La fin du tout à l’égo?

RobinetOn vient de vivre quelques décennies intenses de je-me-moi-mon-petit-confort-et-mon-gros-char. On voit encore ici ou là quelques nombrils surdimensionnés et des comiques individualistes préoccupés uniquement par le monologue lancinant de leur petite existence. Mais ça achève. Nous entrons dans une nouvelle ère de partage, d’altruisme et de générosité.

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Le plaisir de lire une carte

routeGPSOn ne peut plus se perdre. On ne peut plus prendre les chemins de traverse et se retrouver par hasard ailleurs sans l’avoir espéré. On ne peut plus tourner délibérément à gauche alors qu’on devait aller à droite, revenir en arrière alors que la destination est en avant, s’arrêter au lieu de continuer. C’est la faute au GPS.
Je n’avais jamais essayé de GPS avant mes dernières vacances. Avant le GPS, je dépliais la carte, j’évaluais le trajet, j’imaginais le relief, je planifiais le voyage, je cherchais le Nord, je visais le Sud, j’allais, tel un professeur Tournesol de passage, un peu plus à l’Ouest et puis je me laissais guider par le sens de l’improvisation.

Le voyage se faisait dans la tête avant de se faire dans l’auto. La route était un songe avant d’être une histoire. On connaissait la géographie. On savait la toponymie  On comprenait la géologie parce qu’on comprenait les courbes du chemin. On imaginait les côtes avant de les grimper, on sentait le vent de l’océan avant de voir la mer parce qu’on savait qu’elle était là, derrière les plis de la carte.

Avec les GPS, la destination n’est plus qu’un vulgaire code postal, une adresse, une entrée électronique. Le chemin est un trait rouge jusqu’au prochain carrefour. Le paysage est une série de lignes numérotées. Et on ne sait plus où se trouve la mer parce qu’elle ne rentre pas dans l’écran de la machine.

Ainsi sont les inventions modernes. Elles nous simplifient la vie mais nous éloignent de la réalité.

Dans un monde de plus en plus virtuel, nous appréhendons de plus en plus souvent le monde à travers l’écran de nos appareils qui dépassent l’entendement et surpassent l’intelligence. N’ai-je pas écrit ce billet sur mon iPhone alors qu’autour de moi éclatait la flore exubérante de la nature californienne?

Mais il faut que je sois honnête (ne l’ai-je pas toujours été avec vous?), au lieu de chercher le nom de rues de L.A. dans l’infini bétonné de la mégalopole californienne, au lieu de demander mon chemin à un de ces nombreux sans abri qui quêtent sous le soleil, au lieu de m’engueuler avec ma copilote au risque de voir nos chemins se séparer, je me suis fié à mon nouvel ami. Il est un peu frette et il a la voix monocorde d’un Justin Trudeau d’ascenseur, mais lui, il ne se trompe jamais.

Et il m’a laissé le loisir de regarder les fleurs dans le paysage et la vie qui défile sur le bord de la route.

Texte publié dans Urbania

Amours illégales

BaiserGayIl y a un temps que les moins de deux fois vingt ans ne peuvent pas connaître. Celui où les homosexuels étaient considérés comme des délinquants sexuels, des déviants et des malades mentaux. Il y a en effet à peine un peu plus de 40 ans qu’une loi décriminalise les relations sexuelles entre personnes de même sexe au Canada.

44 ans exactement. Avant le 14 mai 1969 et l’adoption du « bill omnibus », aimer une personne de son sexe était punissable par la loi. On appelait ça « attentat à la pudeur ». C’était le Moyen-Âge. Vous ne pouviez aimer ni qui vous vouliez ni comme vous le vouliez. Que dis-je, le Moyen-Âge, c’était la préhistoire, quoiqu’à la préhistoire on s’aimait sans se faire juger par la société… Avant 1969, il était tout simplement interdit de laisser le cœur guider vos gestes et dicter vos élans. Vous étiez coupable d’aimer quelqu’un de votre genre, vous étiez condamnable et souvent même condamné.

Aujourd’hui, les gais peuvent se marier, même en France (quoique sous les quolibets violents des masses puritaines; mais au moins ce n’est plus un crime). Et tant mieux, sinon plus personne ne se marierait.

40 ans, ce n’est pas long à l’échelle de l’histoire du monde, demandez à un quinquagénaire ce qu’il en pense. Il serait si facile de retomber à l’époque où les homosexuels devaient se cacher dans les garde-robes pour échanger des serments et des fluides. Il suffirait de presque rien pour que les gais ne la trouvent plus drôle.

Regardez ce qui s’est passé en France avec le mariage pour tous. Et imaginez tout ce que le gouvernement Harper pourrait défaire qu’il n’a pas encore détruit. Il pourrait très bien décider demain de s’attaquer à l’amour comme il s’attaque déjà à la liberté ou à la culture. Avec ses copains créationnistes, il n’est pas loin de replonger dare-dare le pays dans ces temps antédiluviens où il fallait aimer avec une pomme dans une main, une feuille sur le sexe et un serpent autour du cou.

Si le 17 mai, c’est la journée mondiale contre l’homophobie, c’est parce que malheureusement l’homophobie existe encore, ici, comme ailleurs.

C’est pourquoi il faut chaque jour être vigilant.

Nous vivons une époque formidable où chacun a gagné un peu plus d’égalité et un peu plus de liberté. Ne l’oublions pas et ne laissons pas les grincheux, les petits boss, les vieux cow-boys et les grandes gueules faire la loi.

Texte publié dans le HuffingtonPost

Nids-de-poule: l’invention du mouvement perpétuel

antiÀ chaque printemps, les rues de Montréal présentent le même paysage de désolation qui rappelle plus facilement les champs de bataille de la guerre de sécession ou les tranchées de 14-18 que les artères d’une ville dynamique du XXIe siècle.
Non seulement la ville est dans le trou à cause de manipulations en haut lieu, de malversations minables et de détournements sans fin de fonds publics vers les intérêts privés d’une poignée de malotrus malhonnêtes, mais elle plonge littéralement les usagers de la route dans le trou.

Et si ces nids de poule n’étaient pas le résultat du travail bâclé de quelques ouvriers pressés de rentrer à la maison, mais étaient plutôt le résultat d’une planification bien organisée par le boss des trous*?

Je pose la question.

Imaginez que votre job soit de boucher des trous… Si vous les bouchez suffisamment mal pour qu’ils se débouchent au bout d’un an, vous venez de vous trouver du boulot pour le restant des temps…

Évidemment, ce n’est qu’une supposition étonnée. Vous me targuerez que la météo, le froid, la glace, les fous du volant à bord de leurs chasse-neige géants sont aussi dommageables pour l’asphalte que le travail mal fait de ceux qui le posent.

Mais alors, comment se fait-il que dans d’autres villes tout aussi exposées aux intempéries, les chemins soient mieux pavés que chez nous? Par quelle maléfique magie l’asphalte du Vermont est-il moins friable que celui du Québec?

Avouez que ça tombe quand même bien pour les contracteurs… Tant de trous à boucher année après année. Quelle manne! Quelle chance! Quel filon pour les filous! Le printemps venu, les travailleurs troquent le chasse-neige pour le bouche-trou et leurs patrons continuent inlassablement à facturer le contribuable contrit qui trouve la facture imbuvable mais n’a pas le choix de la payer.

*Reconnaissez que « Le boss des trous » est sans doute le jeu de mot le plus innovant de l’actualité humoristique.

Texte publié dans Urbania