«The guys are clear!»

 

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Comme en octobre dernier, j’ai pris la route avec mon ami Patrick Froehlich en direction de Poughkeepsie. Il voulait retrouver parmi les bribes de son passé une porte qui s’ouvrirait sur des souvenirs et peut-être une vague d’inspiration qui le guiderait dans son prochain roman.

J’ai déjà raconté dans ce blogue notre passage de la frontière américaine en octobre 2014. L’étonnement des douaniers au poste de Lacolle. En repassant au même endroit 10 mois plus tard, nous ne pensions jamais retomber sur le même douanier étatsunien. Nous n’imaginions surtout pas qu’il nous reconnaîtrait en entendant que nous allions à Poughkeepsie.

«The guys are clear!» a-t-il crié à son collègue. Il était à peine 5 heures du matin. La journée commençait bien.

Nous avons refait le même chemin à travers les Adirondacks encore endormis. Nous avons vu le soleil qui se lève au loin derrière le Lac Champlain. Nous avons traversé des montagnes vides. Nous avons à nouveau été pris dans les embouteillages d’Albany à l’heure à laquelle les masses laborieuses filent comme des zombies vers leur travail quotidien.

Et puis nous avons pris la sortie pour Woodstock. L’occasion de croiser de vieux hippies fripés, de sentir l’atmosphère post-baba-cool, de voir le mythique village alangui un matin de semaine.

IMG_1074Pause à Oriole 9, un petit restaurant où l’americano était, selon la serveuse, le best coffee in town. Et, ma foi, il n’était pas mauvais du tout. Le corned-beef maison, quant à lui, était divin. Nous avons aussi retrouvé une amie qui vit depuis près de 12 ans dans le Queens. Les destins croisés du Français en Amérique et de la Québécoise à New York.

Un peu plus au Sud, à New Paltz, les vieilles maisons en pierre des Huguenots ressemblaient aux souvenirs que Patrick avait conservés comme les images d’un film en super 8 à peine estompées. On aurait pu se croire dans un petit village européen.

Maison2De l’autre côté de l’Hudson, Poughkeepsie n’a pas changé depuis octobre 2014. Pourtant IBM y a encore fermé une de ses installations. 14 000 postes avaient été perdus quand nous étions passés. Dans un quartier qui, autrefois, avait dû être prospère, les grosses maisons de banlieue sont défraîchies, certaines semblent vides, parfois même abandonnées.

DeadEndNous retrouvons la rue de la maison des parents de Patrick. Est-ce celle-ci? Elle semble si vieille? Ou celle-là? On dirait que plus personne n’y vit. Non, c’est celle là-bas en haut de la route, à gauche. Les plantes ont recouvert la façade. Il n’y a plus de boîte aux lettres. Les fenêtres sont occultées par des toiles. Patrick n’est plus sûr. Les arbres ont grandi. La couleur de la façade a jauni. La maison semble abandonnée depuis quelques temps

Le cul-de-sac n’est pas seulement un chemin sans issue, c’est la fin d’une histoire.

 

Mon ami est déçu. Déstabilisé. Pourtant, notre périple n’est pas fini. Il faut rentrer à Montréal, remonter vers le Nord en passant pas la maison de Roosevelt.

IMG_1113La 87 Nord. Albany, Saratoga Spring, je décide d’arrêter dans la petite ville de Lake George pour souper. Au bord du lac paisible entouré de montagnes, elle est tranquille. Ça nous permettra de prendre l’air et de respirer avant la remontée des Adirondacks vers la frontière. Mais une moto, puis deux, puis dix, des Harley Davidson surtout, puis vingt, puis cent, puis deux cents, puis cinq cents. Puis mille motos, des milliers de motos. La ville est envahie de bikers tout de cuir vêtus. Nous avons l’air de deux extraterrestres fluets et en short. C’est l’Americade. Nous sommes plongés dans l’Amérique profonde, ça pétarade et ça sent le pétrole. On repassera pour le bol d’air frais et le calme. Les souvenirs sont étouffés. On mange un bout sur une terrasse les yeux grands ouverts pour ne rien manquer de ce spectacle d’une civilisation à moteur.

Et puis la traversée des montagnes dans la nuit apaisante nous ramène vers Plattsburgh. L’aventure n’est pas encore finie. De retour au Québec, la douane américaine accompagnée de la state police contrôle tout ce qui sort . Ça n’arrive jamais que les États-Unis contrôlent la sortie. Nous apprendrons plus tard que deux dangereux détenus viennent de s’évader d’un pénitencier à quelques kilomètres de la frontière. Était-ce la raison de ce contrôle impromptu?

20 heures de voyage et tant d’aventures. Les souvenirs de Patrick ont été pervertis par l’inattendu. Ils prendront une autre route pour arriver à destination. J’ai hâte de lire entre les lignes ce que ces instants évoqueront, quelles émotions ils déclencheront.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A propos Pascal Henrard

Associé, créateur de contenu, Esprit de Marque. Auteur (Hurtubise, Isatis, Phoenix). Chroniqueur (Huffington Post, Urbania), scénariste (Télé-Québec, Radio-Canada), concepteur-rédacteur
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