ce n’est pas tout le monde qui apprécie un bouquet final aux allures d’Hiroshima.

Le spectacle des étoiles est gratuit, bien plus magique, silencieux et il est présenté tous les soirs dans un ciel près de chez vous. Pourquoi ne pas couper toutes les lumières de la ville de 22 à 23 heures pour que chacun puisse en profiter ? Ceux qui n’apprécient pas n’en dormiront que mieux. Et ça nous fera économiser collectivement quelques millions que nous pourront investir plus durablement…

Texte publié dans Urbania
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