Pas dans ma cour

BarbeléOn ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Vous connaissez tous ce syndrome qui frappe les gens, particulièrement les autres. Un déficit de comportement qui fait des ravages dans nos sociétés âprement civilisées. Bien entendu, vous, vous n’êtes pas touché et vous militez contre la pandémie en refusant qu’elle s’installe chez vous. N’empêche, le syndrome pas-dans-ma-cour court toujours.

Prenons un exemple. Dès la première neige, le voisin méticuleux envoie la neige à grandes bouffées de souffleuse dans la cour du voisin. Neige que ledit voisin s’empresse de déblayer en la renvoyant chez le suivant. Qui en retour la dégage à son tour dans la cour de son prochain qui la renvoie plus loin et ainsi de suite jusqu’à ce qu’apparaissent les premières lueurs d’un printemps qui n’est pas près d’arriver à l’heure à laquelle nous écrivons ces lignes.

Dans la rue, même ballet, si je puis utiliser cette expression. L’automobiliste qui veut sortir de sa congère de stationnement envoie la neige dans la rue alors que la loi prescrit qu’il la stocke dans sa salle de bains. Il a à peine le temps de se retourner pour ranger sa pelle qu’un camion a chassé l’immonde poudreuse qui encombrait la chaussée vers l’auto stationnée qui venait enfin d’être dégagée. Le quidam n’a plus qu’à recommencer l’exercice, cette fois avec de la neige durcie. On comprend que certains perdent patience.

Mais le virus pas-dans-ma-cour ne frappe pas qu’en hiver. L’été est loin, mais rappelez-vous de cette saison. Vous vouliez somnoler sous les frondaisons de votre arbre alors que votre voisin voulait que vous le coupiez pour que poussent ses tomates. L’arbre est dans ma cour, mais l’ombre est dans celle du voisin. Que faire de cet obscurantisme qui jette un voile sur les relations de contigu de cour?

Les excès de pas-dans-ma-courisme sont encore plus frappants quand il s’agit d’interdire la construction d’une école dans le voisinage ou l’ouverture d’un centre pour personnes handicapées mentales dans les environs. Vous comprenez, nous n’avons rien contre les fous ou les morveux, mais ça risque de dévaluer la valeur de notre demeure, et ils seraient tellement mieux ailleurs. Ailleurs, oui, mais où?

Les adeptes du partout-mais-pas-chez-nous ont l’art de repousser les problèmes sans proposer de solutions. Ils ne veulent pas de dépotoir dans leur environnement, mais produisent des poubelles à la chaîne. Ils ne veulent pas d’oléoduc dans leur ruelle, mais brûlent du pétrole sans ralentir. Ils ne veulent pas de ligne à haute tension dans leur jardin, mais consomment du courant de plus en plus de courant.

Il est vrai que ce sont souvent les mêmes qui n’ont pas voté pour ça. Mais alors? Qui a voté pour ça?

Texte publié dans le Huffington Post.

A propos Pascal Henrard

Associé, créateur de contenu, Esprit de Marque. Auteur (Hurtubise, Isatis, Phoenix). Chroniqueur (Huffington Post, Urbania), scénariste (Télé-Québec, Radio-Canada), concepteur-rédacteur
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