The Wall à Athènes #eurotrip2CV

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Réaction à chaud…
Il faisait 35 degrés au pied du mur. En fait, nous n’étions pas vraiment au pied du Wall de Roger Waters. Mais nous étions parmi les premiers à avoir franchi, fébriles, les portes du stade olympique d’Athènes.
Avec Legoland, le château de Dracula et les grandes capitales européennes, le concert de Roger Waters faisait partie des points forts de notre voyage. Un autre rêve de petits garçons.
À 10 ans, je découvrais Dark Side of the Moon au camp louveteaux. Vers 12 ans, Clovis commençait explorer les musiques et les films de Pink Floyd sur YouTube. Depuis, la musique de Waters, Gilmour et compagnie n’a cessé de nous accompagner.
Les portes ouvraient à 17 h 30. Nous sommes arrivés à 18 h en oubliant que nous étions en Grèce. Presque personne. Après une fouille sommaire (les bouteilles d’eau sont permises, mais pas les bouchons de ces bouteilles???), nous avons pu entrer dans le fameux stade (avec nos bouteilles débouchées). Nous avions l’embarras du choix dans la section 5. Le stade à commencé à se remplir vers 20 heures. Une foule variée, beaucoup de familles, des mamans avec leurs filles, des papas avec leurs fils, des groupes de vieux amis, des gens de toutes les générations.
Le soleil s’est couché derrière les armatures du gigantesque stade. La température à commencé à devenir supportable. Un vent doux a apaisé le feu qui avait mis nos corps en ébullition.
La nuit est tombée et Roger est enfin arrivé.
Les mots me manquent pour raconter le show. Mais, si j’en juge par le nombre d’écrans de téléphones allumés pendant le spectacle, les vidéos ne manqueront pas sur YouTube dès demain. Cherchez « The wall OAKA »
Comme ici ou ici ou ici ou encore ici
Nous sommes rentrés comme de sardines en métro. Puis comme il n’y avait plus de tram, nous avons marché. Ne me demandez pas comment j’ai retrouvé la rue Bosporou dans le labyrinthe du quartier de Nea Smyrni. La musique de Roger Waters jouait dans ma tête.
TheWall
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Athènes, le trip se poursuit #eurotrip

clo2Samedi, notre nouvel ami Savas avait organisé une sortie dans la montagne. Nous avons embarqué à l’arrière du pick up de Tracos et grimpé par des chemins de cailloux vers un haut plateau.
Là-haut, au milieu des forêts, une immense prairie, au loin des chevaux sauvages, une cabane en bois faites de recyclages et de passion, un potager semi-sauvage.
CloGrillades chez Dimokritos, avec Dimitri, Iasonas, Andrea, Savas, Theodosis, Theodoris,… mes nouveaux amis.
Raki » à volonté. Caviar d’aubergines. Champignons grillés ail et citron. Viande grillée à la perfection, saucisses juteuses, salade grecque. Cire d’abeille gorgée de miel comme dessert.
À la nuit tombante, les chevaux sauvages rentrent sagement au bercail. Le Raki coule encore à flot. Tracos somnole dans le hamac. Savas lance des chansons que tout le monde reprend en chœur. La nuit est noire quand on redescend vers Karyofoto. Le village est encore animé.
Dimanche. On se lève pour la messe orthodoxe de papa Basiles, gigantesque armoire à glace accompagnée par le chœur des 4 papis du village. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Tout le monde très reccueilli. On ne comprend rien. On se lève quand tout le monde se lève. On s’assoit quand tout le monde s’assoit. On se relève. On se rassoit.
KagkelarisAprès la messe, les plus fidèles vont prendre un café avec papa Basiles. Mais pas longtemps, car l’imposant père de Savas doit préparer un Baptême.
On repart dans la montagne avec Théo chercher des trucs oubliés chez Dimokritos. On pousse plus loin vers la frontière bulgare. Il y a dans une forêt la rencontre annuelle des Sarakatsanaioi, d’anciens nomades attachés à leurs traditions. Ils ont construit des huttes des bois, ça sent bon le barbecue…
On redescend pour les calamars d’Anna. Un pur délice. Nous avions décidé de partir vers une ou deux heures. Il est près de quatre heures et demi quand nous embarquons pour redescendre vers la mer. Nous sommes dans le beat grec.
Nuit au camping au pied de l’imposant Mont Olympe qui surplombe la mer à près de 3000 mètres. Le lendemain nous visons Delphi par les petites routes qui traversent des vallées plombées par la chaleur et grimpent des montagnes sèches et brûlantes. Détour par une plage, arrêt pour un café frappé, la route serpente entre les champs et les montages. Le camping Delphi se mérite après une journée à bord d’un four à quatre roues. La piscine avec vue sur la mer de Corinthe est parfaite. Le camping perché à quelques kilomètres de Delphi est peuplé de Français et de Hollandais. La nuit sur un sol qui irradie de chaleur est étouffante. L’impression de dormir sur un matelas de soleil.
Lever tôt pour arriver au site archéologique de Delphi avant les autobus. Mission accomplie. Le lieu est chargé du mystère des anciens et du poids de l’histoire. Au musée, les statues aux membres recollés me font penser à Hélène et son fameux fémur brisé. Les archéologues sont les orthopédistes de l’histoire. Et Hélène a un courage digne d’être vénéré comme un dieu grec.
ImageLa route vers Athènes passe par le beau petit village d’Arahova, une pensée pour le resto du Mile End.
Nous traversons des villages endormis, des champs brûlants, des montagnes arides.
Athènes se laisse enfin découvrir entre deux montagnes. Au loin la mer. Des bateaux. Et tout de suite embarquer dans le trafic dense, les motos qui zigzaguent entre les autos, les taxis qui dépassent par la droite, les autobus qui déboitent sans clignotant,… L’Acropole trône au milieu de cette cacophonie. On aperçoit de temps en temps le Parthénon.
Je m’extrais de cette zizanie sur roues, on retrouve le chemin du Pirée.
Je suis les indications que Théo m’a données, un vrai jeu de piste… Je vous laisse juger:
Au bout : à droite Pyree (NON)
À gauche vers Nea Smyrni, Athènes
Centre, Glifada… (On tourne et on longe la mer un peu)
Suivre Athènes centre
Direction Nea Smyrni : tourner à gauche
On est sur Boulevard Syggrou tout droit (3-400 m)
À droite NEA SMYRNI (perpendiculaire) 1er STOP à droite rue Plastira
2ème à gauche Raidestou (y a un kiosque).
Monter tout droit jusqu’à un petit parc.
À droite (place de taxis)
3ème à gauche.
Rond point Platia Vassileos Georgiou Vita. Prendre Viandos (montée la plus rude)
Croisement avec tram.
Traverser Venizelou (feu)
À droite Église. Descendre, monter (100aines de mètres).
Rue Mathitou à gauche, puis 1er à gauche et encore 1er à gauche.
Laisser la voiture au carrefour.
(Scooter bleu, remorque verte, moto couverte d’un plastique blanc)
Je n’ai pas vu la Platia Vassileos, j’ai manqué la remorque verte, mais nous sommes arrivés bon port.
Revoir la maison de la maman de Theo pareille qu’il y a 19 ans. S’installer encore groggy par la route et la chaleur, faire du lavage, inonder le sous-sol, éponger à quatre pattes dégoulinant de sueur, attendre le retour de Theo, manger de souvlakis authentiques au rythme des Athéniens, se coucher dans la cuisine, l’endroit le plus frais de l’appartement…
Mercredi… Ce soir Roger Waters sera au stade Olympique pour jouer The Wall. On y sera aussi.
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Hellas! #eurotrip2CV

hellasHellas! Enfin! Nous voilà en Grèce dans un petit village niché dans les montagnes de Rodope au nord de Xhanti, aux confins de la Bulgarie et de la Turquie.
Pour y arriver, il nous a fallu quitter les plages de la Mer Noire (de monde), les bières bulgares à 1 $ (taxes et service compris), le wi-fi gratuit au bord de mer et le délicieux plat du jour à 4$ du snack bar Sirena. Il nous a fallu rebrousser chemin à la frontière turque parce que nous n’avions pas le visa à 60 $US (X 2) que je ne voulais pas payer pour y passer moins de 3 heures (on devient cheap quand on voyage en Bulgarie…). Il nous a fallu contourner la ligne frontière de la Turquie par des routes de montagnes et des chemins de terre pour passer enfin la douane grecque dans un bled isolé. Il nous a fallu aussi entendre pour la énième fois un douanier nous dire hilare en voyant la 2CV, « Louis De Funès? »
Nous avons tracé pour arriver à la mer Égée avant que le soleil ne soit couché. À l’horizon, l’île de Samotrace et ses 1600 m d’altitude émergeait dans la brume du soir. Au Camping municipal d’Alexandrupolis situé juste au bord de l’eau, un jeune couple de Français qui fait le tour de l’Europe en transports en commun a été, bien entendu, attiré par notre antique Citroën. Comme il fait le tour dans l’autre sens que nous, il nous a conseillé quelques bons spots à ne pas manquer en Croatie et en Slovénie.
On peut suivre leur périple de 4 mois ici: http://canapeetsacados.fr/
Le lendemain, grasse matinée pour Clovis, baignade dans l’eau limpide et fraîche de la mer Égée avant de prendre la route vers le village de l’ami Théo et de sa maman. Petite étape.
Il faut longer la mer, grimper des montagnes, traverser des vallées d’oliviers écrasés par le soleil, se sortir des dédales de la vieille ville de Xhanti, grimper encore, et puis encore. Arriver au village d’Ano Karyofyto au bout d’une interminable côte de 7 kilomètres, demander la maison du pope Basiles dont le fils Savas nous indique finalement la maison de Théo.
theoRetrouvailles avec un ami comme si nous nous étions quittés hier. C’était il y a 19 ans… Manger les aubergines parfumées cuisinées par la maman, boire l’eau de vie maison, savourer les figues du jardin confites, se balader jusqu’à ce que la nuit tombe dans les montagnes où il y a encore des ours, parler avec Théo et Clovis de la vie, du temps qui passe, des difficultés économiques de l’Europe et de la Grèce, de la menace chinoise, de l’usage de Facebook, des néologismes que les nouvelles technologies nous amènent, de la vie des cigales japonaises dont les larves attendent 17 ans avant de se transformer en une seule nuit, s’endormir écrasé de fatigue et rassasié de mille images et autant de souvenirs.
J’oubliais de raconter ce vieux Bulgare de Sozopol qui parle français avec de drôles d’expressions comme « belle lurette » ou « bougrement » et qui m’explique qu’il l’a appris il y a plus de soixante ans d’un prêtre qui avait étudié à la Sorbonne. Cet autre vieux Bulgare qui parle un français très officiel parce qu’il l’a appris lorsqu’il travaillait pour l’organisme centralisé de tourisme des Balkans. Et puis le patron du snack-bar Sirena qui possède une 2CV et me pose plein de questions mécaniques (!) dans son français hésitant mais courageux.
turquieJ’oubliais de parler de ce douanier turc qui agitait nos passeports d’un air menaçant en répétant « Visa », « Visa » sans donner d’autres explications. J’oubliais tous ces travailleurs le long des routes qui s’arrêtent pour nous regarder passer en souriant. J’oubliais aussi ces routes fermées pour cause de travaux sans aucun itinéraire alternatif, ces routes pleines de trous, ces chemins sans issue qui ne dévoilent leur finitude qu’à la toute fin, et, surtout, cette petite route bulgare qui se transforme sans explication en plein milieu de nulle par en une incroyable piste d’atterrissage large de six voies sur deux ou trois kilomètres tout droits pour redevenir, ni vue ni connue, la petite route tortueuse qu’elle était.
2CVombreCe matin, la 2CV se repose sous un arbre. Elle a encore quelques précieuses aventures à vivre. Clovis dort sur le canapé. Le village d’Ano Karyofyto se réveille doucement. Le coq de Théo qui règne sur quatre poules chante à pleine voix. L’alcool d’amandes d’abricot maison fermente au soleil dans d’anciennes bouteilles de jus. Le « ranci » sèche sur des grandes tables disposées dans le jardin. Au loin un chien aboie. Un autre coq enroué répond à celui de Théo. Le camion qui zigzague vers le village fait jouer de la musique dans ses haut-parleurs et annonce… Je n’ai pas trop compris quoi: des calbards vrais? Des Campari pourris? Des calamaras frescas? À la taverna quelques papis sirotent leur café. La journée commence au ralenti.
Le temps s’arrête.
Courgettes et herbes du jardin bouillies arrosées d’huile d’olive maison et de citron, petits poissons frits achetés au poissonnier ambulant (même Clovis les a dévorés), vin bio. On lunche à 15 h, c’est normal. Sieste dans le hamac tendu entre le pommier et le prunier. Ramasser les foins. Arroser les rosiers. Lire à l’ombre. Boire l’apéro avec Savas, le voisin peintre d’Églises orthodoxes.
La nuit tombe. Embarquer avec Théo et Savas, notre nouvel ami. Concert d’Alkinos Iohannidis dans la vallée. Tout le monde connait les paroles. Ce doit être une vedette. Une grosse. Le concert s’étire sous les étoiles. La musique est lancinante, intérieure, mystique. À la fin, la foule s’éclipse dans le calme. Clovis s’endort. Remonter par les routes poussiéreuses qui serpentent dans le noir. S’endormir au son des grillons ponctué par le vieux chien qui aboie encore.
Vivre à l’heure grecque.

Comme deux japonais #Eurotrip2CV

Texte publié dans Urbania le 25 juillet

IMG_5091Faire un tour d’Europe en voiture, même en prenant son temps, c’est un peu comme prendre les commandes d’un autocar de Japonais. Il y a des moments où il faut accélérer le temps si on ne veut ne pas le perdre.

Faire quatre capitales en neuf jours, passer par trois pays le même jeudi, visiter deux châteaux dans la même matinée, explorer l’une des plus belles grottes de la planète en Bulgarie quelques heures après avoir fait le tour de la mégalocapitale de Roumanie, passer de la mer du Nord à la Baltique puis de la mer Noire et à la mer Égée en quelques semaines,… Malgré le vieux moteur de la 2CV, nous n’avons pas beaucoup traîné en chemin.Berlin le 4 juillet, Prague le 7, Vienne le 9, Budapest le 11. C’était un peu fou. Mais même si elles nous plongent dans l’histoire avec un grand H comme dans une carte postale, ce ne sont pas les capitales et leurs attractions touristiques qui permettent de rencontrer vraiment les peuples. On y croise souvent plus d’étrangers que de locaux et les boutiques de souvenirs made in China s’y ressemblent toutes.C’est à Schwerin, un peu après Lübeck, que nous avons croisé l’Allemagne sur le terrain. Celle qui joue au volley bruyamment, celle qui se passionne dans un anglais malhabile pour ma 2CV, celle qui nous salue timidement et nous accueille pour 12 Euros au bord du lac avec vue sur le coucher de soleil, celle des saucisses choucroutes, des bières rafraîchissantes, des desserts noyés dans la cannelle.

C’est à la terrasse du café Usadu dans un quartier de Prague que nous avons goûté à l’âme, et à la bière, Tchèque.

C’est en prenant le tram vers nulle part que nous avons pris le pouls de Vienne, loin des fastes impériaux et des flonflons de la valse.

C’est dans le bas de la ville de Buda, en entrant dans le vieux bain Kiraly Fürdo puant, décrépit et rempli d’habitués que nous avons plongé dans la langueur hongroise.

C’est en traversant à pied la frontière entre la Roumanie et l’Ukraine que nous avons ressenti le poids des décennies communistes.

C’est en mangeant chez Irina dans le petit village de Breb niché dans le massif des Maramures que nous avons savouré l’authentique cuisine roumaine.

C’est sur le ferry qui traverse le Danube entre la Roumanie et la Bulgarie que nous avons partagé la joie de vivre des camionneurs turcs.

C’est dans le camping tout croche aux portes du village hyper touristique de Sozopol que nous avons côtoyé la Bulgarie bruyante et profonde.

Nous sommes les spectateurs du quotidien des pays que nous traversons. Mais, comme deux japonais en voyage, à cause de la barrière de la langue et de la brièveté de notre séjour, nous ne pouvons pas en faire partie.

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Mon fil Twitter tournera au ralenti, mais vous pouvez quand même monter à bord : @pascalhenrard

Je posterai, comme on envoie des cartes postales, quelques images de ce voyage sur Instagram, sur Twitter ou même sur Facebook avec le mot clic #eurotrip2CV

La suite du voyage #eurotrip2CV

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Le 21 juillet, les Belges se faisaient beaux et belles pour l’avènement d’un nouveau roi, comme autrefois.
Nous, nous avons pris la journée relax, comme un dimanche. Balade dans les rues labyrinthiques de Veliko Tarnavo (Велико Търново), l’ancienne capitale bulgare. La citadelle du XIIe siècle est imposante. Les rues en escaliers, les maisons fleuries, la ville bâtie sur des pitons rocheux creusés par les sept méandres de la rivière, au loin la banlieue stalinienne d’immeubles numérotés. Clovis qui joue avec les chats errants. Clovis qui raconte plein d’anecdotes et de choses qu’il a vues sur Facebook ou sur Youtube alors qu’on déambule dans une ville chargée d’histoire. Clovis qui se rappelle tout à coup quelque chose que j’avais complètement oublié.
IMG_5876Et puis la route 4 qui grimpe sans cesse vers Varna et la mer Noire. Les inscriptions incompréhensibles sur le bord de la route. Il faut s’habituer au cyrillique. Arrêt piquenique au milieu de nulle part. Clovis qui déclenche l’alarme d’un bâtiment abandonné en rase campagne en voulant l’approcher. Un autre arrêt près de trois Mig qui trônent le long de la route. Clovis qui grimpe comme si c’était des jouets. Ce sont des vrais.
Au loin la mer Noire qui scintille au soleil de fin de journée. Nous traversons Varna. La ville est grande. La cathédrale est belle. On sort vite de la ville à la recherche d’un camping ou d’une plage. Clovis qui discute avec des policiers. Ils ne connaissent pas de camping, nous envoient vers une belle plage et posent plein de questions sur le 2CV. La route semble aller nulle part. Au bout, Albizia, un petit hôtel tenu par Éric,  un Français. Il n’en revient pas qu’une 2CV soit arrivée jusque là. L’hôtel au prix du camping, ou presque, est juste sur le bord de la plage. En face, un petit restaurant de spécialités locales à prix… locaux aussi. Je me demande bien pourquoi chercher des campings. La calamars sont délicieux.
IMG_4978Le soleil se lève sur la Mer Noire. Une orange suspendue au-dessus du cargo amarré au large. Clovis dort encore. Montréal veille.
J’ai oublié de raconter dans mon dernier texte les cigognes dans les villages de Roumanie, les vendeurs de pastèques le long de la route, les carrioles brinquebalantes qui croulent sous le foin. J’ai oublié Clovis qui dort bercé par le bruit de la 2CV, les petits vieux assis en grappe qui font des grands signes de la main sur notre passage. J’ai oublié tous ces automobilistes qui nous collent au cul pour mieux photographier de près notre étrange véhicule, ces gamins la bouche grande ouverte qui n’en reviennent pas de notre épique équipage, ces pompistes étonnés qui se demande si ça prend de la « benzine ? ».  J’ai oublié les piqueniques saucisse -tomate-pain local et abricot comme dessert.
On voit et on vit tant de choses que je finis par en oublier. Je note. Je photographie.
La route du bord de mer n’est pas au bord de mer. Elle monte, elle zigzague, elle redescend. On vise le Sud. On croise des plages de sable bondées de slaves en vacances. Les anciens petits villages de bord mer décrits dans le Guide du Routard 1992 sont désormais bordés d’immeubles à perte de vue pour accueillir les hordes de corps de touristes. Torremolinos de l’Est. La différence avec les banlieues staliniennes grises que nous avons croisées depuis l’Allemagne de l’Est, c’est que ces tours de béton sont peintes en jaune, en rouge, en rose.
Comme si la liberté n’était qu’une question de couleur.
On s’arrête dans un camping au bord de la plage près de Sozopol, l’ancien village d’Apollonia fondé par les Grecs en 600 avant JC. Dans les toilettes, ça sent déjà la Turquie. Foule  bruyante qui fume sur le sable. La plage est un immense cendrier. Pas un mot dans une langue que nous connaissons. L’impression d’être des extra-terrestres. Et puis, surprise! Quatre jours après le camping Vampire de Bran où nous avions discuté avec des Brits qui faisaient Londres-Oulan Bator en Suzuki Swift, trois de leurs collègues qui participent au même « Rally Mongol » en petite voiture campent ici aussi. Ils pensent arriver en Mongolie dans 4 semaines… Avant que la 2CV n’ait rejoint sa destination finale…
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Le voyage en détails #eurotrip2CV

J’écris pas beaucoup depuis que nous sommes partis.
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Mais ce matin du fin fond de la Bulgarie, j’ai fait le résumé de notre périple. Même pas la moitié… Et c’est déjà long.

Nous avons quitté Bruxelles sous le soleil du 26 juin. Et nous avons fait les premiers kilomètres le toit ouvert. Nous sommes arrivés rapidement à Amsterdam. Nous avons fait un tour de la ville et la sieste dans l’auto avant d’aller chez nos amis Didier et Lonneke.

Conduire Max et Charlotte le matin à l’école en 2CV. Parquer l’auto près du jardin de Didier, balade entre les terrains aménagés en petits paradis d’été tout près de la ville. Location de vélos, balade entre les canaux, visite touristique en bateau, nous n’avons pas fait la file au Rijksmuseum, mais nous l’avons regardée s’étirer sur les pavés devant la belle bâtisse, passage obligé dans le Red Light, minuscule restaurant javanais le midi, musée de la marine en passant. Le soir, souper en Famille et puis vélo encore avec Didier alors que la nuit grise enveloppait la campagne des Polders aux portes de la ville.
Départ vers Marken, mignon village sur une presqu’île, petites routes vers la côte Nord, le ciel est gris encore, balade dans Leeuwaarden. Nuit sous la pluie dans une ferme à Wedde. 12 Euros (avec 2 bières!)
Route sous la pluie, encore, à travers l’Allemagne. Il fait trop mauvais pour camper à Bremen. On continue vers le Nord. Petit tour dans Flensburg et son port. Nuit au Camping au Danemark, de l’autre côté de la frontière.
Billund enfin. 3 nuits de camping entourés de camping-car d’Islande, de Finlande, de Norvège,…
IMG_5544Legoland, comme dans notre rêve. Deux jours au parc d’attraction. Émotion. À côté, le village de Billund vit par et pour Lego. Balade dans les campagnes environnantes. De belles petites églises mais sinon pas grand chose.
Route vers Schwerin (D) le long de la Mer Baltique. Arrêt à Lübeck, les portes de la ville, visite de l’imposante cathédrale. Des restes de l’Allemagne de l’Est en chemin.
Camping au bord du lac de l’autre côté de Schwerin: 12 Euros. Clovis joue au volley avec des Allemands.
Vers Berlin, arrêt dans un bled. Apotheke pour le mal de dos + Quincaillerie pour une poêle et une bonbonne de gaz. Rencontre avec les gens qui se demandent ce qu’on fait dans leur village.
BerlonBerlin: saucisses cury, visite du Zoo, chambre dans un bateau sur le Spree le long du fameux mur, vue sur le Oberbaumbrücke. Le lendemain, billet de journée en métro, mémorial de l’Holocauste, porte de Brandeburg, Reichstag, Gendarmenmarkt, répétition de l’orchestre (Verdi) en plein air, ancien Ministère de l’aviation, topographie des terreurs, Postdamer Platz, musée des communications, Check Point Charlie, Alexander Platz, contrôle dans le métro… arrêt par les contrôleurs parce que Clovis a composté son billet deux fois, finalement ils nous relâchent mais non sans nous faire la leçon. Île des musées, concert de violon sous les colonnes, bière dans un strandbar, quartier Hipster (August Strasse dans Mitte) Clärchens BallHauss, métro, marché Turc, souper dans un quartier de Berlin Est, Raw Temple, usines désaffectées, mur d’escalade, cafés, skate park, graffitis etc.
Au moment de quitter Berlin, le mal de dos s’est transformé en Lumbago. Immobilisation. Docteur. Deux jours coincé. Clovis se balade dans les alentours. Heureusement, il y a le wifi. Upgrade pour la quatrième nuit dans une cabine 1ère classe. 60 $ x 4 nuits.
Dresden en passant, et puos enfin la république tchèque. Villages défigurés par les HLM. Prague. Visite guidée avec Adrien Beauduin, un expert. Trajets en métro, resto plats typiques, bières… Lumbago le matin. Encore.
Apotheke en chemin dans un village autrichien, ceinture chauffante. Ça fait du bien.
IMG_4591Vienne: tour de ville au coucher du soleil. Palais impérial. Souper paëlla à l’appartement aibnb. Tram, métro, café croissants, Hôtel de Ville, parc, palais impérial, musée Sisi,  église St Pierre, cathédrale, Clovis du sommet de la tour lance un avion de papier et le retrouve en bas, visite de la maison de Mozart, lunch sur une terrasse, tour de tram, visite du parlement, tram encore, arrêt au Belvédère, balade dans le parc. Souper à la maison, contravention de stationnement, tour en ville le soir en tram.
Shonbrun le matin en partant vers Budapest. Petites routes le long du Danube, détour par Bratislava. Autoroute vers Budapest. Ville de maisons délabrées pleines d’appartements, de vie, de gens, d’escaliers. On se croirait dans un roman de Kafka. La chambre airbnb est dans une de ces anciennes demeures. On partage l’appart avec une bande de bruyants Hollandais et un couple du Michigan. Pourquoi me sens-je plus proche des étatsuniens?
Balade dans le quartier des ambassades le soir et souper de tartare hongrois sur une terrasse.
Caféine au petit matin à Budapest. Métro. Grande roue, cathédrale, Clovis monte en haut, visite guidée du parlement et de la couronne de Hongrie gardée par deux gardes immobiles, métro, grimper vers la vieille ville, visite du labyrinthe dans les sous-terrains, relève de la garde, Kiraly Fürdo vieux bains puant remplis d’habitués dans le bas de la ville, métro, souper chic et branché. Matin dans le vieux métro vers les bains chics et populaires de Szechenyi Gyogyfürdo.
Route vers la frontière roumaine.
Nuit relax au camping avec bains et piscine dans un ville avec plein de H et de Y.
Frontière hongro-roumaine. Papiers de l’auto? Mais lesquels? L’assurance? Non! L’immatriculation? On passe sans trop comprendre.
IMG_5782Fête au village de Seini, chants roumains, danses folkloriques, grillades, kurtoskalaks (?) pâtisseries autour d’un rouleau et cuite à la braise comme dessert (sorte de banique de luxe). Montée au dessus de Baia Mare par petite route tortueuse pleine de virages en épingle à cheveux. Camping Babou Maramures pour deux nuits chez un jeune couple de Hollandais qui se sont installés dans une vieille ferme.
Petites routes sinueuses vers Sigetu. Frontière. entrée en Ukraine à pied. Personne ne parle anglais. 5 km vers un lac salé au milieu des vestiges des usines abandonnées. Des touristes ukrainien en maillots. Des villages de vacances post-soviétiques. Bain de boue. Le ciel devient noir. Marche rapide sous la pluie vers la frontière. Les gens font la queue. Les douaniers roumains nous reconnaissent et nous font passer devant. Visite du Mémorial des victime du communisme à Sigetu. Souper chez l’habitant à Breb. Madame sert et ressert de son alcool maison. Même à Clovis. Balade dans les rues boueuses du village. Discussions avec Clovis sur des tas de sujets.
Routes de montagne encore, visite du monastère de Barsana tout fleuri, un moine passe l’aspirateur, village de Leud et sa belle église tout en bois.  Clovis en short et pieds nus se fait sortir par la vieille gardienne. Montagnes encore, vaches sur la route, trous dans les routes, cailloux qui volent dans le phare, verre explosé. Obsèques dans un village. Marché dans un autre. Monter un col de 1436 km à 20 km/h de moyenne, rencontrer au sommet des français qui partent un an sur les routes avec leurs 3 enfants (dont un Clovis). Descente vertigineuse, pic nic au bord de la rivière avec un cheval qui se balade en liberté. Camping chez d’autres hollandais au Vuur plaats. On se fait des pâtes saucisses tomates et c’est très bon. Ce qui n’est pas le cas du vin roumain… Je répare le phare avec un vieux bout de plastique trouvé sur le bord de la route.
IMG_5798Visite des monastères peints.  De véritables bandes dessinées géantes. Silence, recueillement. Dans une église des jeunes restaurent les fresques millimètre par millimètre. Route vers Târgu Neamt et Cetatea Neamt, sa citadelle, le marché pour acheter du scotchtape et consolider le phare, la petite bohémienne envahissante et agressante qui ne nous fait pas pitié, montée vers les impressionnantes gorges de Bucaz par une minuscule route encaissée. Camping en pleine montagne au bord d’un ruisseau.
Descente vertigineuse vers Gheorgheni. La vallée, les villages en longueur, les charrettes de foin tirées par des chevaux. Traverser Miercurea Ciuc, la ville la plus « froide » selon le guide, mais surtout la plus laide avec ses immeubles de béton gris, son immense place stalinienne qui ressemble à un no man’s land, ses églises modernes et sans style. Se faire arrêter plus loin dans un village par la police parce que j’avais pas allumé les phares sur une route nationale (?). Gentil policier en training qui s’excuse presque en anglais de ne pas parler français . Brasov jolie place au milieu d’une ville Ceaucecussisée. Rencontre avec des scouts français qui visitent la Roumanie. Citadelle et grottes de Rasnoz. Camping Vampire à Bran au pied du château de Dracula. Clovis qui essaye d’apprendre le roumain.
IMG_5849Visite du château de Dracula… au milieu d’une foule de touristes.
L’incroyable Château Peles avec toujours une foule de touristes dont une délégation de Chinois entourés de gardes du corps. Le château surplombe Sinaia, une ville de villas et de chalets opulents. Le château est un véritable culte à la personnalité royale… Ça me fait penser au culte de la personnalité instauré par certains dictateurs… La route vers Bucarest n’est pas belle. De plus en plus de trafic. Arrêt dans un hôtel de bord de route à la sortie de Ploiesti. Clovis trouve qu’il ressemble à ces vieux hôtels tout inclus qu’on trouve à Cuba, la mer est remplacée ici par la route qui va à Bucarest. Souper dans la ville aux allures staliniennes, encore.
Déjeuner au bord de la route. Faire le plein. Se rendre compte que le tuyau ne tient plus au réservoir. L’essence coule à flot mais sous l’auto. S’arrêter plus loin d’urgence. Un gentil garagiste arrange ça pour 25 Leu (8 $)
Arrêt chez McDo pour se remettre des émotions, prendre un café, faire un petit pipi et… poster quelques photos. Le nouveau slogan de McDo : pipi + wifi.
Tour de Bucarest. Une ville vide mais pas aussi laide que je l’aurais pensé. De vieux immeubles des années 1920 et, bien sûr, la folie de Ceaucescu. Son palais démesuré, ses avenues dix fois trop larges, ses places bétonnées.
Descente par les petites routes vers la frontière bulgare. Croiser des scouts belges dans un supermarché.
Arrivée au bord du Danube, il faut prendre un ferry avec des gros camions pour se rendre en Bulgarie. Le douanier roumain se marre devant la 2CV. Ça lui rappelle… De Funès. Il papote avec nous pendant que son collègue fait les papiers.
Il nous conseille Veliko Tarnovo, une ville à voir en Bulgarie. IMG_5860Sur le Ferry, les camionneurs photographient la 2CV et admirent le moteur. L’auto a l’air toute petite entourée de gros camions.
Entrée en Bulgarie par un drôle de poste frontière sur le port, petite ville écrasée sous le soleil. Personne ou presque. À la recherche d’une des plus belles grotte de la planète (vue lors d’une exposition à Budapest).
Pas un touriste, une petite route de terre, un pont de béton et… une grotte creusée dans la falaise, 58 m de haut… Impressionnant.
Mystérieux. Surnaturel.
À la recherche d’un camping. 4 heures infructueuses et près de 100 km à rouler en vain… Les indications indiquent des campings qui n’existent plus… De guerre lasse on cherche un hôtel à Veliko Tarnovo…
Un samedi… dans la ville conseillée par le douanier où il y a un festival et un spectacle d’opéra… Tout est full… Pendant que Pascal cherche désespérément une chambre, Clovis rencontre deux bulgares qui veulent photographier la 2CV. Il papote un peu avec eux.  Enfin un chambre dans l’hôtel 4 étoiles de la place… Heureusement, à des prix bulgares.
Demain, on va à la mer… Noire.

Si tu trouves #Eurotrip2CV

Texte publié dans Urbania le 8 juillet

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Il faut parfois voir les choses avec un peu de recul pour découvrir que c’est finalement pas si mal chez nous.

Si tu trouves que sur le Plateau Mont-Royal il y a beaucoup de sens interdits, va à Lübeck, dans le Nord de l’Allemagne, tu auras l’impression que tu ne pourras jamais t’en sortir.

Si tu trouves que l’administration québécoise est compliquée, essaye la française sans avoir envie d’étrangler quelqu’un.

Si tu trouves qu’il y a du trafic sur l’avenue du Parc, va sur la rue de la Loi à Bruxelles et essaye de garder ton calme.

Si tu trouves que le stationnement est cher à Montréal, essaye les parcomètres d’Amsterdam.

Si tu trouves que le système de santé est bien meilleur en Europe, fais venir un doc dans ta chambre à Berlin et paye 130 $ pour une consultation de 3 minutes où il te dit ce qu’Info-Santé t’aurait dit gratis au téléphone.

Si tu trouves qu’il y a beaucoup de cônes oranges dans le centre-ville de Montréal, essaye de sortir des chantiers de Budapest sans sacrer en hongrois.

Si tu trouves que les Québécois roulent comme des fous sur l’autoroute, embarque sur l’autobahn en Allemagne.

Si tu trouves qu’il y a trop de chats écrasés au Québec, compte les six ou sept que tu as vus aujourd’hui fraîchement écrapoutis sur les routes de Moldavie roumaine et ajoute le beau grand chien blanc qui agonisait en perdant tout son sang.

Si tu trouves que sur le Plateau on a du mal à se stationner, essaye de trouver une place à Prague sans te mettre dans la zone bleue réservée aux résidents, la jaune qui est consacrée au stationnement payant de max 4 heures et la verte qui est réservée au stationnement payant de max 2 heures (à moins que ce ne soit l’inverse).

Si tu trouves que les douaniers étatsuniens sont zélés, essaye les ukrainiens en venant de Roumanie avec une voiture immatriculée en France alors que tu as un passeport canadien et que tu es né en Belgique.

Si tu trouves qu’au Québec, les choses sont chères, va magasiner au Danemark. Bien sûr, tu dois diviser mentalement le prix par 5 pour avoir l’équivalent en dollars. Mais même divisé par 10 tu trouverais ça exorbitant.

Si tu trouves que le prix de l’essence est trop élevé, achète un litre de normale en Hongrie sans te demander si tu ne t’es pas trompé dans le taux de change.

Si tu trouves que l’affichage pour le stationnement est compliqué à Montréal, essaye de comprendre pourquoi tu as reçu une contravention à Vienne alors qu’il n’y avait pas un seul panneau dans la rue.

Si tu trouves qu’il y a des trous dans les routes du Québec, essaye celles de Tchéquie, de Hongrie et, les pires, celles de Roumanie.

Finalement, si trouves qu’il fait trop chaud, rappelle-toi le mois de janvier.

Mon fil Twitter tournera au ralenti pendant mon tour d’Europe avec mon fils et puis avec mon père, mais vous pouvez quand même monter à bord : @pascalhenrard

Je posterai, comme on envoie des cartes postales, quelques images de ce voyage sur Instagram, sur Twitter ou même sur Facebook avec le mot clic #Eurotrip2CV