Mon condensé de merde de l’année

10891439_10152533680837633_1826870276720292095_nFacebook, Google+ et autres machines à multiplier les amis et les heures de procrastination nous font l’honneur de résumer aléatoirement notre année pour en faire un jus concentré du meilleur virtuel d’une vie artificielle.

C’est dans ce genre d’exercice qu’on découvre les limites de l’intelligence des algorithmes et le bonheur d’être en vie. Il n’existe pas (pas encore ?) une seule machine sur terre qui puisse exprimer la subtilité, la finesse, l’empathie et la magie de l’être humain. Pensez-vous qu’une personne dotée d’un cœur et d’un peu de jugement aurait publié les photos d’un enfant décédé dans l’album de cette année si extraordinaire qu’elle vaut la peine de faire l’objet d’un diaporama ringard ? Pourtant l’algorithme de Facebook a osé. Il a mis dans son récapitulatif des meilleurs moments de 2014 les photos de l’enfant chéri qu’un papa avait perdu. La machine en a même rajouté une couche en proposant au père de partager ces moments si gratifiants avec ses amis.

Et ce n’est certainement pas la seule bourde que le robot a commise.

Combien de couples brisés, d’amours amers, d’espoirs déçus, de rêves sans suite, de déception sans fin ou de tristes souvenirs l’insensible machine a-t-elle mis sans réfléchir dans la catégorie des moments mémorables de l’année qui vient de s’écouler?

Dans mon cas, ce que l’algorithme n’a pas noté et ne notera jamais parce que vous pensez bien que ma vie de merde ne s’affiche pas sur Facebook, je vais vous le révéler (un peu) ici.

Mon année de merde a commencé le 2 janvier. Bang. Accident sur une petite route du Vermont par – 20 degrés. Une fille, sans doute gelée, me rentre dedans. Paf, elle me percute et m’envoie dans la voie de gauche ou un énorme pick-up me frappe l’aile gauche et s’en va comme s’il venait d’écraser un vulgaire chevreuil. Pas de blessé. Mais la blonde qui ne peut empêcher un immense et profond choc nerveux de la secouer. Je tente de la rassurer avec tendresse. Moi aussi je suis sous le choc. La fille derrière n’a rien. Elle n’a pas de téléphone. Elle n’a pas non plus d’assurance. Elle a le regard hagard des gens qui ont de la fumée de gazon dans le cerveau. Appel à la state police du VT dans une maison toute proche. Ça prend du temps un 2 janvier pour que la police arrive. Il fait froid. Heureusement le moteur tourne encore. On se réchauffe dans l’auto. Le Towing embarque la Toyota sinistrée et nous jusqu’au poste de douane de North Troy. La nuit est tombée depuis longtemps. Nous devons traverser la frontière américano-canadienne à pied sous la neige, par – 20. La Toyota Echo 2001 en morceaux part vers un garage de Newport. Je vous passe les détails, trouver un ami qui vient nous chercher au poste de douane, retourner au VT le lendemain avec lui pour récupérer les affaires dans l’épave, s’arranger avec les assurances, trouver une voiture de location, aller la chercher à 80 km, ramener la famille à Montréal, acheter une nouvelle auto, recevoir des peanuts pour l’ancienne qui nous accompagnait pourtant fidèlement et sans faillir… Fin de l’épisode « accident » d’auto.

L’année de merde commençait en force, mais c’était tout de même moins pire que la blonde écrasée par un piano en 2013, sa jambe en mille morceaux, les mois de récupération, les jours de désespoir en pensant rester handicapée pour le restant de sa vie, les heures de rééducation pour récupérer la mobilité, le courage immense, les nuits de douleur, les doutes, les premiers pas, le temps suspendu, les escaliers insurmontables…

Et puis quoi d’autre dans cette année si mémorable que j’en oublie le pire? Un client qui ne paye pas. Un autre qui ne paye pas non plus. D’autres qui tardent à payer. Des taxes qui augmentent. Moins de contrats payants, plus de bénévolat. Des projets qui tombent à l’eau, d’autres qui avortent. Un job que j’aimais perdu à jamais. Un gouvernement libéral de nouveau au pouvoir. Des petites merdes quotidiennes. Un lave-vaisselle qui lâche, un aspirateur qui s’essouffle, des impôts plus gros que prévu, des messages d’intimidation, des refoulements d’égouts, un arrachage de dent inoubliable qui a laissé des traces dans la bouche comme dans la tête, une contravention, moins de sorties impromptues, moins de projets fous, moins de voyages improvisés,…

En y repensant, la bonhomie malhabile de l’algorithme de Facebook n’est pas si mauvaise que ça. Plutôt que de ressasser les pires souvenirs de l’année, je préfère me souvenir des bons moments choisis comme le conte de Noël que Patsy, la Fée du Mile-End, m’a demandé de lui écrire, le Guide du marketing de contenu que je suis en train de finaliser avec Patrick Pierra, les expéditions au Saguenay avec les Cardoen et en Gaspésie avec les VDD, la virée à Poughkeepsie avec Patrick Froehlich, le Salon du livre de Québec pour Madame Coquelicot avec Hélène, le film Citizen four avec fiston, Arcade Fire au Connecticut avec fillette, un weekend au Vermont avec mes parents, Arcade Fire cette fois en famille à MTL…

On a la vie qu’on a, mais on vit la vie qu’on voit. À force de voir le mal, c’est toute la vie qui va mal.

A propos Pascal Henrard

Associé, créateur de contenu, Esprit de Marque. Auteur (Hurtubise, Isatis, Phoenix). Chroniqueur (Huffington Post, Urbania), scénariste (Télé-Québec, Radio-Canada), concepteur-rédacteur
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Un commentaire pour Mon condensé de merde de l’année

  1. Pierre Chevalier dit :

    C’est tout ça la vie… Ce n’est pas le condensé que Facebook a voulu nous faire… Malgré que je publie souvent, et des opinions aussi, souvent, je n’ai pas publié ce condensé, dans mon cas je l’ai trouvé tordu, et il m’a presque vfait de la peine… Et ce qui me choque le plus c’est que sur le fil de bouvelle, à tout les jours, ils me rapellent de le publier… Ou donc est le respect?

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