C’est de votre faute!

La corruption, les politiciens minables, les millions perdus, les projets qui n’aboutissent jamais, le système de santé défaillant, les écoles en ruine, les trottoirs qui coûtent des milliards, les ponts qui tombent en lambeaux, les soupers de conspirateurs au très privé 357C… Tout ça, c’est à cause de vous! Et quand je dis vous, je reconnais que c’est aussi un peu à cause de moi. Un peu.

On les a laissés faire. Dans certains cas, on a même voté pour eux. On les a mis en place, on les a regardés zigonner, magouiller, comploter. On a même fermé les yeux.

Pourtant on savait. À moins d’être aveugle, sourd ou mort, on se rendait bien compte que les milliards de dollars d’argent public n’allait pas seulement dans le bitume, le béton, les trottoirs, les tuyaux, les services, le génie des ingénieurs, la vision des élus, la sueur des cols bleus. On savait qu’il y en avait qui s’échappait. On ne pouvait pas ne pas savoir qu’il y avait un peu de nos impôts qui finissaient dans la rénovation des monster houses de quelques mafieux de banlieue, dans l’aménagement paysagé des somptueuses maisons à 1 $ de quelques fonctionnaires sans scrupules ou dans la campagne de quelques politiciens véreux. Il fallait être naïf pour penser que nous en avions pour notre argent et que chaque cent de nos taxes et de nos impôts servait à faire le travail pour lequel il était destiné.

Mais ça ne nous dérangeait pas. On a continué de voter pour eux (quand on allait voter) ou de ne pas voter pour eux (quand on n’allait pas voter parce que de toute façon, on préfère s’en laver les mains et qu’il y avait quelque chose à la télé ce jour-là).

Il y en a même parmi vous (parce que moi, non) qui ont élu à répétition pendant près d’un quart de siècle le maire Vaillancourt. Il y en a aussi parmi vous (parce que là encore, moi, non) qui ont voté et revoté pour le pauvre Gérald Tremblay et son équipe. Et, comble de malaise, il y en a toujours parmi vous (parce que là évidemment, moi, non) qui ont remis le couvert pour les sbires du clan Charest, les collègues de Michelle Courchesne et de Line Beauchamp qui, elles, se sont éclipsées à temps, et ce, malgré le fait que nous savions tous qu’ils s’acoquinaient avec des gens douteux.

C’est ce qui s’appelle de la paresse, du laisser-faire, de l’inaction. Nous étions en quelques sortes les victimes consentantes de leurs forfaits. Nous étions les complices des vols qu’ils commettaient sous nos yeux, dans nos portefeuilles.

Mais que voulez-vous, tant qu’on ne nous coupe pas l’Internet, qu’on ne bloque pas notre pont ou qu’on ne nous prive pas de notre Timatin quotidien, nous n’avons pas de vraies raisons de nous plaindre.

Et ce n’est pas en regardant avachi la navrante comédie de la commission Charbonneau qu’on va commencer à changer quelque chose.

C’est en prenant en main notre devoir de citoyen. En talonnant de questions nos élus. En surveillant leurs actions. En participant aux outils démocratiques mis à notre disposition. En assistant aux assemblées publiques. En allant voter massivement. En écrivant tout haut que c’est fini le temps béni du bar ouvert pour tous les esprits pervers.

Mais ça, je sais, c’est fatiguant, ça demande du temps, ça exige de s’impliquer. C’est tellement plus facile de les laisser faire.

Texte publié dans URBANIA

La ville aux cents clochers

En fait, c’est bien plus de cents clochers que compte Montréal. Il suffit de grimper sur le Mont-Royal et d’essayer de les additionner. Il y a des clochers au Nord, au Sud, à l’Est, à l’Ouest, à perte de vue jusqu’à l’infini de la ligne d’horizon et même au-delà.

Bien sûr, il y a moins de monde dans les églises qu’autrefois. Mais selon le dernier recensement, il y aurait tout de même encore plus de 500 églises sur l’île de Montréal. Faites le calcul. Certaines ont deux, voire trois clochers. Ce qui fait que Montréal pourrait facilement s’enorgueillir d’être plutôt la ville aux milles clochers.

Ma dernière chronique urbaine pour Habiter Montréal. La suite ici.

La saison des démarreurs à distance

Des voitures qui démarrent toutes seules, des chars vides qui fument devant l’entrée d’une école, des moteurs qui tournent au ralenti pendant que le chauffeur sirote un café au café, fait son épicerie à l’épicerie ou accomplit son devoir conjugal dans le lit de sa maîtresse. On en voit de plus en plus. Encore une belle innovation technologique qui simplifie la vie… et enfume l’avenir.

Combien de fois faudra-t-il vous le dire. Ça ne sert à rien de faire tourner le moteur V6 de votre VUS alors que vous n’êtes pas dedans. Même le site du ministère du développement éphémère, de l’environnement anéanti et de l’après-midi d’un faune le dit: «le moteur ne devrait pas tourner plus de dix secondes quand l’auto est immobilisée».

Dix secondes! Pas dix minutes! Pas une heure! 2 x 5 secondes maximum!

Si le gouvernement le dit…

Prévoyant, il ajoute que si vous êtes prisonnier dans un embouteillage, vous ne pouvez pas faire autrement que de laisser tourner votre moteur en attendant que le pont débloque, que cet *(•)?$@!## devant vous démarre ou que vous tombiez en panne d’essence. Pendant que vous poireautez sur la 40, bloqué entre un truck immatriculé en Ontario et un Hummer jaune de 2004, c’est l’occasion de méditer sur les vertus du co-voiturage, du train de banlieue, de l’autobus ou du métro.

Il y a chaque année 60 000 voitures de plus à Montréal! Pas soixante! Pas mille! Mais bien soixante milles! Et combien de nouveaux malades du démarreur à distance?

Pendant ce temps, on parle de smog au dessus de Montréal, on apprend que notre planète bleu pâle vient de battre le record absolu de gaz à effets de serre dans l’atmosphère et il y a encore des bien-pensants pour penser que le principe de précaution et l’inquiétude face à l’avenir ne sont juste que des questions de snobisme.

Si vous avez peur que vos fesses prennent froid, mettez donc un caleçon molletonné, un pantalon fourré en peau de mouton ou alors déménagez en Floride… on y roule confortablement… surtout depuis qu’on a inventé l’air climatisé à distance.

Texte publié dans le Huffington Post

Chroniques montréalaises

Depuis quelques semaines, je promène aussi ma plume sur le site Habiter Montréal.

J’y raconte les petits plaisirs de vivre à Montréal, les parcs qui sont partout, les services qui sont à deux pas, les pistes cyclables, les activités en famille, les petits commerçants, les voisins, les amis, la nature qui n’est jamais loin, la frénésie de la ville, les musées, les petits habitudes, le temps qui passe, les saisons qui habillent la métropole, la qualité de vie, l’Amérique en français, les quartiers multiethniques,…

J’y promène mon regard de touriste permanent. Je respire l’âme de la ville. J’observe la vie qui va au rythme du quotidien. je déambule avec les Montréalais, je suis un Montréalais.
Vous pouvez vous balader avec moi en allant sur le site habitermontreal.com

Abri tempo: attentat à la laideur.

Chaque hiver, ils sont de plus en plus nombreux. Ils avaient d’abord envahi la campagne et les banlieues, ils sont désormais aux portes de la ville, à Saint-Léonard, à Cote-des-Neiges, à Pierrefonds. Sans égard pour leurs voisins esthètes, les amateurs d’abris Tempo installent leur maison de plastique sale avant les premières gelées et ne les enlèvent qu’au printemps bien ancré.

L’abri Tempo est à l’image de notre société: il protège peut-être nos acquis, mais il camoufle surtout notre manque de goût.

Aussi important que la piscine hors-terre en été, les squelettes gonflables à l’Halloween ou les pères Noël en plastique du temps des fêtes, l’abri Tempo est l’archétype d’une certaine réussite sociale: celle de la paresse. Tout pour se simplifier la vie. Et tant pis si c’est laid, si c’est fabriqué dans une contrée lointaine ou si ça finira sa vie dans un site d’enfouissement d’ici trois ans.

Certaines municipalités avisées demandent à leurs concitoyens d’avoir un permis pour changer les fenêtres vétustes de leur habitation, un permis pour couper un arbre qui menace de s’écraser, un permis pour refaire les briques de la façade, un permis pour se stationner devant la maison et un permis pour rénover un logement insalubre. Mais elles permettent à n’importe quel bâtisseur de laideur d’installer son campement de fortune devant son entrée de garage. Tout ça pour le bien-être de son automobile! Il y en a qui prennent moins soin de leur animal de compagnie ou de leur enfant!

L’invention de l’abri Tempo est aussi révolutionnaire pour notre société que la découverte de la chasse d’eau qui flushe toute seule, l’invention des portes automatiques ou la création de l’escalier mobile.

Est-ce si compliqué si on a si peur des intempéries de construire un joli garage agencé avec goût à l’architecture de sa maison?

Les abris Tempo transforment les plus beaux quartiers résidentiels en bidonvilles de banlieue.

Est-ce si difficile de prendre une pelle pour dégager votre précieux driveway?

Les abris Tempo ramollissent le cerveau de leurs propriétaires qui ne se sont jamais demandés comment faisaient leurs ancêtres.

Est-ce si terrible de prendre un balai pour déneiger votre porte d’entrée?

Les abris Tempo réussissent à déconnecter leurs propriétaires des joies de l’hiver et de la réalité québécoise.

Ne pouvez-vous pas mettre votre gros manteau pour marcher jusqu’au prochain arrêt d’autobus ou la plus proche station de métro?

On taxe le travail, le vin et l’amusement, pourquoi ne taxerait-on pas la laideur?

Texte publié dans le Huffington Post

Mourir pour la patrie

Vous avez entendu parler du soldat inconnu? Ceux qui le connaissent ne savent pas qui c’est. Et ceux qui l’ont connu ne se sont pas manifestés pour le reconnaître. C’est le plus illustre inconnu au monde. Le plus célèbre anonyme mort sans savoir ni pour qui ni pourquoi. Mais qui sur terre sait les raisons de notre trépas. Aujourd’hui, c’est la fête de l’inconnu, je vous le rappelle (et c’est pour ça que ça s’appelle le jour du Souvenir).

Ni tout à fait lui-même, ni tout à fait un autre. Le soldat inconnu est un corps mort que personne ne réclame. Un homme sans passé, un être sans avenir. Une star sans visage. Une vedette sans musicographie.

S’il avait été connu, le soldat ne serait pas devenu inconnu. Il n’aurait donc pas eu le privilège de devenir presque aussi célèbre que Céline Dion de son vivant.

Plus connu de sa mort que de sa vie, il a réussi parce qu’il s’est fait éliminer. Comme dans Star Académie ou Occupation Double.

Dans une société où le rêve des petites filles n’est plus de sauver le monde ou d’enseigner aux enfants, mais de triompher sur les ondes de TVA un micro à la main et une larme à l’œil, la célébration de l’inconnu est peut-être une solution à la dictature du vedettariat.

Pourquoi n’y aurait-il pas un Felix du chanteur inconnu? Un Oscar de la comédienne anonyme? Un Gémeaux de la série oubliée? Un Golden Award de l’employée de bureau invisible? Un Prix du citoyen effacé? Une médaille du mérite de celui qui n’a rien fait, rien vu, rien entendu et, surtout, rien dit?

Parce que, qu’on soit soldat, chanteur, plombier, comédien, staracadémicien, fonctionnaire corrompu, humoriste diplômé, plumitif excessif, boulanger les mains dans la farine, péquiste, pelquiste, caquiste, québecsolidariste, oniste ou pape, on gagne tous à être connu.

Texte publié dans le Huffington Post.

L’Amérique que j’aime

Trève de cynisme! Au diable le défaitisme! Avant-hier, nos voisins étatsuniens ont réélu Barack Obama. Par la peau des fesses, il est vrai. Mais ils ont quand même choisi sa vision démocrate plutôt que la mormone et conservatrice de son adversaire républicain.

C’est l’Amérique que j’aime qui a gagné. Celle qui va de l’avant, qui ne regrette rien mais qui veut se réinventer. L’Amérique des nouveaux défis, des rêves éveillés et des horizons infinis.

Celle des cheveux longs, des chemises qui sortent du pantalon, des chansons autour du feu l’été sur une plage du Mass., des liquor stores, des State Parks, des trails dans les Green Mountains. Celle des petits villages du Vermont, des routes qui serpentent entre les montagnes du New Hampshire, des petites plages cachées du Maine. Celle des trottoirs bondés de New York, du Capitole, de la Maison Blanche et des avenues solennelles de Washington. Celle des autoroutes qui se perdent jusqu’à l’Océan Pacifique, des villes sacrifiées du Michigan, des rues de San Francisco, des fermettes de Pennsylvanie.

L’Amérique de toutes les couleurs. L’Amérique des Blacks, des Latinos, des gays, des lesbiennes, des fumeux de pot, des geeks, des astronautes, de Philip Roth, de John Irving, de Paul Auster, de Halle Berry, de Scarlett Johansson, de George Clooney. L’Amérique de toutes les religions, du brassage des cultures et du mélange des genres.

Pas l’Amérique pâle et étriquée qui se plie devant Dieu et se range derrière une interprétation exigüe d’une Bible poussiéreuse. Pas celle des guerres impérialistes et de la peur de l’autre. Pas l’Amérique bien coiffée, au garde à vous et trop boutonnée.

L’Amérique de la jeunesse désordonnée et optimiste. L’Amérique accessible. L’Amérique qui aime le monde.

Tout n’est pas rose dans cette Amérique bleue tachée de rouge. Tout n’a pas été merveilleux. L’économie mal menée (oui, en deux mots), le grand écart entre les ultra-riches et les hyper pauvres, la dette abyssale, la délocalisation des emplois, la faillite des énergies fossiles, l’immigration anarchique, les guerres oubliées,…

Mais Barack Obama a le don de redonner l’espoir. Et c’est avec l’espoir qu’on traverse des déserts sans eau, qu’on atteint la lumière au bout du tunnel, qu’on touche à l’inaccessible étoile.

Aujourd’hui, l’Amérique des États-Unis est remplie d’espoir et veut aller de l’avant.

Si au moins ça pouvait inspirer ces autres Américains qu’on appelle Canadiens et qui sont englués dans le conservatisme obscurantiste et rétrograde du Harperland.

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Texte publié dans Urbania