Halloween, la mort dans l’âme

Malgré les guerres, les tueurs en série et les accidents de voitures, malgré les virus, les maladies, les épidémies, les pandémies, malgré Claude Poirier, Sandy et le Journal de Montréal, malgré même l’Halloween et son overdose de sucreries, nous vivons de plus en plus vieux. Et nous mourons de plus en plus tard. C’est ça, le progrès!

On vit plus vieux, mais entre la naissance et la mort, vit-on mieux?

Alors que les scientifiques ont réussi à repousser la mort, ils n’ont pas encore réussi à éliminer la maladie. Il faut dire que pour les multinationales pharmaceutiques, il est plus enrichissant d’avoir un vivant malade qu’un mort en bonne santé. Une bonne maladie chronique est en effet une excellente source de profits pour ces entreprises qui me font bien plus peur que les zombies d’Halloween.

La mort n’est pas un sujet sexy, c’est pourtant un des rares sujets qui, en plus d’être de saison, nous concerne tous et toutes. Avec les innovations scientifiques, il est cependant devenu de plus en plus difficile de dire quand un quidam est réellement passé de vie à trépas ou un cadavre est bel et bien décédé.

Avant, un être vivant était mort quand son cœur avait cessé de battre et qu’il était froid. Point final.

Aujourd’hui, avec les respirateurs artificiels, les cœurs en plastiques, l’acharnement thérapeutique et les bébelles technologiques, vous pouvez vivre longtemps, très très longtemps, quel que soit l’état de votre cœur et de votre âme. Pour être mort officiellement, des savants ont donc décidé qu’il fallait que votre encéphalogramme soit aussi plat que le QI d’un candidat à Occupation Double. Cependant, il y a quelques années, des études ont permis de découvrir qu’un cerveau à plat pouvait parfois continuer à s’activer et qu’il pouvait même dans certains cas s’autoréparer. Dans ces conditions, difficile de dire alors si un mort est vivant ou si un vivant ne l’est plus.

Il ne faut donc pas s’étonner de voir ces derniers jours des êtres bizarres déambuler la mort dans l’âme à la recherche de plaisirs terrestres et futiles avant que la mort, la vraie sans déguisement, ne les rattrape.

J’espère que vous saurez rassasier ces vilaines créatures de bons bonbons.

 

Texte publié dans le Huffington Post.

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La chaise de Sandy

Elle est sur le balcon 365 jours par an. Elle regarde passer le temps.

Elle a commencé à frétiller il y a quelques heures. Au début, elle se dandinait timidement. Maintenant, elle trépigne carrément. Elle tape du pied, comme si elle voulait accompagner la chanson du vent.

Elle s’agite de plus en plus fébrile, bancale et joyeuse. Mais demain, peut-être que Sandy l’aura laissée tomber comme une vulgaire chaise de jardin.

Et il faudra alors la ramasser. Et la remettre sur pieds.

Corruption: le Québec donne l’exemple

Le Québec est en train de donner une belle leçon au monde entier.

La commission Charbonneau a l’air d’une grosse farce ? Des liasses de billets de 100 $ dans des chaussettes, des factures surgonflées, des rendez-vous dans des cafés miteux entre des parrains de la mafia et des entrepreneurs bedonnants, des petits fonctionnaires sans envergure corrompus à l’os, des contrats truqués, un ingénieur sans génie, des magouilles à cinq sous qui coûtent des millions, un maire millionnaire qui prend congé pour se refaire une santé pendant que les enquêteurs fouillent ses propriétés, un yacht somptueux, un bandit au nom d’artiste de cirque qui se fait applaudir comme une rock star dans un talk show populaire, un acteur-clé de cette sombre affaire qui s’appelle Surprenant,…

Un scénariste n’aurait jamais pu inventer pareille histoire abracadabrante.

Et pendant ce temps, on oublie qu’il y avait des ponts qui tombaient, des rues qui s’effondraient, des égoûts qui fuyaient, des taxes qui augmentaient vertigineusement…

Pourtant ce grand carnaval aux airs de procès sans punition est un exemple formidable de tentative d’assainissement d’un système antique de corruption minable et ce, sous le regard, impuissant il est vrai, de toute la population.

Bien sûr, il a fallu attendre que Jean Charest (vous vous rappelez de lui ?) daigne lever le petit doigt pour que cette commission que tout le monde réclamait à grands cris voie enfin le jour. Il a pris tout son temps notre très cher Jean. Le temps (on ne peut pas faire autrement que d’y penser) de faire le ménage dans ses affaires, de nettoyer ce qui pourrait salir, de cacher ce qui pourrait éclater au grand jour, bref, le temps de se retirer dans sa retraite dorée comme si de rien n’était.

Mais une fois que notre ex-premier s’est assuré que la réputation de son parti et de ses amis ne serait pas entachée par les révélations de la commission avant les élections, on a enfin eu droit à un bel exercice de vérité.

Et heureusement que quelques menteurs repentis pas trop gênés ont décidé de raconter comment les élus et leurs sous-fifres dépensent notre argent et s’acoquinent avec des truands.

Il y a fort à parier que ce que nous révèle la commission n’est que la pointe d’un iceberg puant. Saurons seulement un jour toute la vérité ? Pour un petit tricheur (700 000 $ dans ses poches quand même) combien de gros menteurs ? Combien de vils escrocs ? Combien de millionnaires qui se la coulent douce sans être inquiétés ?

La commission Charbonneau révèle au grand jour ce que nous redoutions la nuit dans nos pires cauchemars. L’argent pue, l’appât du gain rend fou et ce sont les honnêtes gens qui finissent toujours par payer.

La mafia n’est pas une invention québécoise et la corruption n’est pas l’apanage des fonctionnaires de la ville de Montréal. C’est pourquoi ce grand ménage télévisé est un exemple pour les démocraties qui souffrent du même cancer et voudraient s’en débarrasser. Le Québec montre la voie. Basta la corruption! En 2012, on ne veut plus de magouilles et de tricheurs! La prochaine fois qu’un mafieux et un fonctionnaire iront jouer au golf ensemble ou qu’un entrepreneur corrompu donnera des billets de Céline à une ministre, la population sera là pour leur botter le cul et leur dire qu’on n’en veut plus.

Est-ce que ça changera quelque chose ? Est-ce que les voleurs rendront ce qu’ils ont pris ? Est-ce que les escrocs seront punis ? Est-ce que Gérald Tremblay se rendra compte qu’on ne vit pas au pays de Merveilles? Est-ce que la justice sera juste et les méchants deviendront des gens bons? Est-ce que mon compte de taxe baissera enfin de 30 % ?

Je ne voudrais pas avoir l’air cynique. J’arrête donc ici.

Texte publié dans Urbania.

J’étais hispter

Dans les années 70, je veux dire au début des années 1970, j’étais hippie. Petit garçon aux cheveux longs habillé de toutes les couleurs avec des gilets en fausses peaux de moutons et des chandails tricotés à la maison.

Puis, durant quelques saisons, j’ai été disco, avec des cols de chemises grands comme des pistes d’aviation.En 1979, je suis devenu ska en noir et blanc, inspiré par la pochette de One Step Beyond, le premier album de Madness. Dans la rue, je marchais en cadence en faisant des grands pas ridicules. En 1980 j’étais mod. Pantalon strech trop court, veston serré, petit chapeau de mafioso vissé sur la tête, Stan Smith aux pieds.

Le 7 juin 1981, j’étais techno-pop, fasciné par le concert de Kraftwerk. J’ai été punk, à l’été 1983, avec des pantalons de tartan écossais, j’allais voir les Stranglers, Echo and the Bunnymen, Siouxsie and the Banshees. Je n’ai jamais osé le piercing. Ni le tatoo.

Si j’ai été skinhead, c’était pour ne pas me faire bousculer par les hooligans quand j’allais voir des matchs de foot contre les équipes anglaises.

En 1986, j’ai eu le look aviateur, à cause de Tom Cruise. En 1988, j’ai pris de la carrure, des épaulettes, des pantalons serrés aux chevilles mais larges comme des sacs de patate à la taille, j’avais du gel dans les cheveux et des lunettes qui me faisaient des yeux de tarsiers, je suis devenu new wave, comme tout le monde.

Début des années 1990, j’ai pas été grunge. Même pas eu le temps d’user mes jeans. J’étais du type business catégorie junior. L’ambition tournée vers New York et ses lumières, des meetings à Toronto le temps d’une pointe de pizza, une grosse auto de l’année, un beau bureau dans un édifice du centre ville. Et puis dans un autre. Et puis dans un autre. Je faisais de la pub, c’était glamour, comme allaiter en 2012.

Au tournant du millénaire, je suis devenu éco-responsable. J’ai ressorti mes vieux chandails, acheté une petite auto, pris plus souvent mon vélo. J’ai pris le temps de regarder les oies sauvages qui passaient dans le ciel. J’ai décidé de fréquenter uniquement les petits commerçants de mon quartier. Je n’ai plus mis les pieds dans un centre d’achat.

Bobo avant Labrèche. Hipster avant l’heure. Ni pouchon ni douche. Aujourd’hui, après un printemps rouge, un été chaud, un automne corrompu et à la veille d’un hiver qui s’annonce long, je m’apprête à enfiler pour la première fois des pantoufles de fantex.

Les genres, tsé, c’est comme les styles. Tant qu’on n’a pas le sien, on habite celui d’un autre. Mais c’est pas très confortable.

(Photo prise par mon ami Pascal Bruffaerts en 1979)

Texte publié dans Urbania

Il n’y a plus de poussette devant la porte des voisins

Le camion de déménagement a tout emporté. Les meubles, les beaux canapés, les souvenirs de vacances, les piles de livres jamais lus, le faux orignal en carton, les cadres, les jouets, les disques usés, les cadeaux, les bibelots. C’est fou ce qu’on peut accumuler en quelques années!

Il reste un petit camion jaune oublié sur l’escalier, trois poubelles pleines de rien, une caisse de vieux câbles électriques, une râpe à fromage encore dans sa boîte.

Les murs de la maison ne résonneront plus des cris des enfants qui ont grandi ici. Ils grandiront ailleurs. Ils joueront dans d’autres parcs, fouleront d’autres gazons, grimperont sur d’autres bornes-fontaines, ne pelletteront plus jamais la neige de la rue. Mais y aura-t-il de la neige là où ils sont partis? D’autres, plus petits ou plus grands, viendront crier plus fort pour masquer les échos de leurs souvenirs qui ne s’effaceront jamais complètement.

Qui seront ces nouveaux voisins? Des vieux? Des jeunes? Des noirs? Des blancs? Un couple sans enfant? Des gais? Des musulmans? Des mécréants? Une famille nombreuse un peu trop bruyante? Un riche célibataire solitaire et discret? Une famille reconstituée? Personne ne les connait. Personne ne les a vus.

Aujourd’hui, les nouveaux propriétaires ont mis une pile de cartons vides au recyclage. Une nouvelle vie se déballe. Derrière la façade de briques, d’autres histoires vont désormais s’écrire.

L’automne balaye les restes d’un trop bel été bien loin. On commence à calfeutrer les fenêtres, à rentrer les chaises de patio, à ranger les vélos. Bientôt, on ne sortira plus que pour faire en vitesse quelques courses dans le quartier. Chez le boucher, on saluera timidement ces nouveaux inconnus. Peut-être que s’ils ont des enfants, ils passeront à l’Halloween. Mais il n’y avait pas de poussette devant leur maison. Ils vous aideront peut-être une ou deux fois à sortir la voiture du banc de neige. Peut-être pas. Au printemps, vous les reconnaîtrez sans doute assez pour les saluer d’un geste poli de la main. Sans doute. Mais dans six mois, dans un an, que connaîtrez-vous de leur vie? La couleur de leur auto? Évidemment, ils prendront la place où vous aviez l’habitude de garer la vôtre. Leur goût pour leur jardinage? Ou pour les travaux bruyants? Mais saurez-vous seulement quels sont leurs prénoms?

 

Texte publié dans le Huffington Post

Si j’étais dans la police

C’est une blague. Évidemment. Je ne serai jamais policier. Ni flic. Ni militaire. J’aime trop la justice et la paix.

Pourtant, hier, quand j’ai vu les images disgracieuses du constable #728 dont je tairai le nom, comme je tais le nom de tous les terroristes, les tueurs en séries et les malades mentaux qui veulent qu’on parle d’eux, donc, quand j’ai vu (je cherche un vocabulaire poli mais juste) l’énergique ? la déplaisante ? la colérique ? la grossière ? la vulgaire ? bref, quand j’ai vu l’agente Stéfanie Trudeau (oups, son nom m’a échappé) tordre le cou à un quidam (pour être totalement transparent, il s’agit de l’ami d’un ami), je disais donc avant que vous ne me demandiez si je ne parlais pas à travers mon chapeau que lorsque j’ai vu la dame sensée représenter l’ordre et la justice agresser verbalement et physiquement un citoyen presque aussi doux qu’un gigot d’agneau avant qu’il ne passe au four, j’ai eu envie de rentrer dans la police. À coups de batte de baseball.

Calmez-moi, je vais devenir violent !

Les images de réalité choquante diffusées par la télé de Radio-Canada ont mené le SPVM à prendre des mesures disciplinaires envers l’irresponsable constable récidiviste.

Ce n’est pas la première fois que la télévision du service public joue le rôle de la police. Ça devient lassant. Et inquiétant.

Quand on a plus confiance en Alain Gravel que dans le chef de la police, c’est grave (!).

Si ça continue, on aura besoin des caméramans de Radio-Canada pour surveiller la vitesse sur les routes et de Céline Galipeau à la tête du SPVM pour faire régner l’ordre et la justice.

Mais ça m’en prendra beaucoup plus pour retrouver mon calme et la confiance envers notre (hé oui, c’est vous et moi qui payez pour ça) service de police.

Le SPVM manque en effet totalement de jugement en gardant dans ses rangs des irresponsables violents bourrés de préjugés et déformés par la haine comme la représentante du désordre 728.

Vous voulez d’autres preuves ?

728, la championne toutes catégories des réseaux sociaux, s’est encore fait pogner. Cette fois, grâce aux téléphones cellulaires qu’elle avait confisqués aux quatre personnes qu’elle venait de faire arrêter (avec le renfort, il est vrai, d’une vingtaine de véhicules de notre chère police). Non seulement elle a réussi à se faire filmer pendant son attaque contre un citoyen, mais elle a réussi à faire enregistrer sa conversation avec son boss afin que nous puissions entendre sa version raffinée des faits : « Des osties de carrés rouges, toutes des artistes, des mangeux de marde,… des rats… des caves… ».

Une police académicienne est née!

On pourra dire que l’agent #728 a fait plus de bruit que le séisme d’hier… et, malheureusement, plus de dégâts.

Sauf à TVA (oui, je me suis tapé tout Sophie Thibault pour voir si le reste du Québec serait également informé des exactions de la police de Montréal). Mais TVA n’a pas sauté sur la nouvelle… Préférant faire un topo sur la mine d’amiante qui va fermer en interrogeant tous ceux que ça déprime et en ne donnant pas la parole à ceux qui s’en réjouissent.

Ça y est, j’ai encore envie de devenir violent. Mais mon avocat me signale que ce n’est pas une raison pour vouloir rentrer dans la police. Surtout à coups de batte de baseball.

Texte publié dans URBANIA

Quitter le Québec?

Ces derniers temps, certains chroniqueurs acrimonieux qui « vivent intellectuellement au-dessus de leurs moyens », des politiciens en manque de visibilité et des éditorialistes dociles nous irritent les yeux et nous écorchent les oreilles à répétition avec un discours de peur totalement insensé et surréaliste.

À les lire et les entendre, dans quelques jours, ce sera l’exode. Bientôt, des milliers d’opulentes maisons seront à vendre de Westmount à Knowlton et de Town of Baie d’Urfé au lac Memphrémagog, les fleurons de nos entreprises auront déménagé leurs pénates et leurs usines sur d’autres continents, les plus grosses fortunes de la Belle Province se seront réfugiées sous des climats financiers plus cléments, les plus brillants cerveaux auront fui le Québec,…À les lire et les entendre, il ne restera bientôt plus au Québec qu’une poignée de sans-abris et de losers pathétiques, des milliers de BS viendront peupler des maisons laissées à l’abandon par leurs riches propriétaires, les universités seront hantées par des cancres pouilleux et on ne servira plus que du pudding chômeur comme dessert.

Laissez moi rire un peu (c’est toujours ce que je fais quand je regarde un mauvais film d’horreur).

Reprenons maintenant si vous le voulez bien nos sens et notre sérieux.

Les entreprises n’ont pas attendu l’arrivée d’un PQ minoritaire pour fermer sauvagement leurs portes et délocaliser leurs usines dans des pays où la main d’œuvre qui se tue au travail gagne des peanuts et ferme sa gueule.

Ça fait longtemps que les plus égoïstes des Québécois ont déménagé leurs milliards dans des paradis fiscaux qui cultivent le secret bancaire et la comptabilité imaginative.

Les requins de la finance qui n’ont que le cash comme ambition se contrecrissent du Québec, de la douceur de l’été des Indiens, de la majesté d’un vol d’outardes ou de la beauté farouche des Québécoises, ils feraient n’importe quoi et vivraient n’importe où pour faire une pièce de plus.

Ceux qui voulaient quitter le Québec, ceux qui veulent payer le moins d’impôt possible, ceux qui ont fini de profiter de nos ressources naturelles, ceux qui ont pompé tout ce qu’ils avaient à pomper, ceux qui ne veulent pas participer à l’essor de la société québécoise sont déjà partis comme Jacques Villeneuve à Monaco ou la Banque CIBC qui a fait, grâce à ses filiales dans des paradis fiscaux, des économies d’impôts de 1,4 milliard entre 2007 et 2011.

Maintenant, il reste tous ceux qui aiment le Québec. Ceux qui veulent que la société québécoise continue de se développer. Ceux qui apprécient son art de vivre, sa culture dynamique, son progressisme. Ceux qui font sa couleur, son style, son âme. Et les centaines de milliers de gens à travers le monde qui rêvent de venir y vivre.

Alors, messieurs Dumont, Martineau, Pratte, Duhaime, Legault, Bachand et compagnie, arrêtez d’essayer de nous faire peur. Vous nous faites surtout pleurer… de rire.

Texte publié dans Urbania