Voir mourir les dinosaures

917861_1465221207045304_1864631066_nSi l’homo spectatus avait été de ce monde à l’époque du Crétacé, il y a 65 millions d’années, il aurait pu assister à la plus incroyable extinction de l’histoire de l’univers. Confortablement installé dans son canapé, il aurait vu en HD des milliers d’espèces disparaître sans pause publicitaire.

Il aurait voulu faire quelque chose, signer une pétition sur Internet, que ça n’aurait servi à rien. Il aurait voulu sauver ce monde de la destruction, manifester dans les rues, qu’il aurait sombré lui aussi dans l’oubli. Il aurait voulu essayer de comprendre les raisons de cette extinction, tweeter son inquiétude, bloguer son courroux, que c’eut été au-delà de ses capacités intellectuelles et préhistoriques. Les causes semblaient aussi complexes qu’irréversibles : éruptions volcaniques à répétition, chute d’une colossale météorite, retrait des océans, refroidissement de la température terrestre… Et pas l’ombre d’un coupable à l’horizon.

L’homo spectatus qui n’existait pas encore n’aurait été que le témoin impuissant d’une disparition dont il aurait inévitablement fait partie.

Le temps a passé. Les dinosaures sont morts et avec eux une partie de l’histoire de notre planète. Sur les décombres, un nouveau monde est né sur lequel notre civilisation de téléspectateurs a fleuri pour devenir le fruit le plus sophistiqué.

Des millions d’années plus tard, à l’aube du 21e siècle, de distingués géants des temps modernes risquent eux aussi de sombrer dans l’oubli.

Cette fois, cependant, les coupables ne sont pas loin. Les raisons de leur disparition sont assez claires. Et les conséquences sont tout aussi préoccupantes pour notre existence.

Une des principales causes de l’extinction des dinosaures modernes niche à Ottawa. Stephen Harper et ses fossiles conservateurs s’évertuent en effet depuis leur première élection minoritaire à faire disparaître, outre les forêts de l’Alberta et les bélugas du Saint-Laurent, CBC-Radio-Canada.

Le dinosaure de la diffusion publique a beau essayer de se réinventer, il subit les attaques répétées de la météorite conservatrice. Malgré les innovations, les créations, les bons coups, les nouvelles idées, les web-séries originales, les podcasts intelligents, les enquêtes fouillées, le fragile colosse perd des forces. Dans sa chute, il entraîne notre culture, notre connaissance de l’actualité, notre ouverture au monde, notre bon sens, notre imaginaire collectif, notre histoire, notre identité…

CBC-Radio-Canada est peut-être un dinosaure. Mais quand les dinosaures auront disparu, que deviendra l’homo spectatus?

Texte publié dans le Huffington Post.

A propos Pascal Henrard

Associé, créateur de contenu, Esprit de Marque. Auteur (Hurtubise, Isatis, Phoenix). Chroniqueur (Huffington Post, Urbania), scénariste (Télé-Québec, Radio-Canada), concepteur-rédacteur
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