À tu et à toi

52e7f5b7cd93f_largeDimanche, en zappant entre les Grammys et On n’est pas couché, je suis tombé par hasard sur Tout le monde en parle. J’y ai vu le maire de Montréal tutoyer et se faire tutoyer sur un plateau affable et complice.

Je n’aime pas voir Monsieur Denis Coderre se gargariser de rires flasques et de tapes sur l’épaule alors que la ville s’effrite de toutes parts et que les montréalais ploient sous le poids des taxes qu’il vient encore d’augmenter.

J’ai partagé mon malaise sur Twitter. Il me semble qu’un peu de respect des institutions, un peu de distance avec les élus et un peu de retenue face aux politiciens qui ont de lourdes responsabilités et pas mal de pain sur la planche ne feraient pas de tort à notre société.

Le clown de service de l’émission susmentionnée m’a lu. Il a trouvé mon commentaire «paternaliste» et s’est empressé de le rapporter à ses 115 000 suiveurs. Son collègue maître de cérémonie avait fait preuve de plus de retenue sur le plateau (de télé) en appelant Denis «Monsieur le maire» et en faisant un effort pour le vouvoyer avec respect (même si quelques «tu» lui ont échappés).
On savait que les veudettes de la tivi n’étaient pas très fortes sur l’introspection et l’autoanalyse, mais on constate aussi qu’elles ont la mèche courte dès qu’on commence à avoir un soupçon d’esprit critique sur leurs performances et leurs intentions. Remarquez qu’ici, il ne s’agissait pas de critiquer les jokes poches, le show de plogues ou la complaisance institutionnalisée, mais plutôt de se poser la question sur les conséquences d’une frivolité envahissante et d’un manque de profondeur.
À la limite, si cette promiscuité politique/artistique se faisait dans le privé… Tout le monde a le droit à avoir des amis, hein mon Dany? Mais nous étions dans une émission de grande écoute sur une chaîne publique à l’heure où les cerveaux disponibles commencent à ramollir.
Le manque galopant de décorum face aux institutions publiques, la légèreté puérile qui anime les politiciens populistes (Coderre, Labeaume, Ford,…) et leur propension à jouer les fanfarons dans l’exercice de leurs fonctions contribuent au désintérêt de la population et au cynisme ambiant.
Une tape sur l’épaule avec ça?
Les animateurs et les artistes ont une responsabilité. Ils n’ont pas à se faire les complices de la dérive populiste des politiciens. Si ça continue, on verra nos élus prendre du crack avec des voyous, danser la samba bourrés comme une barrique de mauvais whisky ou même jouer aux autos tamponneuses avec d’autres élus. Et la population habituée de les voir faire les guignols à la tivi avec des veudettes les laissera faire sans broncher.
Texte publié dans Urbania.
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