Le plaisir de lire une carte

routeGPSOn ne peut plus se perdre. On ne peut plus prendre les chemins de traverse et se retrouver par hasard ailleurs sans l’avoir espéré. On ne peut plus tourner délibérément à gauche alors qu’on devait aller à droite, revenir en arrière alors que la destination est en avant, s’arrêter au lieu de continuer. C’est la faute au GPS.
Je n’avais jamais essayé de GPS avant mes dernières vacances. Avant le GPS, je dépliais la carte, j’évaluais le trajet, j’imaginais le relief, je planifiais le voyage, je cherchais le Nord, je visais le Sud, j’allais, tel un professeur Tournesol de passage, un peu plus à l’Ouest et puis je me laissais guider par le sens de l’improvisation.

Le voyage se faisait dans la tête avant de se faire dans l’auto. La route était un songe avant d’être une histoire. On connaissait la géographie. On savait la toponymie  On comprenait la géologie parce qu’on comprenait les courbes du chemin. On imaginait les côtes avant de les grimper, on sentait le vent de l’océan avant de voir la mer parce qu’on savait qu’elle était là, derrière les plis de la carte.

Avec les GPS, la destination n’est plus qu’un vulgaire code postal, une adresse, une entrée électronique. Le chemin est un trait rouge jusqu’au prochain carrefour. Le paysage est une série de lignes numérotées. Et on ne sait plus où se trouve la mer parce qu’elle ne rentre pas dans l’écran de la machine.

Ainsi sont les inventions modernes. Elles nous simplifient la vie mais nous éloignent de la réalité.

Dans un monde de plus en plus virtuel, nous appréhendons de plus en plus souvent le monde à travers l’écran de nos appareils qui dépassent l’entendement et surpassent l’intelligence. N’ai-je pas écrit ce billet sur mon iPhone alors qu’autour de moi éclatait la flore exubérante de la nature californienne?

Mais il faut que je sois honnête (ne l’ai-je pas toujours été avec vous?), au lieu de chercher le nom de rues de L.A. dans l’infini bétonné de la mégalopole californienne, au lieu de demander mon chemin à un de ces nombreux sans abri qui quêtent sous le soleil, au lieu de m’engueuler avec ma copilote au risque de voir nos chemins se séparer, je me suis fié à mon nouvel ami. Il est un peu frette et il a la voix monocorde d’un Justin Trudeau d’ascenseur, mais lui, il ne se trompe jamais.

Et il m’a laissé le loisir de regarder les fleurs dans le paysage et la vie qui défile sur le bord de la route.

Texte publié dans Urbania

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