Un crayon et du papier

chandellePendant les Fêtes, des centaines de milliers de Canadiens et de Québécois ont été privés de courant. Au pays des grands barrages et de l’électricité nationalisée, ça ne fait pas très sérieux.
Pour économiser des bouts de chandelles (avouez que l’expression est drôle) Hydro Québec, le fleuron québécois (comme ses alter ego ontarien et new-fie d’ailleurs) accroche ses lignes électriques sur des poteaux de bois, entre les branches des arbres, elle économise sur l’entretien, coupe (!) sur l’élagage,… résultat, il y a presque autant de pannes d’électricité au Canada qu’en Albanie ou en Corée du Nord.

Mais on ne va pas commencer l’année à chialer sur le manque de vision des élites éclairées ou les économies qui nous coûtent cher.

J’ai pris comme résolution de voir le bon côté des choses.

Une panne d’électricité, c’est l’occasion de sortir les chandelles, d’illuminer la maison de bougies, de bourrer le poêle à bois de bois (si on a un poêle, assez de bois et qu’on oublie que le feu de foyer est plus polluant que le VUS).

Dans le silence feutré d’une maison sans wifi, sans radio, sans télé, la panne d’électricité nous oblige à nous rapprocher. La soirée est longue quand le soleil se couche à 16 h 30 et qu’on n’a pas de lumière pour l’éclairer. On retrouve alors le plaisir simple de lire un livre (vous savez, ce truc en papier qu’on peut trimbaler partout et qui ne nécessite pas de courant pour qu’on puisse en profiter).

La soirée s’étire, il faut bien manger. Mais comme la plupart des cuisinières au pays, la vôtre fonctionne à l’électricité. Il faut improviser. Sortir une vieille fondue au fromage, la chauffer sur le brûleur au pétrole, installer les chandeliers sur la table… déjà la panne a des airs de fêtes. Le vin que vous gardiez dans le fond d’une armoire n’a jamais été aussi bon.

Pour la vaisselle, on va laisser faire. Pas d’électricité, dans des milliers de maisons, ça signifie pas d’eau. Car au pays de l’électricité, les pompes ne marchent plus à bras depuis longtemps.

Il n’est que 18 h. La nuit est loin. Il commence à faire froid. Le petit poêle ne suffit pas à réchauffer tout le logis. Vous approchez la table de la flamme. Vous allumez d’autres bougies. Vous vous blottissez autour. C’est romantique.

Que faire à l’heure des émissions de variété quand on n’a pas d’électricité? Vous ressortez le vieux carton du jeu de Scrabble, vous secouez le petit sac rempli de plaquettes de bois. Vous retrouvez même un dictionnaire en papier jauni pour consulter les mots que vous allez jouer. Le petit Porto est délicieux. Vous vous étonnez à être presque zen. Pas un seul message depuis plus de 12 heures. Même le cellulaire ne rentre plus. Il est vrai que les ondes ont elles aussi besoin de courant pour voyager.

Il fait sombre dehors. De petites flammes vacillent aux fenêtres des voisins. Un silence lourd enveloppe le village. Une atmosphère mystérieuse et opaque plombe l’ambiance. Personne ne se promène dans la rue. L’éclairage public est lui aussi en panne. Seuls quelques phares éblouissants viennent de temps en temps déchirer le noir sur la grand-route.

Il est bientôt l’heure de se coucher. On a mis les matelas autour du poêle. On se croirait en camping. On a bien essayé de faire fondre de la neige sur le feu pour se brosser les dents. Mais ça prend un temps fou pour avoir un verre d’eau. On a vidé la dernière bouteille d’eau de source. Il ne reste que de la bière et du jus.

La toilette déborde de pipi et de papier. Pas d’électricité, pas d’eau, pas de flush. La fondue commence à peser lourd dans le fond de l’estomac. Où est-ce qu’on va pouvoir l’évacuer? Ça pue dans la salle de bains. Ça commence à faire chier cette panne d’Hydro.

On se couche en priant pour que nos sphincters ne se lâchent pas avant que l’électricité revienne.

Ce n’est que 72 heures plus tard qu’Hydro rebranchera nos maisons. Et c’est la toilette du café du village voisin qui a débordé.

La batterie de mon MacBook, comme celle de mon iPad et celle de mon iPhone, était à plat. J’ai dû prendre un crayon et un papier pour écrire cette petite tranche de vie.

Texte publié dans Urbania

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