C’était la première fois que je montais Camilien-Houde en vélo

Je me suis arrêté trois fois en montant la côte. À bout de souffle. En sueur. Je suis arrivé après tout le monde, les cyclistes professionnels, les coureurs amateurs, les habitués des grands braquets. J’étais en chemise et en veston, je revenais de réunion. Mais je voulais être là.

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S’arrêter pour regarder l’accident

Les gens sont ainsi faits qu’ils aiment regarder le malheur des autres dans les yeux en pensant que c’est rien que du bonheur pour eux. Une panne, un accident, une auto dans le fossé, une personne écrasée, un vélo renversé, les gens pressés mettent instinctivement le pied sur le frein pour admirer l’horreur au quotidien.

Depuis tout petit je me demande pourquoi ces attroupements de badauds autour des accidents d’autos ? Pourquoi ces longues files de voitures au ralenti sur les voies rapides de l’autoroute alors que la collision a eu lieu de l’autre côté du terre-plein ? Pourquoi ces curieux au bord du torticolis devant la maison en flammes sur le point de s’effondrer à leurs pieds ? Si au moins c’était pour aider, pour sauver ou même pour apaiser la douleur des autres. Mais non, la foule fascinée comme si elle était au cirque reste muette et statique spectatrice devant l’horreur terrible à laquelle elle assiste gratis.

Nous ressentons tous le même plaisir coupable quand, aux infos, on entend l’histoire épouvantable de ces deux hommes écrasés sous leur maison ou quand on lit les détails macabres sur la mort atroce de ce cycliste coupé en deux par un automobiliste. Serions-nous sadiques? Masochistes? À ce point désœuvrés? En mal de sensations extra-fortes? Avide de voir la mort pour sentir qu’on est en vie?

Des journaux qui tachent les doigts et l’âme font de cette fascination leur fond de commerce lucratif. Au détriment des sujets qui concernent l’avenir, le monde, la société, la vie, l’amour, les gens,… Parce qu’ils savent que vous serez irrésistiblement attirés par la photo mal cadrée de ces pompiers en une qui tentent tant bien que mal de cacher derrière des couvertures inutiles le spectacle abominable de la mort qui plane. Bien plus que par cet article de fond sur l’économie du dollar. Je confesse que je ne l’ai pas lu non plus.

Quand il y a un accident, j’ai juste envie d’accélérer, de prendre mes jambes à mon cou et de m’enfuir. Loin. Mais entraîné par le mouvement de la foule, je suis moi aussi captivé par les morceaux de tôle tordue, les flaques de sang sur le bitume, le pare-brise en morceau dans le visage des gens, le bruit des sirènes, l’odeur de la mort, le silence de la peur, la fragilité de la vie, notre fin qui approche elle aussi…

Chronique publiée dans URBANIA