Pourquoi le Québec n’est pas un pays?

Texte publié dans Urbania le 29 août

521e684312034_largeAu cours de notre périple autour de l’Europe, nous avons traversé des pays qui n’existaient pas il y a 20 ans, rencontré des peuples tout neufs, visité des capitales moins grandes qu’un arrondissement de Montréal, franchi des frontières sans douanier… et dû expliquer mille fois que le Québec existait… mais n’existait pas.

Bien sûr, si vous dites que vous êtes du Canada, tout le monde saura d’où vous venez. Mais le Québec? De késsé? Wadesda? Un cas… nada! Inconnu au bataillon. Mystère géographique, peuple anonyme, abonné absent au rayon des nations. Un étonnement qui se conclut toujours par la question qui tue: « Mais pourquoi parlez-vous français si vous êtes canadien? »Ça fait quand même de la peine d’avoir parcouru tous ces kilomètres (près de 11 000) pour se rendre compte que si on veut être quelqu’un qui vient de quelque part, il faut dire qu’on vient du pays dirigé par Stephen Harper. Parce qu’évoquer le Québec déclenche à coup sûr un sourcil dubitatif, une moue interloquée et une grimace incrédule.

Ça valait la peine de produire Céline Dion, le Cirque du Soleil, des tramways et des métros qui circulent à Bruxelles, Dresde, Innsbruck, Bucarest, Athènes,…

S’il avait vécu en Slovénie, au Monténégro, au Liechtenstein ou au FYROM, Gilles Vigneault n’aurait pas dû chanter que son pays n’en était pas un.

La Slovénie est un joli petit pays de 2 millions d’habitants sympathiques qui a une vingtaine d’années d’existence. Sa capitale Ljubljana compte 280 000 Ljubljananais (je ne suis pas sûr que c’est exactement comme ça qu’ils s’appellent, mais c’est rigolo). Et on s’y sent bien comme dans un Mile End tricoté serré autour d’une rivière bordée de rues piétonnes.

Le Monténégro est un surprenant pays sauvage qui s’est séparé de la Serbie il y a peu, compte 600 000 habitants, sa capitale Podgorica en compte à peine 140 000 et les touristes commencent à y affluer par centaines de milliers.

Au Liechtenstein vivent 35 000 Liechtentintins (là encore je ne suis pas sûr que c’est exactement comme ça qu’ils s’appellent, mais c’est aussi rigolo) qui parlent suisse, habitent dans des chalets suisses, regardent des montagnes suisses et payent en argent suisse. Son existence n’est due qu’à une incongruité historique et à la volonté d’une famille princière plus entreprenante que les autres.

La FYROM (Former Yugoslav Republic Of Macedonia) a lâché récemment la Serbie et essaye désormais de se bâtir une identité propre en puisant dans son histoire.

Plus au Nord, la Tchéquie et la Slovaquie ont désuni pacifiquement leurs destins pour exister chacune de leurs côtés. Pourtant il y a entre elles bien plus de ressemblances qu’entre le Québec et le ROC (Reste du Canada).

En visitant tous ces pays (21 au total), j’étais un peu jaloux de leur existence. Le Québec n’aurait rien à leur envier s’il jouait dans le concert des nations, s’il pouvait être maître de sa destinée, si son drapeau pouvait défiler aux manifestations sportives…

Bien sûr, il y a les aléas de l’histoire, les frustrations du passé, des mésententes, des guerres parfois, des gens pas contents, d’autres ravis, l’économie incertaine, l’identité fragile, la culture, la langue,…

Mais aujourd’hui, ces pays existent.

Et pas le Québec.

Pourquoi?

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Mille mercis #eurotrip2CV

2013-08-18 18.30.48Le plus difficile quand on traverse autant de pays en aussi peu de temps, c’est de se rappeler comment on dit merci ici et là…

Pour ne pas avoir trop l’air touriste à chaque fois qu’on achetait une bouteille d’eau dans un petit kiosque ou un kilo de figues au bord de la route, on s’efforçait de baragouiner un petit thank you couleur locale.

Je me suis fait une liste de mercis et je me suis donné quelques moyens mnémotechniques pour m’en rappeler. Je ne me souviens pas toujours de la version originale, mais je me souviens très bien de toutes les versions phonétiques personnalisées.

« Dank U » en Hollande. Et je vous ferai grâce de la blague de potache qui s’y rattache.
« Danke Cheune » en Allemagne, éfitamment.
« Tak » pour mitrailler de mercis au Danemark.
« Des cougnous » en Tchéquie, ou un truc dans le genre.
« Moulte sous mesque » en Roumanie, mais j’ai longtemps dit « Moule équerre ».
« Blague au derrière » en Bulgarie.
« Efkaristo » en Grèce (peut aussi servir dans les restos de la rue Prince Arthur).
En Albanie: « Faliminderi ». Merci surtout de ne pas nous avoir emboutis avec vos Mercedes à bord desquelles vous roulez à tombeau ouvert.
« Vala » avec un H plus ou moins accentué avant le V dans les ex-républiques de Yougoslavie (Montenegro, Croatie, Bosnie et Herzégovine, FYROM, Slovénie) qui parlent serbo-croate avec quelques nuances qui m’ont échappé en route.
« Grazie » en Italie, bien entendu.
En Suisse, c’est comme en Allemagne, en Italie ou en France.
« Cash » au Liechtenstein (mais je me demande si ce n’est pas mon imagination qui me joue des tours).

2013-08-27 11.31.42Si je veux pouvoir dire « MERCI » dans toutes les langues, c’est aussi pour mieux remercier tous ceux qui nous ont accueillis en chemin (en particulier Didier et Loneke, Adrien, Théo et sa maman, Chris,…), ceux qui nous ont aiguillés (je pense aux suggestions de Jocelyn pour la Roumanie, de Thomas pour Berlin, de Théo et de Noëlle pour la Grèce), ceux qui nous ont dépannés (Jouverneau, le garagiste de Rainville, Greg, l’ami de Bruxelles, le garagiste anonyme de Bucarest, Sotilis, celui d’Athènes), ceux qui nous ont aidés à nous équiper (Vincent, mon vieux frère, Camille, mon papa,…), ceux qui m’ont permis d’étaler mes états d’âmes dans Urbania (Fred le néo-papa et Philippe le bos), ceux qui nous ont suivi sur Twitter, Instagram, Facebook et Urbania, ceux qui ont commenté ou « liké » et, surtout, celles qui nous ont laissés partir si longtemps (Hélène, Ophélie et Noëlle).

À tous et aux autres, mille mercis pour ce trip père/fils et fils/père. À la prochaine?

L’inconfort du voyageur #eurotrip2CV

imagePartis du cocon familial de Bruxelles il y a plus de deux mois, nous sommes d’abord passés par le sofa rassurant d’un ami à Amsterdam, puis quelques nuits de camping en Hollande et au Danemark, la cabine de bateau d’une auberge de jeunesse flottante à Berlin, l’appart d’un autre ami à Prague, un petit studio de musicien à Vienne, une chambre chez l’habitant à Budapest, du camping civilisé en Hongrie, à la ferme en Roumanie, sauvage dans les Carpates, un hôtel soviétisant en banlieue de Bucarest, des campings en ruines sur le bord de la Mer Noire, le salon d’un ami en Grèce, une petite maison sur le bord de la mer de Corinthe, une chambre chez une vieille dame au Monténégro, chez une buveuse de gros rouge à Dubrovnik, chez un dynamique guide touristique à Mostar, chez un couple timide à Split, des hôtels en Macédoine, en Albanie, en Slovénie et à la frontière austro-italienne,…
Voyager c’est forcément bouger, s’adapter.
IMG_4743Devoir changer de lit tous les jours. Trouver un camping. Ne pas savoir de quoi demain sera fait. Suivre un chemin sans suivre un programme. L’instabilité de la nouveauté permanente. Devoir assumer la responsabilité de ses choix. Constamment. S’enfoncer dans un monde inconnu, de plus en plus loin de tout repère connu. Apprendre presque tous les jours à dire merci dans une autre langue. Avoir l’impression d’être analphabète. S’éloigner des grands axes, des grandes villes. Pénétrer dans le mystère des forêts de Transylvanie. Traverser des noms bizarres, des villes d’un autre temps, des lambeaux de murs de fer. Ne pouvoir ni faire demi tour ni aller plus loin. Le luxe de se remettre à chaque tournant en question.
C’est aussi chercher le juste équilibre pour que le compagnon de voyage y trouve son compte, que le co-pilote ne soit pas seulement un porte-carte mais fasse également partie de l’aventure.
Est-ce que mon fils a aimé? Est-ce que mon père a apprécié? Je crois que oui. Au fil du temps, des bribes de voyage reviendront nous plonger dans la fébrilité du trip et nous relanceront sur les routes sinueuses d’une drôle d’équipée. De l’inconfort du voyage fleuriront des souvenirs enjolivés d’un été pas comme les autres.

Derrière la ligne bleue des Vosges #eurotrip2CV

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Split est loin. Et pourtant pas tant que ça. Mais depuis Split et la Croatie, nous avons fait du chemin et… 7 pays.
La vieille ville de Split a poussé au cœur des restes du Palais de l’empereur Dioclétien. Ça en fait une ville hétéroclite. Des immeubles du Moyen-Âge accotés aux vieux remparts impériaux, des chapelles installées dans les anciennes fortifications, des appartements aménagés dans les tours de garde, des maisons de l’époque vénitienne entourées de colonnades romaines, des trottoirs de marbre usés par 1600 ans de promeneurs, des églises bâties dans des restes de temples, des caves et des sous-terrains immenses qui soutiennent la ville depuis le IVe siècle sans faillir ,…
C’était la fête de Dioclétien le soir où nous étions là. Les Croates ont adapté le party à leur manière: match de foot entre légionnaires, défilé du ballon comme si c’était un dieu, tambour major accompagnés d’oriflammes, discours en serbo-croate… La foule des touristes qui se bouscule pour immortaliser ce moment artificiel.
IMG_6476Après Split, la route du bord de mer vers le Nord. La côte Dalmate est vraiment magnifique… et les touristes le savent. Ils s’y précipitent par centaines de milliers. Nous avons été pris dans des dizaines de kilomètres de bouchons avant de prendre l’autoroute qui s’enfonce après Zadar au cœur de la Croatie. C’est un autre paysage, sauvage, grandiose, peu peuplé, montagneux, couvert de forêts,… Loin de la mer et pourtant pas si éloigné d’elle. Avant Zagreb, nous avons bifurqué vers la Slovénie. Un paysage de plus en plus montagneux, de plus en plus vert, de plus en plus couvert de nuages. Il faisait même frais.
J’ai aimé Ljubljana. Nous avons juste eu le temps de faire un rapide petit tour. Mais la ville est belle, à échelle humaine, comme un gros Plateau Mont-Royal devenu capitale. Les Ljubljananois (?) sont dynamiques, on y sent un esprit créatif, un urbanisme centré sur les gens, pas sur les autos, une vie paisible, pas immobile.
Nous avons continué encore vers le Nord, un peu plus à l’Ouest. Petit tour à Bled, haut lieu du tourisme slovène, et puis la frontière autrichienne, des montagnes de plus en plus hautes, des villages fleuris, des beaux chalets là-haut sur la montagne.
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Entrer en Italie. Les Dolomites se découpent dans le ciel. La route zigzague entre les pâturages verts, les villages, les églises, les granges de pierres et de bois. Le soir tombe derrière la masse noire des montagnes, pas une seule place pour loger. La route remonte vers l’Autriche par le col du Brenner. Le village frontière autrefois tellement animé par le passage d’un pays à l’autre est presque vide. Les guérites de douaniers ne servent plus à rien, les hôtels n’accueillent plus les touristes en transit entre deux pays. On trouve sans problème une chambre à l’hôtel Olympia, un souper délicieusement italien, une grappa,…
La descente vers Innsbruck. Les routes accrochées aux Alpes autrichiennes en direction de la Suisse. Des lacets plus escarpés que jamais. La 2CV qui grimpe près du ciel, la route est tellement raide qu’il y a des moments où je dois la monter en première. Des cols près des sommets enneigés. Et la descente vers la frontière helvétique. Détour par le Liechtenstein. Qui va au Liechtenstein? Petit pays artificiel à l’histoire un peu tordue. Vaduz, sa mini capitale de 30 000 habitants est une petite ville paisibles, chic et, manifestement, très très riche. Lunch sur une terrasse. Facture digne d’un resto sur la 5e avenue à New York. Que cachent tous ces bureaux installés dans des petites bâtisses modernes de béton et de verre que surveille d’un œil sévère le château princier (qu’on ne visite pas)? On traverse un pont. Déjà la Suisse.
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Par l’Est, la Suisse allemande est belle. Petites routes de montagne encore. Petits villages de cartes-postales. Mais plus on se rapproche de Zurich, plus le paysage devient industriel, banlieusard, urbain. Le trafic s’intensifie. L’heure de pointe approche. Les 350 km qui nous séparent du but de notre voyage ne sont ni très beaux ni très intéressants. On décide d’embarquer sur l’autoroute. Désormais, la conduite devient automatique. Avant Bâle, on entre en Allemagne. À Mulhouse, on traverse le Rhin. Nous voilà en France, le sixième pays de la journée, le 21ème depuis le début du trip. Maintenant, la Deux Chevaux sent l’écurie toute proche. Elle connaît le chemin. Au Col de Bussang, elle retrouve son département, les Vosges. Et puis le village d’Harchéchamps enfin! La maison familiale, le garage, le bout du voyage… Près de 11 000 km sur les routes d’Europe. Et autant d’images à classer dans ma mémoire vive.
Pendant quelques jours, je me « pause » dans les Vosges. Balades en vélo, soupers de famille, nettoyage de l’auto (elle en a bien besoin la petite..), confitures de groseilles (les mirabelles ne sont pas encore mûres), quiches lorraines, lecture, hamac,…
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Zone de guerre #Eurotrip2CV

Texte écrit dans Urbania le 22 août.

52161813a1ad8_largeJ’écris sur le bord de la rivière Neretva, sous le vieux pont de Mostar, en Bosnie et Herzégovine. L’eau vive d’un bleu profond glisse entre les rives rocheuses vers la mer Adriatique. Les lueurs de l’aube commencent à illuminer les clochers et les minarets qui se disputent les premiers rayons du soleil.

Le pont de Mostar a vécu 400 ans sans faillir. En 1993 il a été détruit en quelques minutes par la folie des hommes. Reconstruit en 2004 par la volonté des habitants de Mostar et l’aide internationale, c’est un symbole qui relie l’Est et l’Ouest, l’Orient et l’Occident, le quartier musulman et le quartier chrétien.Les deux rives d’un même monde.

Partout à Mostar, les cicatrices d’une guerre difficile à comprendre. Une guerre qui a eu lieu il y a vingt ans à peine, à moins de 2000 km de Bruxelles, de Paris ou de Berlin, dans une région qui avait organisé, quelques années auparavant, les Jeux Olympiques, symbole de paix et de fraternité. Pas à l’autre bout du monde! En Europe!

Les murs sont remplis d’impacts de balles. Des maisons entières encore en ruines au centre ville. Des cimetières pleins de jeunes. Des amputés qui déambulent dans les rues. Des photos du conflit. Des gens qui parlent furtivement de ses funèbres conséquences. Des familles chassées de chez elles. Des gens déplacés pour toujours. Des terres que des « étrangers » se sont appropriées. Des voisins qui vivaient ensemble et qui soudain se détestaient tellement qu’ils étaient près à s’entretuer.

La faute à qui? À quoi?

À l’histoire, aux peuples, aux religions, aux politiques, à la cupidité, aux marchands d’armes…

À l’inconnu, à l’incompréhension, à l’ignorance.

En Bosnie, les hommes se battaient pour des croyances… Vraies ou fausses. Ça a été un carnage. Imaginez la violence, le jour où ils se battront pour des places de stationnement ou des soldes d’après Noël.

Dans ce chaos d’après guerre, la vie reprend sa place. Des pêcheurs au bord de la Neretva, des touristes sur le vieux pont reconstruit, des vendeurs de souvenirs inutiles, des enfants qui jouent au foot dans la rue, des femmes qui magasinent, des hommes à la terrasse d’un café. Au loin, la silhouette grise du squelette de béton de la Glass Bank, la tour en ruine des snipers.

Il y a quelques jours nous étions à Dubrovnik, la perle de l’Adriatique, magnifique ville fortifiée comme un écrin au bord d’une mer d’azur précieux. Les touristes s’y bousculent. Il y a vingt ans, les bombes détruisaient les maisons, incendiaient la ville, tuaient des innocents, mettaient en ruine ce patrimoine mondial. Une autre guerre pour d’autres raisons. Là, des hommes qui voulaient étendre leurs pouvoirs, s’approprier des villes, envahir de nouveaux territoires, élargir leurs possessions.

Qui étaient ces snipers qui tuaient sans distinction les innocents qui passaient dans leur ligne de mire en Bosnie? Qui étaient ces militaires qui donnaient l’ordre de bombarder Dubrovnik? Qui étaient ces soldats qui exécutaient les ordres sans réfléchir? Est-ce que le serveur qui apporte nos bières tenait un fusil auto-mitrailleur? Est-ce que le livreur de boissons gazeuses conduisait un char d’assaut? Est-ce que ce pêcheur tranquille a tiré sur des passants? Et ce grand père qui apprend à sa petite fille à faire du vélo? Est-ce qu’il a lancé des bombes?

Et aujourd’hui? Comment se sentent ces hommes (car il y avait peu de femmes) qui avaient le pouvoir au bout du fusil et qui désormais sont redevenus des gens comme nous?

La folie guerrière n’a d’égal que la mémoire défaillante des hommes. Qui se souvient de la guerre de Bosnie? Qui sait qu’au Kosovo, à la frontière avec l’Albanie, il y a encore des milliers de mines qui traînent? Et que l’ex-république yougoslave de Macédoine est encore aux prises avec des conflit ethniques? Qui se rappelle qu’il y a peu un rideau de fer imaginaire et une guerre froide isolaient les pays que nous avons traversés durant notre eurotrip2CV? Qui a retenu les leçons du passé?

Aujourd’hui, l’Égypte répète le même scénario. Et nous, on regarde de loin, sans comprendre.

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Guerre et farniente #eurotrip2CV

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Il faut faire le tour des remparts de Dubrovnik. Monter, descendre, longer la mer d’une tour à l’autre, survoler les toits de tuiles, passer du regard d’un clocher à un autre, accompagner le vol chantant des martinets. Malgré le soleil écrasant et la chaleur étouffante, c’est le clou de la visite de la ville.
IMG_5517Mais c’est à l’aube que Dubrovnik est la plus belle. Vide, calme, sereine. Pendant que papa récupérait des milliers de marches d’escalier gravies la veille, j’ai trouvé une place pour nager aux pieds des remparts. Seul dans une eau parfaite agitée par un petit vent qui portait le vol joyeux des martinets. Hors des hordes de touristes, c’est sans doute une des plus belles villes du périple.
Nous avons quitté Dubrovnik par la côte. Pendant 10 km, le bord de mer croate devient bosniaque. Il faut passer la douane deux fois. Attendre deux fois. Présenter ses papiers deux fois. Et puis rentrer un peu dans les terres croates et repasser la frontière bosniaque, mais cette fois pour « de vrai ».
La route bosniaque longe la rivière Neretva jusque Mostar. Elle est d’un bleu intense. La campagne est luxuriante. On se croirait en Italie. Ou en Provence.
Image Mostar. Des clochers et des minarets. Une banlieue d’immeubles soviétisants. Un vieux centre ville touristique. Et les cicatrices de la guerre bien visibles. Des murs couverts d’impacts de balles, des maisons en ruine,… La vision des traces encore fraîches d’un conflit meurtrier ravive les souvenirs de mon père.
Petit garçon, il a vécu de près la guerre, la deuxième, la bataille des Ardennes, les tirs de mitrailleuses, les maisons détruites (dont la sienne), les courses dans les ruines, les collections de munitions, les jeux dangereux,…
Les même jeux de guerre que les petits bosniaques jouaient dans les ruines de Mostar. Qu’est-ce qu’il pense en voyant l’expo des photos prises dans les années 1990 pendant la guerre de Bosnie? Il repense aux images qu’il a vues en vrai. Autre guerre, même horreur.
ImageLes touristes qui se bousculent sur le vieux pont de Mostar détruit par la guerre et reconstruit en 2004 pensent-ils à cette histoire encore chaude?
 J’aimerais tant comprendre les conversations animées des gens aux terrasses. Peut-être parlent-ils de la pluie et du beau temps? Il fait près de 40 degrés, on étouffe, on fond, on se liquéfie.
Alors que le soir tombe sur Mostar, des centaines de jeunes en costumes folkloriques déambulent dans les rues de la ville. Il y a de la musique, de l’insouciance. Peut-être même un air de réconciliation.
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Quitter Mostar, remonter la Bosnie vers la frontière croate. Retrouver la douceur de la mer. Pourtant ici aussi… la guerre. La côte dalmate est encore plus belle que ce qu’on en dit, découpée au couteau dans les montagnes qui se jettent dans une eau parfaite (encore).
Et puis Split. La ville de l’empereur Dioclétien. Demain, on visite.

Comme une star #Eurotrip2CV

Texte publié dans Urbania le 15 août

520cdb3212619_largePrendre la route en 2CV pour faire le tour de l’Europe, outre les risques de se faire frapper par un chauffard albanais, les soucis causés par les bruits bizarres sous le capot ou les inconforts d’un habitacle surchauffé, c’est aussi l’occasion d’expérimenter la vie des têtes couronnées, des stars du showbiz et des vedettes des magazines à potins.

En effet, c’est pas pour me vanter, mais depuis fin juin, je n’arrête pas de me faire prendre en photo par des inconnus, de répondre à des quidams qui agitent la main dans ma direction afin d’attirer mon attention et, surtout, de me faire aborder par des gens qui aimeraient tant me parler.Bon, j’avoue, c’est un peu la faute de la 2CV. À l’instar, c’est le cas de le dire, du toupet de Justin ou des cordes vocales de Céline, c’est l’accessoire qui fait ma gloire. Ou plutôt « notre » gloire, car je partage celle-ci avec mes compagnons de voyage.En chemin, sur les routes de Roumanie et de Bulgarie, mon fils agitait la main en traversant les villages comme un prince qu’on sort pour saluer les fidèles sujets de sa gracieuse majesté de la dynastie Citroën. Les enfants courraient après nous, les jeunes filles nous jetaient des œillades intimidées, les papys se réjouissaient de pouvoir dire qu’ils nous avaient vus passer, les travailleurs lâchaient leurs outils pour nous admirer, les pompistes ne se tenaient plus de fierté quand nous nous arrêtions chez eux pour remplir le réservoir de benzine et nos hôtes au camping ou à l’hôtel nous réservaient toujours une place de choix à la simple vue de notre carrosse.On s’habitue vite à être le centre d’attention.

Et c’est sans compter les nombreux policiers qui levaient le pouce dans notre direction en signe d’admiration et, le plus drôle, les douaniers qui faisaient référence à Louis De Funès, le plus célèbre de tous les gendarmes, afin de nous montrer qu’ils connaissaient l’œuvre de notre 2CV.

Mon père, quand il nous a rejoint à Athènes, ne me croyait pas lorsque je lui parlais du secret de notre succès. Jusqu’à ce qu’il subisse les conversations hilares dans un sabir anglo-croates de quatre douaniers monténégrins qui mimaient le gendarme Cruchot pendant que je négociais avec un de leurs collègues une police, mais d’assurance, pour entrer dans leur pays.

Mon père aussi a commencé à faire un léger mouvement de rotation de la main de gauche à droite et de droite à gauche lorsque nous traversions les petits villages entre Podgorica et Kotor.

La gloire devient vite un réflexe.

Comme Lady Gaga qui se promènerait sur Ste-Catherine ou le prince Williams qui ferait ses courses au Dix30, nous attirons donc les regards et les passants. Comme ces deux japonais près d’Arahova (le village) qui ont failli manquer leur autobus parce qu’ils voulaient se faire photographier avec nous. Comme ce douanier grec qui nous a fait passer devant les Serbes et les Turcs en disant « Deuw Chevauw First ». Comme ce solide Bosniaque fan de Citroën qui s’est avancé timidement pour me donner sa carte d’affaires au cas où je passerais dans son pays et que j’aurais des soucis mécaniques.

Le vedettariat a ses avantages.

On aurait fait le même trajet en Rolls, en Ferrari ou en Hummer qu’on n’aurait jamais suscité autant de réactions sympathiques et de sourires.

Quand je reviendrai à Montréal (dans un grand Boeing bleu de mer), je me souviendrai que si l’habit ne fait pas le moine, le char fait encore la star.

Et puis j’enfourcherai mon vélo. Ni vu, ni connu.

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