Viser la poubelle

50f6d00b8e08c_largeJe me demande des fois pourquoi il y a des poubelles dans les rues de notre bonne ville de Montréal. Il y en a qui trouvent qu’elles sont dans leur chemin, d’autres qui pensent qu’elles ne servent à rien, d’autres encore qui sont persuadés que c’est une extension du site d’enfouissement.

L’administration du Plateau Mont-Royal (vous savez, ce quartier peuplé de vedettes qui déclenche les passions sur les réseaux sociaux et l’hystérie des radios… poubelles, qui fait l’objet d’une série télé tragi-comique, que les Français ont décidé de coloniser et que les revues branchées du monde entier nous envient), l’administration du Plateau Mont-Royal disais-je donc avant de vous rappeler l’importance médiatique de cet arrondissement, a pris la décision, «pour des raisons de propreté» (sic), de laisser 650 poubelles dans les rues en hiver.

Avant que le maire Ferrandez et ses collègues décident de laisser toutes les poubelles publiques à la disposition des citoyens 365 jours par an, il fallait, dès que la bise fut venue, jeter nos vieux papiers par terre, cacher nos canettes vides sous les voitures, glisser nos tasses Tim Horton usées dans le caniveau et enfouir discrètement le petit sac plastique rempli du caca de notre chienchien dans le tas de neige de notre voisin.

Désormais, été comme hiver, il y a donc des poubelles pour les ordures (et là, je ne parle pas de ceux qui cochonnent la ville, mais des cochonneries qui échappent au sens civique).

Il me semble que des poubelles toute l’année, c’est plutôt une bonne idée, surtout dans notre société du prêt-à-jeter.

Pourtant on dirait que non! On dirait que certains n’ont pas compris l’utilité de la poubelle et les raisons de son existence.

Quand on examine le contenu d’une poubelle de rue, c’est la vie urbaine qui s’étale sous nos yeux : emballages et suremballages, vieilles frites froides, boissons gazeuses, bouts de cigarettes, journaux froissés, parapluies cassés, mitaines perdues, bidons de lave-glace, vomi séché,…  On devrait applaudir l’invention de la poubelle et remercier ceux qui les vident pour qu’on puisse les remplir.

Cependant, à cause d’un certain nombre de cochons et de brutes inciviques, les poubelles publiques, au lieu de favoriser la propreté, débordent d’immondices.

Les passants paresseux y pitchent leurs restants de McDo sans se soucier si ceux-ci vont atterrir dans le panier ou à côté.

Les manifestants en mal de visibilité y mettent de temps en temps le feu.

Les citoyens inciviques y déversent leurs déchets de constructions, leurs morceaux de meubles Ikea en ruine, leurs ordures de la semaine, leurs vieux vêtements sales…

Les chauffards de déneigeuses pressés les percutent et les démolissent avec la précision d’un missile Scud.

Les étudiants insouciants les bourrent de cartons de pizza extra-large et de canettes recyclables.

Faut-il un mode d’emploi pour savoir se servir d’une poubelle ?

Il est vrai que quand la ville ressemble à un dépotoir géant, on se demande pourquoi installer des poubelles…

À qui la faute ?

À ceux qui ne savent pas viser une poubelle avec leurs déchets ? Ou à ceux qui savent la viser avec leur déneigeuse de trottoir ?

Texte publié dans URBANIA
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