T’es qui toé?

Hey à qui j’parle là ?» «Mais, à moi, monsieur…» «Qu’est-cé que tu veux, s’tie?» «Mon cher monsieur, je vous retourne la question, c’est vous qui m’appelez.» «Ouais mais j’ai ton numéro, moé. T’as appelé sur mon cellulaire.» «Je ne sais pas si je vous ai appelé, mais si je voulais vous parler, j’aurais laissé un message.» Ça ne vous arrive jamais ce genre de dialogue de sourds ?

Depuis l’avènement de l’afficheur, on peut savoir qui a appelé, de quel numéro et quand sans décrocher. Formidable !

Vous avez à peine composé le numéro de votre correspondant qu’à l’autre bout du fil (oui, je sais, il n’y a plus de fil, mais je ne vais pas dire à l’autre bout de l’air tout de même), à l’autre bout du fil, donc, on décroche avec un grand sourire : «Hey, Henrard (si vous êtes moi), alors, potins?» Pas même l’occasion de faire une surprise.

Mais ce gadget miraculeux qui, pour une somme modique, dévoilera qui vous êtes avant même que vous n’ayez le temps d’ouvrir la bouche a d’autres défauts insidieux.

Vous pitonnez un numéro, vous vous rendez compte que vos gros doigts ont accroché le 9 au lieu du 8, vous raccrochez en vitesse. Trop tard. Un gros abruti à l’autre bout du fil (on ne va pas s’emmêler avec les mots, mais l’expression veut quand même encore dire ce que je veux dire) recompose votre numéro que son afficheur lui a révélé.

Commence alors un dialogue digne d’une ligne ouverte. Driiiiiing (ou boulouboulou, c’est selon). Vous : «Allo». Lui : «Ouais, à qui j’parle?» Vous : «Mais à moi!» Lui : «Ouais, mais t’es qui toé?» Vous : «Mais monsieur c’est vous qui m’appelez…» Lui : «T’as appelé chez moé?» Vous : «Mais je ne vous connais pas (et je n’ai pas envie de vous connaître), pourquoi vous appellerais-je?» Lui : « … » Manifestement il n’a pas compris la phrase inversée. Lui encore : «Ouais mais t’as appelé.»

Bref, vous raccrochez poliment en le remerciant de son appel et en priant le ciel que la prochaine fois l’afficheur n’affiche pas votre adresse, votre photo, votre carnet de vaccination ou votre numéro d’assurance sociale.

Allo, le monde? Est-on privé de vie privée? En tout cas, l’afficheur s’en fiche.

 

Texte publié dans le HuffingtonPost

Montréal: ce ne sont pas les idées qui manquent

524c9bc3a5093_largeCet été, pendant que l’École Urbania planchait afin de dégager 102 idées pour Montréal, que Denis Coderre recréait candidat par candidat le parti de Gérald Tremblay et que Marcel Côté réinventait à sa manière la définition du mot «coalition», je faisais le tour des grandes villes d’Europe. Ça m’a inspiré quelques idées pour la ville que j’aime. Lire la suite de « Montréal: ce ne sont pas les idées qui manquent »

Tôt ou tard, les outardes

oiessauvages_1C’est comme si tout le monde était pressé de vieillir. La fin de semaine de la fête du travail annonçait la rentrée officielle au bercail des rêves les plus fous, des moments les plus doux et des plaisirs les plus secrets. Deux semaines plus tard, on a repris le turbin et rangé le farniente dans la mémoire vive de nos souvenirs de vacances. En moins de temps qu’il n’en faut à Bernard Drainville pour mettre les Québécois en état de siège, nous avons repris béatement nos bonnes vieilles habitudes.

On a remisé la tente-roulotte, on a sorti le bateau de l’eau, on a fermé le chalet, on s’est baigné une dernière fois dans le lac à la Pêche. Et puis la course folle vers l’Halloween a débuté.

Demain, ce sera Noël.

L’hiver n’est même pas encore arrivé qu’on attend déjà le printemps avec impatience.

C’est le retour des embouteillages, des émissions de radio et des bulletins de circulation, des séries télé, des boîtes à lunch, des feuilles rouges, des conférences de presse, des abonnements au théâtre, des vestons gris de monsieur météo. Même le vent et la pluie sont de la partie.

La vie bat au rythme du calendrier. C’est l’agenda qui décide quand c’est le temps des vacances ou celui de la rentrée, quand il faut mettre les jupes à fleurs dans les armoires et ressortir les chandails de cachemire, quand il faut ranger les parasols, quand il faut courir les centres d’achat et stresser de manquer la promotion incroyable, quand il faut cacher les pantalons blancs et se parer de noir, quand il faut enlever les moustiquaires et rallumer le chauffage, quand il faut aller aux pommes en famille et acheter les citrouilles au marché. Même la fête des vendanges a lieu à date fixe… avant la date des vendanges pour accommoder les consommateurs et contenter les vignerons à moins que ce ne soit l’inverse.

Ça fait longtemps que la société a dompté la nature pour qu’elle s’inscrive dans le planning officiel. Si on pouvait, on lui demanderait de perdre toutes ses feuilles en même temps, la dernière fin de semaine d’octobre, si possible le samedi entre 10 heures et midi, comme ça on pourrait s’organiser pour tout ramasser d’un grand coup de pelle mécanique et retourner vaquer à nos nombreuses activités bien plus importantes.

Hier, c’était le tourbillon de la rentrée. Demain c’est le départ des outardes. Elles prennent le vol de 11 heures 11.

Est-ce que, cette année, vous prendrez le temps de les regarder s’en aller?

 

Texte publié dans le HuffingtonPost