La campagne n’aime pas la ville

Nos politosaures en campagne font peu cas de Montréal. Et quand ils en parlent, c’est pour piler dessus comme un chien écrase un parterre de fleurs avant de faire ses besoins. Il est vrai qu’ils sont convaincus que ce n’est pas dans la métropole du Québec qu’ils vont gagner leurs élections…

Pourquoi Legault se permet-il de critiquer sans modération les actions progressistes de Luc Ferrandez, le maire le plus innovateur et intègre du Québec?

Pourquoi Jean Charest garoche-t-il à tour de bras des chèques sans fonds aux résidants de la vieille capitale mais n’ose pas s’aventurer à Montréal sans son gilet pare-balles et une escouades de sa milice personnelle?

Pourquoi Pauline Marois tente-t-elle tant de séduire les Trifluviens et les Trifluviennes, les Terrebonbons et les Terrebonbonnes, les Laveurs-de-Rapides et les Blainvilaines alors qu’elle et son parti auraient de quoi faire à l’ouest du boulevard Saint-Laurent?

Montréal a beau être le cœur dynamique de la Belle Province, la tête dirigeante de bien des affaires, un pôle culturel qui fascine et attire des gens du monde entier, un centre universitaire, une mine de matières grises, le RSTDQC (Reste du Québec) la regarde avec un mélange de méfiance, de suspicion et de dégoût attisé par la lecture compulsive du Journal de M. et l’écoute abusive de Radio X.

Ce n’est pas un secret, même si c’est un mystère, les électeurs des banlieues et des régions tant courtisés par les vieux partis cultivent une haine viscérale de Montréal et, en particulier, du Plateau Mont-Royal.

Mais que connaissent-ils de l’ancienne Ville-Marie qu’ils fréquentent de loin en loin ou alors lors de trop rares sorties urbaines?

Un squeegee famélique qui se précipite sur le pare-brise de leur belle auto pour une hypothétique poignée de sous noirs au coin de St-Laurent et Sherbrooke? Une foule en bedaine qui se bidonne au Festival de la clownerie? Un centre-ville bondé de banlieusards à la recherche comme eux d’une place de stationnement gratis le plus près possible du Théâtre St-Denis ou du centre Bell? Des échangeurs en ruines? Des tunnels en décrépitude? Des ponts bloqués?

S’équartent-ils parfois des trottoirs de la rue Ste-Catherine pour se balader au gré des rues et des ruelles dans les quartiers pleins de vie, d’enfants et d’effluves de soupers? S’éloignent-ils des vitrines illuminées et rassurantes des grandes bannières de vêtements fabriqués en Asie pour aller voir les petites boutiques originales des créateurs locaux? Osent-ils s’aventurer au-delà de l’avenue Mont-Royal ou de la rue Saint-Denis? Dans Hochelaga-Maisonneuve? Sur les coteaux au Nord du Mont-Royal? Dans Villeray? Dans Ahuntsic? Dans le Mile End? Dans NDG?

Ce Montréal qui les effraye tant, c’est le Québec moderne, celui qui travaille de grand matin à façonner le monde de demain sans vouloir copier ni les Chinois, ni les Juifs, ni quiconque d’autre. C’est le Québec mosaïque, mélange du meilleur des mondes qui est en train d’en créer un nouveau qui ne ressemble ni à celui de papa Charest, ni à celui de mononcle Legault, ni même à celui de Tatie Pauline. C’est le Québec de l’avenir, des idées, de la culture et de la connaissance qui déstabilise les générations Germinal. C’est le Québec enflammé et passionné que des politiciens en campagne sont en train d’étouffer de leurs promesses dépassées parce que l’avenir de Montréal ne les intéresse pas.

La semaine prochaine: «La campagne n’aime pas la culture».

Texte publié dans URBANIA
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