Le plus loin que je sois allé en Turquie

Turquie2Il y a trois ans, avec fiston, nous étions partis faire le tour de l’Europe en 2CV. Nous avons eu envie de passer par la Turquie avant de rejoindre la Grèce. Pour des raisons administratives, nous avons dû rebrousser chemin et longer la frontière bulgaro-turque par des petites routes de terre. Je n’irai peut-être jamais plus aussi près de l’ancienne Constantinople et de l’empire ottoman.

Ce qui se passe en Turquie m’interpelle. Vendredi, nous avons pu vivre en direct sur les réseaux sociaux un “coup d’État” dans la plus pure tradition des dictatures militaires avec char d’assaut, prise d’otages, invasion de la chaîne de télé, coups de feu dans la capitale, blocage des grands points névralgiques comme le fameux pont qui enjambe le mythique Bosphore…
Le lendemain, quand nous nous sommes réveillés, le président Erdogan avait déjà maîtrisé la situation, arrêté les putschistes, renvoyé les militaires dans leurs casernes, rallié la population à sa cause, interpellé la communauté internationale, tout ça via…. FaceTime.
Le surlendemain, le président – qui aurait été mort ou emprisonné si les putschistes n’avaient pas suivi un scénario tellement amateur qu’on se demande s’il n’a pas été écrit par… Erdogan lui-même – a commencé à faire le ménage dans son pays.
  • 6.000 militaires arrêtés
  • 9.000 policiers licenciés
  • 3.000 juges suspendus
  • 15 200 enseignants mis à la porte
  • 1 577 doyens d’université poussés à démissionner
  • 8 777 fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, 1 500 au ministère des Finances et 257 des cabinets attachés au Premier ministre remerciés
  • 24 chaînes de radio et de télévision interdites de diffusion.
  • 20 sites d’information bloqués
  • 34 journalistes privés de leur carte de presse
Si Recep Tayyip Erdoğan n’est pas en train d’installer une dictature, ça commence étrangement à y ressembler. Et je ne pense pas que Stéphane Dion, le ministre canadien des Affaires étrangères, lui fasse très peur en déclarant mollement : «L’application régulière de la loi doit prévaloir contre ceux qui ont essayé de renverser la démocratie turque par les armes.»
Je n’irai peut-être jamais plus aussi près de la Turquie que le poste-frontière de Malko Tarnovo.

A propos Pascal Henrard

Associé, créateur de contenu, Esprit de Marque. Auteur (Hurtubise, Isatis, Phoenix). Chroniqueur (Huffington Post, Urbania), scénariste (Télé-Québec, Radio-Canada), concepteur-rédacteur
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