Mourir, la belle affaire. Mais vieillir, ô vieillir…*

MainsNos routes vieillissent. Nos ponts vieillissent. La population vieillit. Le Québec vieillit. Le monde entier vieillit. C’est inéluctable. Et certains feraient n’importe quoi, quitte à se mettre dans le trouble, pour se donner l’impression de ne pas avoir l’âge de leurs artères.

Nous sommes pourtant tous le vieux de quelqu’un. Si Paul, mon voisin, est mon vieux, je suis le vieux de Philippe, président de Toxa et éditeur d’Urbania, qui est le vieux de Myriam, ma lumineuse nouvelle rédactrice en chef, qui est la vieille d’Ophélie, ma fille, qui est celle d’Ysée, sa mini-cousine… et ainsi de suite.

Il y a des vieux de 30 ans et des jeunes de 60 printemps. Il y en a qui sont vieux depuis qu’ils sont jeunes et d’autres qui sont devenus vieux sans même devenir adultes*. Il n’y a pas que le temps qui rende vieux. Il y a les idées, les valeurs, les convictions, les aspirations. Et même si, aujourd’hui, on est jeune de plus en plus vieux, on serait tous prêts à donner n’importe quoi pour remonter un peu le temps et retrouver sa jeunesse d’antan.

D’autres avant moi, d’autres qui ont vécu et n’ont pas attendu d’être morts pour être immortels, d’autres plus connus, plus sensibles, plus justes, plus sages, plus poétiques ont déjà écrit, et bien mieux que moi, sur l’âge, le temps, la vie, l’amour, la mort, cinq sujets essentiels.

Pourquoi essayerais-je de faire mieux qu’eux? Plus le temps passe, plus on lit et plus on a l’impression que tout a déjà été écrit.

« Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux », chantait Jacques Brel qui est mort jeune, mais savait décrire la vieillesse. « Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés… Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit… Les vieux ne meurent pas, ils s’endorment un jour et dorment trop longtemps. »

Que voulez-vous écrire après ça? Que voulez-vous dire, que voulez-vous faire?

Rire? Comme le faisait Serge Gainsbourg en disant : « Il y a eu de l’orage dans l’air, maintenant, il y a simplement de l’horreur dans l’âge. »

Boire? Comme Ernest Hemingway qui justifiait sa passion de la boisson et son amour du tabac en rappelant: « L’alcool conserve les fruits. Et la fumée conserve la viande. »

Pleurer? Comme tant de gens qui ont souffert plus qu’ils n’ont vécu.

Vivre tout simplement? Parce que c’est la meilleure chose qu’on ait à faire en attendant la mort.

*Jacques Brel, encore lui

Texte publié dans URBANIA
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