Hellas! #eurotrip2CV

hellasHellas! Enfin! Nous voilà en Grèce dans un petit village niché dans les montagnes de Rodope au nord de Xhanti, aux confins de la Bulgarie et de la Turquie.
Pour y arriver, il nous a fallu quitter les plages de la Mer Noire (de monde), les bières bulgares à 1 $ (taxes et service compris), le wi-fi gratuit au bord de mer et le délicieux plat du jour à 4$ du snack bar Sirena. Il nous a fallu rebrousser chemin à la frontière turque parce que nous n’avions pas le visa à 60 $US (X 2) que je ne voulais pas payer pour y passer moins de 3 heures (on devient cheap quand on voyage en Bulgarie…). Il nous a fallu contourner la ligne frontière de la Turquie par des routes de montagnes et des chemins de terre pour passer enfin la douane grecque dans un bled isolé. Il nous a fallu aussi entendre pour la énième fois un douanier nous dire hilare en voyant la 2CV, « Louis De Funès? »
Nous avons tracé pour arriver à la mer Égée avant que le soleil ne soit couché. À l’horizon, l’île de Samotrace et ses 1600 m d’altitude émergeait dans la brume du soir. Au Camping municipal d’Alexandrupolis situé juste au bord de l’eau, un jeune couple de Français qui fait le tour de l’Europe en transports en commun a été, bien entendu, attiré par notre antique Citroën. Comme il fait le tour dans l’autre sens que nous, il nous a conseillé quelques bons spots à ne pas manquer en Croatie et en Slovénie.
On peut suivre leur périple de 4 mois ici: http://canapeetsacados.fr/
Le lendemain, grasse matinée pour Clovis, baignade dans l’eau limpide et fraîche de la mer Égée avant de prendre la route vers le village de l’ami Théo et de sa maman. Petite étape.
Il faut longer la mer, grimper des montagnes, traverser des vallées d’oliviers écrasés par le soleil, se sortir des dédales de la vieille ville de Xhanti, grimper encore, et puis encore. Arriver au village d’Ano Karyofyto au bout d’une interminable côte de 7 kilomètres, demander la maison du pope Basiles dont le fils Savas nous indique finalement la maison de Théo.
theoRetrouvailles avec un ami comme si nous nous étions quittés hier. C’était il y a 19 ans… Manger les aubergines parfumées cuisinées par la maman, boire l’eau de vie maison, savourer les figues du jardin confites, se balader jusqu’à ce que la nuit tombe dans les montagnes où il y a encore des ours, parler avec Théo et Clovis de la vie, du temps qui passe, des difficultés économiques de l’Europe et de la Grèce, de la menace chinoise, de l’usage de Facebook, des néologismes que les nouvelles technologies nous amènent, de la vie des cigales japonaises dont les larves attendent 17 ans avant de se transformer en une seule nuit, s’endormir écrasé de fatigue et rassasié de mille images et autant de souvenirs.
J’oubliais de raconter ce vieux Bulgare de Sozopol qui parle français avec de drôles d’expressions comme « belle lurette » ou « bougrement » et qui m’explique qu’il l’a appris il y a plus de soixante ans d’un prêtre qui avait étudié à la Sorbonne. Cet autre vieux Bulgare qui parle un français très officiel parce qu’il l’a appris lorsqu’il travaillait pour l’organisme centralisé de tourisme des Balkans. Et puis le patron du snack-bar Sirena qui possède une 2CV et me pose plein de questions mécaniques (!) dans son français hésitant mais courageux.
turquieJ’oubliais de parler de ce douanier turc qui agitait nos passeports d’un air menaçant en répétant « Visa », « Visa » sans donner d’autres explications. J’oubliais tous ces travailleurs le long des routes qui s’arrêtent pour nous regarder passer en souriant. J’oubliais aussi ces routes fermées pour cause de travaux sans aucun itinéraire alternatif, ces routes pleines de trous, ces chemins sans issue qui ne dévoilent leur finitude qu’à la toute fin, et, surtout, cette petite route bulgare qui se transforme sans explication en plein milieu de nulle par en une incroyable piste d’atterrissage large de six voies sur deux ou trois kilomètres tout droits pour redevenir, ni vue ni connue, la petite route tortueuse qu’elle était.
2CVombreCe matin, la 2CV se repose sous un arbre. Elle a encore quelques précieuses aventures à vivre. Clovis dort sur le canapé. Le village d’Ano Karyofyto se réveille doucement. Le coq de Théo qui règne sur quatre poules chante à pleine voix. L’alcool d’amandes d’abricot maison fermente au soleil dans d’anciennes bouteilles de jus. Le « ranci » sèche sur des grandes tables disposées dans le jardin. Au loin un chien aboie. Un autre coq enroué répond à celui de Théo. Le camion qui zigzague vers le village fait jouer de la musique dans ses haut-parleurs et annonce… Je n’ai pas trop compris quoi: des calbards vrais? Des Campari pourris? Des calamaras frescas? À la taverna quelques papis sirotent leur café. La journée commence au ralenti.
Le temps s’arrête.
Courgettes et herbes du jardin bouillies arrosées d’huile d’olive maison et de citron, petits poissons frits achetés au poissonnier ambulant (même Clovis les a dévorés), vin bio. On lunche à 15 h, c’est normal. Sieste dans le hamac tendu entre le pommier et le prunier. Ramasser les foins. Arroser les rosiers. Lire à l’ombre. Boire l’apéro avec Savas, le voisin peintre d’Églises orthodoxes.
La nuit tombe. Embarquer avec Théo et Savas, notre nouvel ami. Concert d’Alkinos Iohannidis dans la vallée. Tout le monde connait les paroles. Ce doit être une vedette. Une grosse. Le concert s’étire sous les étoiles. La musique est lancinante, intérieure, mystique. À la fin, la foule s’éclipse dans le calme. Clovis s’endort. Remonter par les routes poussiéreuses qui serpentent dans le noir. S’endormir au son des grillons ponctué par le vieux chien qui aboie encore.
Vivre à l’heure grecque.
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2 commentaires sur « Hellas! #eurotrip2CV »

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