Bzzz Bzzz Sproutch Sproutch

La semaine dernière, Michel Onfray, le célèbre philosophe qui passe souvent à la télé française, présentait à Montréal un spectacle de haute tenue intellectuelle intitulé « La sagesse des abeilles ». Je n’y suis pas allé. J’avais peur de ne rien comprendre. Mon collègue Savignac, dans une brillante chronique dont il a le secret, a d’ailleurs confirmé mes craintes. De toutes façons, je n’avais pas le temps d’y aller. Mais la question des abeilles m’a intrigué. Pour ne pas dire inquiété.

Ici comme ailleurs, c’est l’hécatombe. Les abeilles tombent comme des mouches. Leur disparition n’inquiète pas seulement les apiculteurs. Le jour où il n’y aura plus d’abeilles, il n’y aura plus de pollinisation. Sans pollinisation, les plantes ne peuvent plus se reproduire. Et quand les plantes ne pourront plus se reproduire, il n’y aura plus de salade frisée aux petits lardons, plus de fleurs de courgette frites, plus de poivrons farcis, plus de crème d’épinard aux poires, plus de gratin de chou fleur…

Les abeilles ne font pas seulement du bon miel. Elles sont aussi le miel de la vie.

Il y a sans doute plusieurs raisons au massacre dans les ruches. Disparition du terrain de chasse des abeilles à cause de l’extension des monocultures, maladies, apparition de prédateurs et de parasites, étalement urbain, culture intensive d’OGM qui perturbent le cycle de nourriture et, bien entendu, utilisation abondante de pesticides et autres joyeux produits chimiques applaudis par les tenants du développement à tout prix et fabriqués dans le plus grand secret par des entreprises comme Monsanto.

Je sais bien qu’il y a d’autres sujets d’actualité qui captivent beaucoup plus les masses laborieuses et les esprits vagabonds que le bzzz bzzz des abeilles. Je pense au prix de l’essence, à la couleur du salon rouge de l’Assemblée Nationale, à la grève dans la LNH, à la constitution du nouveau gouvernement minoritaire, et j’en passe. Il reste que ce sujet éminemment naturel et piquant a son importance à l’heure où les OGM n’ont jamais autant inquiété et les décisions du gouvernement Harper clouent chaque jour un peu plus le cercueil de l’environnement.

Pensez-y quand vous vous bercerez dans votre hamac sous les derniers rayons d’un été qui s’étire, entouré du parfum subtil des fleurs d’automne qui pullulent dans les champs. Le bourdonnement de l’abeille n’a rien d’agressif ou de méchant. Il annonce l’arrivée d’une nouvelle fournée de bon miel dégoulinant, le transfert efficace du précieux pollen, c’est la vie qui butine. Ne l’écrasez pas!

Si la question vous intéresse, il vous reste deux jours pour aller voir à la Licorne la pièce Grain(s) qui traite du procès que Monsanto, la multinationale des biotechnologies qui font peur, a fait à un fermier de la Saskatchewan. Cette pièce de théâtre-documentaire, je suis allé la voir mardi. Et j’ai tout compris.

Texte publié dans le Huffington Post

J’ai été con

Moi aussi j’ai eu 16 ans, 18, 21, 33,… J’ai eu les cheveux longs, les idées courtes. J’ai manifesté pour toutes les causes. Je suis descendu dans la rue. Je suis monté aux barricades. J’ai signé des pétitions, j’ai crié des slogans. J’ai arboré des calicots contre la guerre, contre le nucléaire, contre le gouvernement, contre le racisme, contre les cons… J’ai beaucoup été contre, parfois pour, mais jamais indifférent.

J’ai surtout haï l’autorité, provoqué la police et vomi mon souper dans le caniveau.

Oui, j’ai été con, mais jamais autant que tous ces imbéciles d’intégristes extrêmes qui, depuis quelques jours, hurlent, cassent et tuent à cause d’un mauvais film même pas drôle qu’ils n’ont surtout même pas vu.

Ce ne sont ni des manifestations de foi spontanée ni des révoltes populaires. C’est de la connerie pure et sanguinaire, l’empire du mâle, le pire de l’homme. Et ça emporte dans sa connerie tous les modérés, les progressistes, les pacifistes, les innocents et les doux rêveurs d’amitié entre les peuples.

De Paris à Tripoli, du Caire à Anvers, les manifestants qui brûlent, qui cassent, qui battent ne sont pas devenus fous furieux du jour au lendemain à cause d’un extrait du film L’innocence des musulmans. Ils avaient déjà en eux cette graine de folie. Le film a transformé la graine en grain. Mais ça aurait pu être n’importe quoi d’autre. Ça aurait pu être une mauvaise caricature, une joke plate, un obus américain mal tombé, une phrase de Mitt Romney dite de travers,… Par malheur pour Hollywood, ça a été quelques minutes d’un film que personne n’a vu à sa sortie.

Je vous préviens d’emblée, je ne mettrai aucun lien avec ce film. Même pas une image.  Je vous invite d’ailleurs à ne pas aller voir l’extrait que plus de 25 millions de personnes ont déjà vu sur Youtube. C’est un navet pourri dont le réalisateur minable ne mérite même pas un coup de pied au cul tant il mérite surtout qu’on l’oublie. L’extrait que j’ai vu par pur professionnalisme ressemble à du sous-RBO de potache sans culture. On n’a pas besoin de lui faire plus de publicité qu’il n’en a déjà eue.

Qu’on fasse des mauvais films, ce n’est pas grave. Ça fait partie de la liberté d’expression que brandissent tant de cons pour justifier leurs conneries. Que celui-ci ait coûté 5 millions est étonnant, mais ce ne sont pas nos millions. Alors, que voulez-vous qu’on dise? Que des médias, qu’ils soient numériques, électroniques, papier ou torchon, relayent sans réfléchir ce brûlot qui a déjà mis le feu aux poudres et déclenché des manifestations délirantes, c’est ridicule et irresponsable. On ne peut cependant pas reprocher aux médias de vouloir faire de la cote d’écoute. Mais que des centaines de milliers d’hommes, car il y a peu de femmes dans ce genre de rassemblements, descendent dans la rue avec une violence qu’on n’a même pas vue dans la bouche de Jean Charest au printemps dernier à cause d’une mauvaise farce cinématographique, c’est une connerie de trop. Et quand on sait que le gène de la connerie est le même que celui de la guerre, ça devient carrément effrayant.

Aujourd’hui, le magazine Charlie Hebdo qui fait dans la provocation boutonneuse a décidé de publier des caricatures de Mahomet. Une autre connerie même pas drôle pour faire parler d’eux. Mais surtout une provocation de trop qui va entraîner d’autres manifestations de connerie à travers le monde.

J’ai moi aussi été con. Mais aujourd’hui, j’ai décidé d’essayer d’arrêter.

La photo pour illustrer ce billet n’a pas été prise lors de mon arrestation pour excès de connerie, mais plutôt pour le lancement du Numéro Escrocs du magazine Urbania. Notez que les escrocs ne sont pas des cons… ils savent très bien ce qu’ils font.

 

Texte publié dans Urbania

La rentrée des plaisirs solitaires

Y a pas que la politique et la météo dans la vie. Il y a aussi le trafic!

Êtes-vous, vous aussi, un adepte de l’autosatisfaction? Ne dites pas le contraire. Je vous ai vu l’autre jour sur l’autoroute. Vous frôliez l’extase, l’orgasme. Vous n’étiez pas seul à être seul. Vous étiez des milliers à pratiquer l’onanisme à la queue leu leu, peut-être même des dizaines de centaines de milliers les uns derrières les autres, voire des millions à vous faire plaisir ensemble, mais chacun pour vous.

Un gouffre de solitude qui encombre le monde sur des milliers de kilomètres de bitume.

Les plaisirs solitaires n’avancent à rien. Mais vont tous dans la même direction le matin. Et dans l’autre le soir.

Pour accroître leurs plaisirs des sens et leurs sensations de solitude, les amateurs de plaisirs solitaires autogérés jouissent à l’écoute du moindre bulletin de circulation, véritable pornographie radiophonique de l’embouteillage.

« 15 Sud, c’est bloqué jusqu’à la 440. 440 Ouest, bloqué jusqu’à la 25. Pont Champlain, 25 minutes. Une voie de fermée vers le sud. Un accident sur la 20 cause un ralentissement dans les deux directions à cause de la curiosité. Des travaux entraînent des retards… »

Contrairement à la danse, les plaisirs solitaires sont meilleurs sans contact. Car, dans cette débauche à quatre roues, le moindre contact peut finir dans le fossé, à l’hôpital, voire même à la morgue.

Afin de donner de l’ampleur à leur bien-être qu’ils agrippent à deux mains, les adeptes des plaisirs solitaires envahissent tous ensemble les routes à la même heure, celle qu’on appelle de pointe, amusant, non? Invariablement, ils vont et viennent tous les jours ouvrables, ensembles, à la même cadence et dans le même sens. À force d’être tout seuls dans leur auto, ils prennent toute la place. Regardez-les se faire plaisir: un char et une barge de tout-seuls. Des kilomètres de voitures vides.

Ils pensent qu’ils sont pris dans le trafic alors qu’ils sont le trafic!

Les plaisirs solitaires en auto sont anti-productifs. Ils consomment comme quatre, polluent comme six et ralentissent l’efficacité du travailleur qui a rendez-vous.

Imaginez qu’ils décident de prendre leur pied en autobus ou en métro. Il y aurait autant de monde sur les routes mais beaucoup moins de trafic. Et bien plus de revenus pour multiplier les plaisirs en commun qui coûtent de plus en plus cher.

À la différence des tout-nus, les tout-seuls n’ont pas envie de partager leurs plaisirs. Et c’est dommage qu’en ces temps difficiles certains n’aient pas envie de partager leurs plaisirs. Vous ne trouvez pas?

Texte publié dans le HuffingtonPost

Attentat contre Pauline Marois: des questions

Deux jours après les terribles événements qui ont fait un mort et un blessé grave lors du discours de Pauline Marois le soir de son élection à la barre du Québec, il reste beaucoup d’incompréhension, de tristesse et, surtout, de questions.

Comment, le soir d’une élection cruciale, un homme armé d’un AK47, la mine patibulaire cachée par une cagoule noire et affublé d’un peignoir ridicule peut-il se promener en plein centre ville sans se faire appréhender par la police alors qu’un étudiant avec un masque de clown peut se faire arrêter, menotter et verbaliser manu militari?

Comment un soi-disant fou a-t-il pu organiser et planifier minutieusement une opération de commando contre la nouvelle première ministre du Québec sans que personne ne lève le petit doigt ni même ne se doute de rien ?

Comment, au Québec, un homme peut-il se procurer un fusil d’assaut et des armes de poing sans que ça n’éveille le moindre soupçon? Et comment peut-il le faire aussi facilement?

Comment ça se fait qu’un fou fasse preuve d’autant de raisonnement et d’organisation lorsque vient le moment de fomenter son crime?

Comment cet homme malade a-t-il réussi à tirer sur deux personnes et mettre le feu aux portes du Metropolis en même temps?

Pourquoi n’y avait-il qu’une poignée de policiers autour du point sensible qu’était le rassemblement péquiste au Metropolis ce soir de victoire prévisible alors qu’à la moindre marche pacifique des derniers mois, le gouvernement Charest envoyait l’antiémeute, la cavalerie et l’hélicoptère?

Comment se fait-il que le tueur a été traité avec plus d’égards et de douceur par le SPVM que les manifestants ce printemps?

Pourquoi il est impossible à un étudiant à l’université d’approcher à moins de 100 mètres de Jean Charest alors qu’un individu visiblement dangereux et armé d’un fusil d’assaut a pu tenter d’approcher à quelques pas de Pauline Marois et mettre la vie de centaines de personnes en danger?

Comment se fait-il qu’il a fallu que se soient des civils qui empêchent un massacre?

Pourquoi un homme armé jusqu’aux dents, organisé, déterminé et qui crie des slogans politiques est d’emblée considéré comme un cas isolé, un homme malade alors que des citoyens qui veulent améliorer la société sont traité comme des terroristes?

Pourquoi vouloir absolument taire le contexte social et politique dans lequel ce geste a été commis?

Pourquoi tant de haine et si peu de compréhension?

Où va le Québec qu’on aime, le Québec pacifique, multiculturel, ouvert, accueillant, créatif, sensible à l’environnement, généreux, imaginatif, entreprenant, audacieux,…?

Texte publié dans le Huffington Post

Interdit aux moins de 18 ans

Vous vous apprêtez, si ce n’est déjà fait, à glisser votre choix électoral dans la fente d’une boîte de scrutin et faire votre devoir de citoyen. Bravo! Pour l’avoir moi-même fait dimanche dernier par anticipation – et je vous signale ici que Cipation n’est pas un candidat contre qui j’aurais voté – je peux vous faire part de mon témoignage.

Voter est une expérience grave réservée aux adultes consentants. Au moment de le faire, on en apprend beaucoup sur la vigueur de la démocratie et la fragilité de la société dans laquelle nous vivons.

Faire la queue avec les petits vieux et les petites vieilles du quartier permet de mieux comprendre les tendances électorales qui se maintiennent et d’appréhender les résultats du scrutin.

Mais où sont donc tous ces vieux quand il n’y a pas d’élection?

Pour avoir eu la chance de voter dans d’autres pays, pour des communales, des régionales, des fédérales et même des présidentielles, je peux vous affirmer que les élections au Canada ressemblent plus à une ligue mineure d’improvisation qu’à un exercice de démocratie dans un des plus meilleurs pays au monde.

Le scrutateur vous scrute sans même faire attention à la photo du permis de conduire que vous lui tendez, des fois même il vous permet de voter sans même vous examiner l’identité.

Si vous n’avez pas de papiers, le préposé à l’information demande de l’information à l’agent de sécurité qui demande au chef de bureau qui téléphone au bureau central qui finalement dit de se référer au document laissé au préposé à l’information.

L’agent d’inscription ne sait pas comment s’écrit votre nom qui est pourtant écrit sur votre carton d’invitation. Le greffier qui est dans ce cas une greffière cherche son crayon. Quand elle l’a trouvé, elle cherche votre adresse sur la liste. Elle ne la trouve pas. Elle tourne frénétiquement les pages photocopiées de son duotang. Malgré le fait que les adresses soient classées en ordre croissant, elle ne la trouve toujours pas. Elle se demande si 5312 est pair ou impair. Sa voisine de table lui dit que 53, c’est impair. Finalement, vous jetez un coup d’œil à ses documents et vous lui pointez votre adresse et votre nom. À l’aide d’une règle en plastique, elle vous biffe en tremblant. Il s’en faut de peu qu’elle ne biffe votre voisin et que vous puissiez revenir voter le lendemain. Vous auriez d’ailleurs pu pointer n’importe quel nom. Personne d’autre n’a vérifié qu’il n’y avait pas d’erreur, que c’était bien votre nom, que c’était bien vous et que c’était bien vous qui avez voté en votre nom.

Tout ça manque de solennité et de sérieux.

Pendant ce temps, le messager de bureau se cure le nez. Le superviseur de la révision fait les cent pas. Les dix-sept nonagénaires amenées en autobus attendent qu’un préposé les guides pour aller voter. En toute connaissance de cause? Je me mets à douter.

L’isoloir en carton cache mal l’électeur qui s’adonne au plaisir solitaire de voter. Une fois la croix faite, le papier plié, le rabat déchiré, vous pouvez glisser le bulletin dans l’urne qui ressemble plutôt à un carton de déménagement. Je demande si les boîtes de scrutin ne vont pas se perdre dans la nature comme dans une vulgaire république de banane. « On en prend soin » me précise la greffière comme si c’était elle qui allait garder la précieuse boîte dans sa garde-robe en attendant le dépouillement.

Voter est un droit interdit aux moins de 18 ans parce que c’est un geste grave qui a d’importantes conséquences. Même s’il manque cruellement de décorum, pensez-y quand mardi prochain vous glisserez votre voix dans la démocratie de carton.

 

Texte publié dans le Huffington Post.

Il ne faut pas confondre

Les mots sont souvent trompeurs. Certains jonglent avec eux pour nous faire entendre des choses qu’ils n’ont pas dites et d’autres nous font imaginer des choses auxquelles on préfèrerait ne pas croire. On mélange les mots et les mots nous mélangent. Pour mieux comprendre la réalité et ne plus nous laisser berner pas l’abus de mots, je vous propose de regarder les choses sous un autre angle.

Il ne faut pas confondre un candidat en campagne et un politicien qui visite une ferme. Pourtant, les deux ont les pieds dedans.

Il ne faut pas confondre une promesse électorale et un tour de magie. Quoique dans les deux cas il s’agit bel et bien d’illusion.

Il ne faut pas confondre corruption et collusion, Même si, avec la mafia et les enveloppes brunes, elles se retrouvent souvent associées avec le parti libéral de Jean Charest. Mais il n’y a pas de preuve tant qu’il n’y a pas de gens payés pour en trouver.

Il ne faut pas confondre un sous-ministre et un ministre des sous. Même si les deux veulent votre bien. Il y a aussi les ministres en dessous de tout, mais ça, c’est une autre histoire et il ne tient qu’à vous de ne pas réélire Sam Hamad ou Julie Boulet. Pour Michèle Courchesne, c’est déjà réglé.

Il ne faut pas confondre la politique et les poubelles. Ce n’est pas parce que les deux ne sentent pas bon qu’elles sont remplies d’ordures.

Il ne faut pas confondre opinion et oh pis non. La première vous invite à la réflexion et au débat alors que la seconde remplit le vide de ses convictions par un vent d’opposition.

Il ne faut pas confondre perdre son siège et se tenir debout. C’est pourtant parce qu’il n’ont pas fait le second que certains élus vivront tristement le premier.

Il ne faut pas confondre crise économique et crise des comiques, Même si les deux ne nous font pas rire depuis longtemps.

Il ne faut pas confondre paradis fiscal et impôts. Mais ça, si vous êtes un bon contribuable, vous ne les confondiez pas.

Il ne faut pas confondre un communiqué de presse avec la vérité. Ça, vous le saviez déjà.

Mais il faut confondre le 4 septembre avec « Libérez nous des libéraux ».

Texte publié dans le Huffington Post