Bruxelles : une ville capitale

souvenirIl y a quelques années, j’écrivais dans Urbania un texte sur Bruxelles. Au mois de mai, c’est la fête de l’Iris, la fête de la Région de Bruxelles-Capitale. Une bonne occasion de ressortir ce texte… capital.

Je pourrais moi aussi écrire, comme Jacques Brel, « Cétait au temps où Bruxelles brusselait » tant le temps passe et les choses changent. Mais c’est ce qui ne change pas qui fait l’âme d’une ville. Comme les pavés de la Grand Place, la petite bite du manneken pis, un verre de Kriek dans un stamp café ou l’accent brusseleer, une fois…

1- LA PRONONCIATION
D’abord, vous le saurez pour la prochaine fois, on ne dit pas Bruxelles, encore moins Bru-queue-sel. On dit Brussel. C’est d’ailleurs comme ça que ça s’écrivait autrefois, avant qu’on invente les textos. Mais les moines copistes étaient, comme les maniaques de iPhone, un peu paresseux. Et lorsqu’ils devaient écrire deux s, ils mettaient une croix à la place. Alors, si vous ne voulez pas passer pour un Français dites Bruxelles, avec deux s.
2- 19 BRUXELLES
Sachez qu’il n’y a pas qu’un seul Bruxelles à Bruxelles. Il y en a dix-neuf.
Bruxelles est en effet une ville divisée en dix-neuf villes rassemblant au total plus d’un million d’habitants, dix-neuf bourgmestres et une kyrielle d’élus municipaux. Un vrai casse-tête pour celui qui voudrait en décrire les rouages politiques.
Au cœur de ces dix-neuf municipalités, trône la commune de Bruxelles-ville qui n’a pas plus de privilèges que les dix-huit autres si ce n’est celui d’avoir son hôtel (de ville) sur la plus belle Grand place du monde.
Quand j’étais petit, à l’école primaire du quartier, on devait pouvoir réciter par cœur les dix-neuf communes de A, comme Anderlecht, à W comme Woluwé Saint-Pierre, à ne pas confondre avec Woluwé Saint-Lambert qui vient juste avant par ordre alphabétique. Il n’y a d’ailleurs pas plus éloignés géographiquement, mais aussi culturellement parlant qu’Anderlecht et les deux Woluwé, surtout Saint-Pierre.
3- UNE VILLE CAPITALE
Il suffit de se balader les yeux ouverts pour constater que les dix-neuf communes de Bruxelles ont chacune leur identité, leurs habitudes, leurs couleurs, leurs bonnes adresses, leur ligne de tram, leur monument aux anciens combattants, leur kermesse annuelle, leur quartier huppé et leur quartier mal famé (oui, même à Woluwé Saint-Pierre).
Mais Bruxelles, c’est aussi un tout homogène et prestigieux dont on parle souvent dans les journaux du monde entier sans trop comprendre pourquoi et où les mécontents de toute l’Europe viennent manifester à tout bout de champ.
Bruxelles, c’est la capitale de la Région bruxelloise, la capitale de la Belgique Fédérale, la capitale des communautés flamandes et française, la capitale de la Région flamande, la capitale de l’Europe et le siège de la plupart des institutions de l’Union Européenne et de l’OTAN. Alleï, on va prendre une bière pour que je te réexplique tout ça calmement.
4- FOOTBALL
Je suis Bruxellois mais avant tout je suis Anderlechtois. Si tu es Canadien mais avant tout Québécois, tu comprends ça. Si tu es Montréalais mais avant tout Town-of-Baie-D’urfois, va falloir que je te réexplique ça en anglais.
Anderlecht, c’est donc une des dix-neuf communes de la Région bruxelloise. C’est surtout le berceau du Royal Sporting Club d’Anderlecht, la plus grande équipe de football de tous les temps de l’histoire de Belgique. C’est avec le Sporting et sa devise que j’ai appris le latin : « Mens sana in corpore sano ». J’ai aussi appris avec lui à chanter des cantiques comme : « Olé ! Olé ! Olé ! Olé » et, ma préférée, « Est-ce que j’ai pas raison ? Oui tu as raison ! Anderlecht ! Anderlecht ! Anderlecht champion ! ».
Quand tu dis que tu es supporter des « mauve et blanc », à ne pas confondre avec cette blague raciste sur les « mauvais blancs », tu te fais accueillir à bras ouverts dans le moindre village européen. Sauf en Écosse suite à une victoire historique du Sporting. Mais là, tu n’as qu’à dire que tu es Québécois.
5- UNE BIÈRE AU CAFÉ
Tu ne connais pas Bruxelles si tu n’es jamais entré dans un stamp café. Il y en avait autrefois à chaque coin de rue. Il faut désormais marcher un peu plus pour en trouver. Mais c’est bon pour la santé.
C’est l’âme et les conversations des echte brusseleir (les vrais Bruxellois) qui ont patiné les murs jaunis de ces estaminets d’un autre âge. On ne s’arrête pas dans un stamp café pour prendre un café, mais plutôt pour prendre une bière, peu importe l’heure. On y fait une pause entre deux magasins, on y refait le monde avec des copains, on y apprend les derniers potins.
Un signe suffit pour se faire servir un autre verre de blanche ou de kriek. Surtout si c’est le cinquième. À Bruxelles, au lieu de laisser un pourboire, on paye un verre au patron. Au moins, ça, c’est vraiment pour boire. Alleï, santeï, pitje!
6- WADESDAH ?
À Bruxelles, on parle brusseleer, un idiome rigolo qui mélange le vocabulaire français avec la grammaire néerlandaise et inversement. Pour expliquer à quoi ressemble le brusseleer prenons deux phrases toutes simples, quoique complètement absurdes : « Ça est le tram, sa roue, qui a écrasé le chien, sa queue » ou alors « De tram 33 is gedérailleerd op de porte de Namur ».
Vous comprenez maintenant le surréalisme belge. Les Syldaves de Tintin parlent une langue qui ressemble étrangement au brusseleer. C’est normal, Hergé était Bruxellois. Dans Objectif Lune, vous aurez noté que « On fläsz Klowaswa vüh dzapeih… Eih döszt! » veut bien entendu dire « Une bouteille d’eau de Klow pour ce type… Il (a) soif! ». C’est à croire qu’on ne pense qu’à boire à Bruxelles. Et dans Tintin au pays de l’Or Noir, Wadesdah, la capitale du Khemed, est tiré du brusseleer « Wadezda » qui veut dire « Kessé ça ? » en québécois.
7- BRUXELLISATION
Bruxelles a inspiré un mot dans le dictionnaire. Et il n’y a pas de quoi être fier. La bruxellisation est en effet un terme urbanistique qui désigne le fait de détruire le tissu urbain au profit de constructions immondes érigées par des promoteurs voraces, cupides et sans doute aveugles.
Dans les années 60-70 du siècle dernier, la spéculation immobilière a entraîné la disparition d’un riche patrimoine architectural. Heureusement, ça a permis la construction de grandes artères où les automobilistes peuvent désormais rester bloqués des heures à admirer les immeubles laids qui ont remplacé de magnifiques bâtisses de style art nouveau.
8- POUTINE BRUXELLOISE
Quand tu auras fini d’écumer les estaminets et que tu tituberas autour de la Grand-Place à la recherche de quelque chose de solide pour te caler l’estomac, tu ne trouveras pas de poutine mais tu auras l’embarras du choix. Une mitraillette dans la rue des bouchers (La mitraillette est un recette qui tue, c’est une baguette remplie à ras-bord de saucisse, de frites et de sauce). Une pita bien grasse rue du Marché aux Fromages. Une gaufre rue au beurre. Des frites/mayonnaise rue du Midi. Et tu trouveras facilement plein de caniveaux pour vomir le tout.
9- HIPSTER UNE FOIS !
Bruxelles est une ville moderne avec des embouteillages et des hipsters comme à Montréal. Ces derniers nichent le plus souvent à Ixelles, qui n’est pas une taille de t-shirt mais bien une autre des dix-neuf communes de la capitale belge.
Les hipsters bruxellois s’agglutinent en général au café Belga, sur le bord de la place Flagey qui était, il y a quelques années encore, un no man’s land sans grand intérêt. Quand il y a du soleil, ce qui arrive une ou deux fois par an, la terrasse du Belga est aussi bondée qu’une plage à la mer du Nord LE week-end de juillet où il fait beau.
10- LE ROI DE LA PATATE
À Bruxelles, il y a bien sûr moyen de manger les meilleures frites au monde. Les puristes vous diront que ce sont celles de la Place Jourdan, j’ai un penchant pour celles de la barrière de Saint-Gilles, les hipsters ne jureront que par celles de la Place Flagey.
Au royaume des frites, il n’y a pourtant aucun Roi de la patate. Le seul Roi que vous pourrez trouver se cache au Palais Royal, un endroit que les Bruxellois ne fréquentent pas. Je me demande bien alors pourquoi je vous en parle.
Et je me retiendrai de faire des comparaisons entre la famille royale et les patates parce que vous saurez qu’en Belgique, on peut rire de tout, sauf du roi. C’est dommage, parce qu’il est finalement plutôt rigolo.

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