Je voudrais être sénateur

TrouduJe voudrais avoir un fauteuil sur lequel pouvoir m’assoupir pendant les heures de bureau. Être grassement payé à siéger. C’est-à-dire être payé à rester assis. Être tout aussi grassement payé à ne pas siéger. C’est-à-dire être payé à ne pas être là.

Je voudrais être sénateur, parce que gouverneur général, ça ne fait pas très sérieux et c’est déjà pris.

Le gouvernement hyper-conservateur et ultra-réactionnaire de Stephen Harper nous avait promis de réformer le sénat et, dans nos rêves les plus fous, de l’abolir.

Depuis ses fausses promesses, Stephen Harper a nommé en catimini une flopée de loosers ramollis et un ramassis de nobodies inutiles.

Les récentes frasques du brouillon et bouillant sénateur Brazeau nous rappellent la pesante inutilité de cette antique institution de planqués bien payés.

Je parie que vous ne vous rappeliez même pas que notre premier ministre avait nommé, à la suite de leurs cuisantes défaites électorales de 2011, Josée Verner, Larry Smith et Fabian Manning au Sénat. Nommer au Sénat des gens que la population a rejeté démocratiquement, c’est comme servir les restes d’hier dans la soupe d’aujourd’hui. Ça passe mal. On rote, on vomit. Puis on oublie.

Si Stephen peut nommer n’importe qui au Sénat, il peut très bien me nommer moi aussi. Ne suis-je pas n’importe qui?

C’est pourquoi, mesdames et messieurs les fonctionnaires, monsieur le premier ministre, Monsieur votre Honorable gouvernail général et autres têtes couronnées concernées, je propose ici ma candidature officielle à titre de sénateur. Une candidature tout ce qu’il y a de plus sérieux, vous me connaissez, je ne ris jamais.

Quand je serai sénateur, je promets de ne pas ronfler. D’ailleurs, je ne ronfle jamais, sauf quand j’ai un verre dans le nez. Je promets donc de ne pas aller au Sénat bourré. Je promets aussi de ne pas battre ma femme, sauf au Scrabble. Quand je serai sénateur, je promets également de ne plus écrire de bêtises dans les blogues et de faire tous les jours ma prière à la Reine du Canada. Quand je serai sénateur, je promets enfin de prendre du ventre et d’avoir des cheveux blancs comme mes condisciples.

Je rappelle que le salaire d’un sénateur est de 130 000 $ par année, à peine plus que celui d’un chroniqueur de la vie ordinaire comme votre serviteur. Cependant le sénateur n’a pas à se creuser les méninges pour trouver des idées qui vous amuseront, il n’a pas non plus à serrer des mains moites pour se faire élire et il peut, par dessus le marché, avoir une autre job tout aussi payante pour arrondir ses fins de moins de pauvre sénateur.

Photo: Le député Trudeau et le sénateur Brazeau lors d’une joute qui a ridiculisé leurs fonctions.

Texte publié dans le Huffington Post.

Publicités

Vous me faites peur

IMG_1079Quand vous conduisez votre auto d’une main et que vous textez de l’autre, vous êtes un tueur. En puissance. Quand vous laissez tourner votre moteur pendant que vous faites vos courses dans un hypermarché, vous êtes un meurtrier. À petit feu. Quand vous remplissez vos poubelles n’importe comment de n’importe quoi, vous êtes encore un criminel. Qui s’ignore.

Le plus grand danger pour la terre, c’est l’homme. Le plus grand péril pour la nature, c’est l’homme. La plus grande insécurité pour la femme, c’est l’homme. Le plus grand prédateur de l’humanité, c’est l’homme. Le plus grand danger pour le Canada, c’est Stephen Harper, mais ça c’est un autre problème.

Pas besoin d’une guerre, d’un ouragan ou d’une épidémie pour que l’homme se conduise comme un singe, un cochon, un chien ou un rat. C’est à croire que la civilisation est un accident de parcours et que « le manuel de savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis » est un livre de science-fiction né dans l’imagination d’un humoriste malveillant.

C’est en troupeau que l’homme se conduit le plus comme un animal. Bien sûr, toutes les bêtes ne sont pas des dangers publics et des prédateurs sournois. Il existe en effet des animaux très gentils. Facebook est plein de photos de chats mignons comme tout.

Mais observez vos congénères (oui, je sais, c’est la même racine que dégénéré, à un con près). Ils font peur au volant de leur char d’assaut. Leurs manières inquiètent, leurs habitudes de consommations effrayent et leurs coutumes télévisuelles consternent (Constatez-le en regardant le top 10 des émissions les plus regardées : 1 « La Voix » avec près d’un million et demi de fidèles, 2 « La Poule » presqu’un million, 3 « Fidèles au poste » à peine moins).

Il y a des choses pires dans la vie… On pourrait avoir un Bureau de la liberté religieuse à la place d’un Bureau de défense des droits et libertés.

Texte publié dans le Huffington Post

Le printemps à l’envers

5125c29be150c_largeIl y a un an, et un peu moins… Rappelez-vous… Les prémisses d’un printemps hâtif, des étudiants en ébullition, Line Beauchamp en mode écoute, un gouvernement autoritaire en perte de contrôle, une police sur les charbons ardents, le maire de Montréal dépassé par les événements, des bouffées de chaleur avant l’heure, des leaders étudiants inspirés, une équipe de hockey en perdition, des fans sur le bord de la dépression… Et aujourd’hui?

Aujourd’hui, on est à la veille du sommet tant réclamé sur l’enseignement supérieur.

Plus personne, en tout cas pas moi, ne comprend les véritables enjeux supérieurs de l’enseignement.

Line Beauchamp est en mode faire pitié dans les magazines à potins.

Jean Charest n’est plus là. Et on ne s’en porte pas plus mal.

On ne se demande même pas ce que devient l’ex-ministre Courchesne.

L’agent Trudeau, mieux connue sous le matricule 728, après avoir pété au moins un plomb ou deux et violenté plusieurs quidams, après avoir passé quelques semaines de congé forcé mais payé, se fait arrêter par ses collègues non pas pour « avoir pété au moins un plomb ou deux et violenté plusieurs quidams », mais on ne va pas bouder notre plaisir.

Les étudiants étudient.

Les associations étudiantes étudient leurs dossiers pour le sommet sus-nommé.

L’ASSÉ étudie une façon de se faire remarquer et n’a pas encore trouvé mieux que le boycott, à ne pas confondre avec la grève, quoique…

Le nouveau ministre de l’éducation supérieure étudie en accéléré le manuel du parfait politicien.

Il y a plein de neige. Et ça donne envie d’aller skier.

GND, mieux connu sous le nom de Gabriel Nadeau-Dubois, fait désormais des clowneries dans des émissions de radio.

Le maire de Montréal n’est plus maire de Montréal.

Et le Canadien est en tête de la conférence de l’Est.

C’est vraiment le printemps à l’envers.

Texte publié dans Urbania

Marre de faire ma part!

5112e5de53583_largeLassitude. Février sans doute. Retour des taxes municipales. Saison des REÉR. Impôts qui pointent à l’horizon. Désir de Sud. Rêve de printemps. Il y a des jours et des moments où on en a assez de se casser le cul, assez de se dépenser, assez de vider sa vie alors que de toute façon, c’est la mort qui nous attend. Envie de farniente. Envie de se laisser aller. Envie de laisser faire, envie de ne rien faire, envie de profiter. Envie. Comme les autres.

Je sais, il y a peu, je vous disais qu’un petit effort, ça ne faisait pas de tort, surtout pour atteindre la beauté. J’écrivais aussi sur le civisme. Je trouvais que les gens n’en faisaient pas assez. Qu’un peu d’attention dans ce monde à l’abandon ne faisait pas de mal.

L’épuisement a eu raison de ma raison. Trop donné. Trop recyclé. Trop composté. Trop pelleté. Trop bossé. Trop pensé à votre avenir au lieu de penser à notre présent. Désormais, je fais comme tout le monde. Et puis tant pis pour demain.

C’est vrai, quoi. À quoi bon composter quand on paye des taxes pour remplir des camions poubelles. Pourquoi s’évertuer à faire du vélo l’hiver alors que ce serait tellement plus simple de prendre son auto. Et puis, d’ailleurs, pourquoi garder si longtemps cette petite Toyota Echo alors qu’un VUS de l’année serait tellement plus confortable et drôlement plus « m’as-tu-VUS ». À propos de confort, c’est le moment de se mettre aussi au démarreur à distance. Y a pas de raison qu’on se gèle le cul et les couilles alors que le voisin fait tourner le moteur de son Audi chaque matin.

Les Yolos ont raison. Les Yolos, vous savez, ces adeptes de la secte You Only Live Once. Tant qu’à vivre une fois, autant vivre n’importe quoi, n’importe comment.  L’important, c’est de le vivre, non ? Et en plus, c’est rigolo.

Les générations futures ? Mais qu’est-ce que vous pensez que ça me fait, les générations futures ? Je ne serai même plus là pour les entendre gémir. Vous non plus, d’ailleurs, vous ne serez plus là.

Autrefois, on disait « Après moi, le déluge ! ». Ça, c’était bien avant les menaces climatologiques qui pèsent aujourd’hui sur le moral du citoyen moyen qui n’en peut plus de faire des petits gestes pour la planète alors que les sables bitumineux, les grosses industries sales et les embouteillages le matin.

Marre de voir les profiteurs profiter, les pollueurs polluer, les magouilleurs se pavaner à la télé, les escrocs nous crosser et les voleurs vivre avec opulence dans le confort insolent de leur conscience absente. Marre de la commission Charbonneau et de son chapelet de brigands contrits qui retournent chaque soir chez eux siroter leurs pots de vin millésimé. Marre d’un autre printemps qui finira lui aussi dans un parking de centre d’achat. Marre des conservateurs qui prennent les Canadiens pour des cons. Marre des cons qui sont cons.

Si je continue, je vais devenir cynique.

Mais avant, j’écoute encore ma fille qui joue du Mozart et puis je m’inquiète parce que fiston qui s’est rentré un exacto dans la main n’est toujours pas revenu de l’hôpital.

Tiens, ça me rappelle que les générations futures habitent déjà dans ma maison… Je vous laisse, parce qu’il faut que je sorte le compost, que je trie le recyclage, que je fasse ma part,…

Texte publié dans URBANIA.

Hotel de Glagla?

J’ai passé la nuit à l’hôtel de glace de Montréal. Et j’ai bien dormi. Très bien.

hotelGlaceC’était le cadeau de Noël de ma blonde. Elle qui déteste le froid me faisait là une belle surprise. Elle appréhendait donc bien plus que moi cette nuit et espérait beaucoup que, comme dans la chanson d’Aznavour, je la réchaufferai…

Après une semaine à – 30, quelques jours à + 8, un retour en coup de vent à – 15, il y avait un peu de folie dans le choix d’aller passer la soirée et la nuit au Village des Neiges (« Snow Village » comme dit la publicité car, il ne faut pas se le cacher, se sont surtout des Ontariens, des États-uniens et des Français qui viennent profiter de cette attraction nordique qui nous vient de Finlande) alors qu’à la maison une douillette couette de plumes nous attendait.

Accéder au Village des Neiges n’est pas simple. La signalisation sur l’Île St-Hélène n’est pas ce qu’il y a de plus efficace et clair. Mais après avoir fait le tour de l’île deux fois, nous avons finalement réussi à atteindre la réception de ce mystérieux hôtel figé dans l’hiver.

OK, ce n’est pas aussi facile et rapide que l’inscription à un hôtel de béton, mais une fois les démarches faites, nous avons pu nous diriger emportés par le vent vers le Village des Neiges. Dans la forêt du Parc Jean Drapeau, on a même croisé par hasard un vieil ami qui allait fêter son anniversaire avec des amis au restaurant de glace. L’occasion de se redire que le monde est petit…

IceBarLa température chaotique des derniers jours avait ramolli le terrain. Ça et là, il fallait traverser de grandes flaques d’eau qui se couvraient d’icebergs pour arriver aux portes des immenses igloos qui faisaient office d’hôtel, de bar et de restaurant. Le vent violent avait balayé les décorations et le village ressemblait un peu à un chantier. Au loin, de l’autre côté du fleuve, Montréal commençait sa soirée.

La magie a commencé dès que nous sommes entrés dans le lobby de l’hôtel de glace. Le vent s’est écrasé sur les murs de 10 pieds de neige compacte. Il régnait une ambiance de cathédrale silencieuse et froide. On avait presque envie de chuchoter.

550341_10151307694877633_1597292167_nAu restaurant, les serveurs habillés en moniteurs de ski se sont gentiment occupés de nous. Bien sûr, la sélection de vin n’était pas extraordinaire. Mais le petit rouge que nous avons pris était protégé dans un seau à eau chaude pour ne pas refroidir trop vite. Les plats étaient bons. La table de glace était belle. Le décor était féérique.

Nous sommes retournés à la réception pour chercher nos sacs qui étaient restées bien au chaud et, surtout, suivre le petit briefing pour survivre à la nuit dans l’hôtel de glagla. On se serait presque cru à une formation pour embarquer dans la navette spatiale. Il y avait plein d’indications sur la façon d’enfiler le sac de couchage momie résistant jusqu’à – 30, sur les manières de conserver la chaleur, sur les choses à faire ou ne pas faire pour « survivre« … Je baillais de fatigue. J’avais hâte de m’enfoncer dans mon sac de couchage.

549972_10151309976952633_414489046_nNotre charmante guide nous a offert un verre au bar. Elle espérait sans doute que nous allions faire la fiesta jusque loin dans la nuit. Je n’ai pas eu le courage d’aller me plonger dans le spa et d’affronter le vent. Nous sommes allés retrouver notre chambre et, en suivant les instructions à la lettre, nous nous sommes emmitouflés dans nos sacs de couchage respectifs. La chambre était tamisée de lumières bariolées. Le lit de glace simplement recouvert d’un matelas et d’une couverture de polar. Je me suis effondré de sommeil. Et j’ai dormi comme un bébé.

32164_10151321729637633_252893742_n-1Au lever, un chocolat chaud nous attendait dans le lobby. Le matin pâle et grisonnant donnait à l’hôtel de glace des airs de tas de neige sur le bord de l’autoroute. Un à un les résidents se sont réveillés et ont rejoint le chalet principal pour un petit déjeuner au chaud. En arrivant, l’employé nous a félicité d’avoir « réussi » l’expérience. Nous nous sommes regardés en souriant. Nous n’avions même pas eu froid…