Le terrorisme invisible

51782a6e8a603_largeAu sursurlendemain de l’attentat de Boston et au surlendemain de l’arrestation spectaculaire du dernier survivant du duo de terroristes amateurs qui a causé tant d’émois et de peur dans le monde civilisé, la royale canadienne gendarmerie a mis la main au collet de deux présumés terroristes basanés suspectés de fomenter un mauvais coup contre Via Rail. Lire la suite

Bzzz Bzzz Sproutch Sproutch

La semaine dernière, Michel Onfray, le célèbre philosophe qui passe souvent à la télé française, présentait à Montréal un spectacle de haute tenue intellectuelle intitulé « La sagesse des abeilles ». Je n’y suis pas allé. J’avais peur de ne rien comprendre. Mon collègue Savignac, dans une brillante chronique dont il a le secret, a d’ailleurs confirmé mes craintes. De toutes façons, je n’avais pas le temps d’y aller. Mais la question des abeilles m’a intrigué. Pour ne pas dire inquiété.

Ici comme ailleurs, c’est l’hécatombe. Les abeilles tombent comme des mouches. Leur disparition n’inquiète pas seulement les apiculteurs. Le jour où il n’y aura plus d’abeilles, il n’y aura plus de pollinisation. Sans pollinisation, les plantes ne peuvent plus se reproduire. Et quand les plantes ne pourront plus se reproduire, il n’y aura plus de salade frisée aux petits lardons, plus de fleurs de courgette frites, plus de poivrons farcis, plus de crème d’épinard aux poires, plus de gratin de chou fleur…

Les abeilles ne font pas seulement du bon miel. Elles sont aussi le miel de la vie.

Il y a sans doute plusieurs raisons au massacre dans les ruches. Disparition du terrain de chasse des abeilles à cause de l’extension des monocultures, maladies, apparition de prédateurs et de parasites, étalement urbain, culture intensive d’OGM qui perturbent le cycle de nourriture et, bien entendu, utilisation abondante de pesticides et autres joyeux produits chimiques applaudis par les tenants du développement à tout prix et fabriqués dans le plus grand secret par des entreprises comme Monsanto.

Je sais bien qu’il y a d’autres sujets d’actualité qui captivent beaucoup plus les masses laborieuses et les esprits vagabonds que le bzzz bzzz des abeilles. Je pense au prix de l’essence, à la couleur du salon rouge de l’Assemblée Nationale, à la grève dans la LNH, à la constitution du nouveau gouvernement minoritaire, et j’en passe. Il reste que ce sujet éminemment naturel et piquant a son importance à l’heure où les OGM n’ont jamais autant inquiété et les décisions du gouvernement Harper clouent chaque jour un peu plus le cercueil de l’environnement.

Pensez-y quand vous vous bercerez dans votre hamac sous les derniers rayons d’un été qui s’étire, entouré du parfum subtil des fleurs d’automne qui pullulent dans les champs. Le bourdonnement de l’abeille n’a rien d’agressif ou de méchant. Il annonce l’arrivée d’une nouvelle fournée de bon miel dégoulinant, le transfert efficace du précieux pollen, c’est la vie qui butine. Ne l’écrasez pas!

Si la question vous intéresse, il vous reste deux jours pour aller voir à la Licorne la pièce Grain(s) qui traite du procès que Monsanto, la multinationale des biotechnologies qui font peur, a fait à un fermier de la Saskatchewan. Cette pièce de théâtre-documentaire, je suis allé la voir mardi. Et j’ai tout compris.

Texte publié dans le Huffington Post