Biocarburant: manger ou conduire, il faut choisir

BarbeléÀ la saison des épluchettes, le sort du maïs ne semble pas vous émouvoir plus que celui du melon de Montréal ou de la tomate noire de Russie.

Saviez-vous qu’aux États-Unis, un quart de la production de maïs ne finit pas dans une assiette, mais part en fumée sur les autoroutes et dans les embouteillages?

Nos voisins du Sud voient dans les biocarburants le messie de l’énergie. Nos amis brésiliens sacrifient en leurs noms des pans entiers de leur forêt tropicale. Et les chauffeurs de VUS en gavent leurs véhicules gloutons pour se donner bonne conscience.

Maïs, huile de palme, canne à sucre… C’est la ruée vers l’or vert. Le sirop de maïs va-t-il supplanter le litre de sable bitumineux à la pompe? Les biocarburants sont-ils la solution miracle pour étancher la soif de nos moteurs de plus en plus gros? D’un côté, on leur promet un avenir radieux. De l’autre, on crie au danger écologique.

L’avenir des biocarburants n’est, en effet, pas aussi rose qu’on le prétend. 87% des forêts tropicales détruites en Malaisie entre 1995 et 2000 l’ont été dans le but de créer des plantations d’huile de palme (pour fabriquer du biodiesel). Des milliers de kilomètres carrés de forêt amazonienne sont défrichés chaque année au profit des plantations de canne à sucre (pour fabriquer du bioéthanol). Ici, on épand à perte de vue des boues d’épuration pour faire pousser du maïs transgénique en abondance. Là, on arrose les champs de pesticides pour accélérer la pousse de plantes OGM.

La production du jus de carburant est ultra-polluante. Mais ce n’est pas le plus inquiétant. Saviez-vous qu’il faut environ 225 kilos de maïs pour faire le plein de 50 litres de carburant agroalimentaire? 225 kilos de maïs, c’est suffisant pour nourrir combien de personnes pendant un an?

Brûler de la nourriture pour pouvoir aller au centre d’achat chercher… de la nourriture, est-ce la meilleure idée que l’homme a trouvée depuis l’invention de la roue?

C’est tout le paradoxe. On essaye de remplacer le bon vieux pétrole gluant qui vient à manquer cruellement par d’autres combustibles tout aussi nocifs pour notre planète de moins en moins bleue et ses habitants de plus en plus nombreux.

Et si on tentait plutôt de changer les habitudes? De proposer de nouvelles politiques du transport? D’améliorer et de multiplier les transports en commun au lieu de construire de nouvelles routes et de nouveaux ponts sur lesquels vont s’engouffrer des milliers de nouvelles voitures? D’envisager de véritables alternatives comme la voiture électrique ou le moteur à hydrogène? D’inciter les gens à revenir en ville au lieu de s’éloigner sans cesse un peu plus de leur lieu de travail? De déplacer les lieux de travail vers ces banlieues éloignées de plus en plus peuplées?

Bientôt, le maïs ne nourrira plus que des moteurs de chars. Faudra-t-il attendre qu’on nous prive de poutine pour agir?

Texte publié dans le Huffington Post

A propos Pascal Henrard

Associé, créateur de contenu, Esprit de Marque. Auteur (Hurtubise, Isatis, Phoenix). Chroniqueur (Huffington Post, Urbania), scénariste (Télé-Québec, Radio-Canada), concepteur-rédacteur
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