La fois où j’ai failli croiser Pablo Escobar

unknown-3En 1993, j’étais à Medellín, en Colombie. Ce serait trop long d’expliquer comment et pourquoi je me suis retrouvé le 5 février à l’aéroport de Medellín en provenance de Miami, mais disons que je rendais visite à ma grand-mère qui se trouvait dans un foyer de charité dans la montagne au-dessus d’Itagüí, une banlieue de Medellín.

À l’époque, il y avait une ou deux chaînes de télé où on donnait quelques nouvelles internationales. Mais si peu. On avait entendu parler de Pablo Escobar et du cartel de Medellín. Mais il nous semblait aussi obscur que Ceausescu et ça avait l’air aussi loin que la guerre du golfe.
J’ai passé un peu plus d’une semaine à marcher dans la montagne colombienne, à prendre des cafés dans le village de San Antonio de Prado, à souper avec des gens silencieux venus quelques jours se reposer de la pression, du stress, du deuil, à écouter de la musique dans le patio en compagnie de ma grand-mère, à aller chaque matin à la messe du padré.
Un jour, un garde du corps nous a conduit en ville. Il nous a fait visiter Medellín en auto. Il y avait une statue de Botero sur un trottoir du centre. On voyait des marchandes de fruits sous les arbres. Devant des immeubles mieux protégés que l’ambassade des États-Unis en Irak, il y avait des hommes armés. Le chauffeur nous montrait des immeubles opulents à l’architecture moderne. Et puis il grimpait dans des quartiers de petites maisons de béton toutes pareilles en nous disant qu’elles avaient été construites par Pablo Escobar. Je crois bien qu’il admirait le célèbre bandit. Une ou deux fois, nous avons pu sortir, mais il fallait lui tenir la main, comme des enfants. Il ne nous a lâchés qu’une fois arrivés dans la cathédrale de l’Immaculée-Conception. Les Colombiens sont tellement croyants qu’ils sont persuadés qu’il ne peut rien nous arriver dans une église. La ville grouillait de monde. Il y avait un peu partout de la police, des militaires et des gens armés.
Je n’avais pas conscience de la gravité de la situation.
Je suis rentré à Montréal en passant par Bogota. Une semaine plus tard m’a grand-mère m’a appelé pour me dire qu’il y avait eu une fusillade dans le café de San Antonio de Prado. Elle m’a engueulé, comme si j’y étais pour quelque chose. J’avais l’impression qu’elle me racontait des souvenirs de la deuxième guerre mondiale. J’étais content de l’avoir vue, d’avoir goûté au printemps éternel de ce pays de cocagne, d’avoir bronzé, d’avoir dormi, d’avoir ramené des photos floues, mais j’étais surtout pressé de revenir à Montréal où l’on annonçait une tempête de neige.
J’étais amoureux et je ne me souciais pas de ce qui se passait à Medellín.

La série Narcos sur Netflix vient de me rappeler violemment ce bref épisode de ma vie. D’où nous étions, en face de San Antonio de Prado, on apercevait la montagne où avait été emprisonné Pablo Escobar. Je me souviens que le padré a tendu le doigt vers le sud pour me montrer l’emplacement de la catedral. Pendant que je me baladais sur les sentiers en espérant ne pas rencontrer de serpent, le sanguinaire narcotraficant se terrait encore dans le quartier d’Envigado, à quelques kilomètres d’Itagüí.
Bien sûr, Narcos est romancé. Évidemment que les américains ont ajouté une couche de ketchup hollywoodien. Mais l’histoire est vraie. Escobar a fait assassiner plus de 4000 personnes. La police colombienne l’a traqué pendant des mois. Il touchait 60 millions $ par jour et sa fortune était estimée à 25 milliards de dollars selon Forbes.
En février 1993, j’étais à Medellín, inconscient, amoureux d’une québécoise. Et j’avais hâte de revenir à Montréal.
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A propos Pascal Henrard

Associé, créateur de contenu, Esprit de Marque. Auteur (Hurtubise, Isatis, Phoenix). Chroniqueur (Huffington Post, Urbania), scénariste (Télé-Québec, Radio-Canada), concepteur-rédacteur
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