Nouveau projet…

C’est le titre d’un… nouveau projet. Un magazine avant tout. Oui, vous savez ce machin en papier qui pullulait au siècle dernier. Celui-ci a beaucoup de textes et peu de photos. Le monde à l’envers me diriez-vous. Et si c’était le monde reprend ses droits?

À l’ère de l’info spectacle, des médias instantanés, de l’art du clip, du 140 caractères maximum, du statut aussitôt dit aussi vite oublié, du tout à l’ego et du tout tout de suite, Nouveau Projet a l’air d’un OVNI médiatique.

164 pages denses. Presque pas de pub. Un peu quand même, il faut bien vivre. Des textes de plusieurs pages sans aucune photo ni illustration. Des sujets essentiels comme cet article qui fait la liste des dix étapes pour bâtir une ville humaine ou celui qui prend le temps de nous expliquer que la frénésie des téléphones intelligents et des appareils électroniques est en train inexorablement d’user notre nature humaine jusqu’à la corde. Et j’en passe sur la politique, sur la culture, sur l’environnement, sur la vie surtout.

Bien sûr, il y a un article un peu racoleur sur “l’ampleur de nos échecs amoureux” si typiques de cette génération qui n’a jamais manqué de rien et qui cherche encore un sens à sa vie à l’aube du XXIe siècle.

Mais dans l’ensemble, et je n’ai pas encore tout lu, l’objet est beau, très prometteur, dense, actuel, bien fait, intelligent, ambitieux,…

On dirait que je fais la promotion de ce Nouveau Projet. Oui je la fais. Avec plaisir. Et en toute liberté, je ne suis même pas payé pour le faire.

Il y aura, nous assure-t-on, également des livres publiés autour du magazine, et d’autres projets aussi. Nicolas Langelier, le créateur rédacteur en chef de ce Nouveau Projet, a plein d’idées et une équipe qui ne manque pas de talent.

La prémisse du magazine peut avoir l’air prétentieuse : “Idées, récits et modes d’emploi pour le 21e siècle”. Nouveau Projet n’a pas le monopole de nous aider à appréhender l’avenir en comprenant le présent. Mais il a l’avantage d’en proposer l’essentiel dans une plaquette pratique qui ne demande même pas d’électricité pour être lue.

Sur la couverture, un gros titre : “(sur)vivre au 21e siècle”. On sent le désarroi d’une génération pessimiste qui n’a pas connu la guerre, la faim, la misère et oublie de voir le progrès et le confort dans lequel elle a toujours vécu.

Je vous invite à vous abonner (je rappelle qu’on ne m’a même pas offert un verre pour que je vous invite à le faire). Ça vous changera de vos médias traditionnels. Vous aurez six mois pour passer à travers tous les sujets.

Et ça ne vous empêchera pas de continuer à lire les courts textes et les brèves réflexions que les plumitifs en mon genre distillent ici, là et ailleurs…

 

Texte publié dans Branchez-vous.

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Je ne ferais pas la grève*

Si j’étais étudiant aujourd’hui, je ne bloquerais pas l’accès aux cours, je n’empêcherais personne de faire ce qu’il veut faire et d’aller où il veut aller, je ne bloquerais pas de pont, je ne casserais pas de matériel pédagogique, je ne critiquerais même pas ceux qui ne veulent rien savoir (dans tous les sens du terme), bref, je n’agirais pas comme un bon vieux gréviste.

Mais je ne suis pas étudiant. Alors, vous me diriez de me la fermer si vous ne vouliez pas perdre votre temps à savoir ce que je proposerais si je l’étais. (Si cette phrase vous semble compliquée, je vous réfère à la note en bas de cet article)

En 2012, je crois qu’il y a bien d’autres moyens d’exprimer ses frustrations que de sécher les cours. Les jeunes sont assez créatifs pour trouver des façons de faire connaître leurs revendications sans avoir l’air d’être des enfants gâtés qui piquent une crise de colère devant des parents atterrés ou des salariés qui cessent le travail pour manifester leur mécontentement à leur employeur. Au XXIe siècle, on peut réinventer l’art de se faire entendre. Surtout quand la cause est juste et bonne.

Voici quelques modestes idées qui nous changeront du «So So So Solidarité» éculé. Amis étudiants, faites-en ce que vous voulez, c’est gratis.

• Occuper les studios de Star Académie, inviter des amis musiciens, composer une chanson sur le sujet, la chanter devant le jury, devant le public, devant les caméras et devant les millions de téléspectateurs attentifs.

• Écrire chaque jour le journal d’un étudiant avec ses réalités, ses rêves et ses difficultés. Le publier dans un grand média sans attendre d’autre rémunération que le plaisir de pouvoir faire changer les perceptions.

• Organiser des escouades pour aider les personnes âgées des environs à déneiger, à faire leur épicerie, à se déplacer et puis passer du temps avec elles. Ça leur fera plaisir et ça les rendra sympathiques à votre cause. Elles pourront même peut-être vous apprendre des choses.

• Puisque le carré rouge est le symbole de la cause, pourquoi ne pas vous promener tous habillés de pied en cap en rouge. Pas juste un petit carré, un manteau, un pantalon, une tuque… Vous vous habillez bien de toutes les couleurs pour faire du ski ou du snow, pourquoi pas le faire pour montrer votre attachement à une cause? Ça ferait des belles images au TéléJournal.

• Faire appeler tous les membres de votre association étudiante pour occuper les lignes ouvertes des radios poubelles. Tenir le crachoir avec des arguments intelligents. Susciter des réactions positives et des appuis par votre audace et votre verve.

• Détourner les panneaux réclames pour faire votre propre pub et en profiter pour embellir la ville de vos œuvres créatives et colorées.

• Décider tous les étudiants d’aller le même jour en vélo à l’université. Vous imaginez la quantité de bicyclettes sur les routes et le côté joyeusement festif de cette manifestation originale?

• Faire la grève du zèle (c’est ma préférée), ne manquer aucun cours, faire tous les travaux avec assiduité, se présenter dans toutes les activités de l’université, profiter de tous les services aux étudiants, remplir toutes les demandes de bourses possibles, poser plein de questions aux professeurs,… Bref, encombrer l’université avec des demandes et des actions légitimes. Bien sûr, ça demande un peu de zèle. Mais quelle démonstration de votre volonté!

Il y a plein plein d’autres choses que vous pouvez faire pour manifester votre désaccord, plaider votre cause, faire entendre votre voix et affirmer votre existence.

Et puis, si j’étais étudiant, j’irais aussi marcher le 22 avril pacifiquement et positivement avec des centaines de milliers d’autres Québécois en faveur de l’environnement. Ça tombe bien, c’est un dimanche. Il n’y a ni cours, ni grève…

*Vous avez remarqué toute la subtilité de l’emploi compulsif du conditionnel. D’où l’importance d’être bien outillé pour mieux comprendre et s’exprimer. Si j’avais mis un futur tout ce qu’il y a de plus simple, vous auriez pu croire que j’étais d’accord avec la grève mais que je préférais m’abstenir pour profiter du confort de mon canapé ou que j’étais contre et alors que vous ne vouliez plus me parler. Alors que l’usage du conditionnel exprime ici avec subtilité la volonté de l’auteur de ces lignes de se mettre à la place des étudiants et d’envisager ce qu’il aurait fait à leur place.

(AJOUT) On m’apprend gentiment sur Twitter l’existence d’initiatives créatives originales et sympathiques qui, malheureusement, ont été occultées par le brouhaha désordonnée de la “grève”: Une chorale sympathique Maille À Part, collectif Activisme et Tricot, une ligne rouge dans le métro… Vous en connaissez d’autres? Faites-les connaître!

Texte publié dans Urbania

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Pourquoi le Québec…

Pourquoi le Québec a-t-il tant de succès ces dernières années? Il est aux Oscars, au Superbowl, aux Grammys, au Metropolitan Opera, à Cannes, à Las Vegas, dans les airs, sur les rails, dans les librairies francophones, chez les disquaires du monde, j’en oublie…

Pourquoi le Québec est-il si créatif, si performant, si original, si innovateur? Pourquoi une si petite nation remporte-t-elle d’aussi grands honneurs?

Pourquoi tant de forces, tant de beautés, tant de réussites dans un pays qui n’en est même pas un?

Deux ans de suite, un film québécois a été en nomination aux Oscars. Incendie de Denis Villeneuve d’abord et le lumineux Mr Lazhar de Philippe Falardeau cette année. Il y a eu aussi Patrick Doyon en nomination avec son magnifique court métrage d’animation Dimanche que vous pouvez visionner ici.

Et bien sûr l’époustouflant spectacle du Cirque du soleil pendant la soirée de gala.

Un gars une fille, la série humoriste de Guy A. Lepage, qui a fait un tabac à travers le monde n’est sans doute pas étrangère à l’Oscar du meilleur acteur de cette année puisque c’est elle qui a fait connaître Jean Dujardin au grand public entre autre avec ce savoureux moment prémonitoire de la soirée de dimanche.

Il y a quelques semaines, c’était la performance de Moment Factory au Super Bowl qui faisait la fierté des Québécois. La semaine suivante, la montréalaise Caroline Robert remportait un Grammy pour la pochette d’Arcade Fire qui avait gagné l’année dernière les plus grands honneurs à L.A., à Londres et était numéro un partout sur la planète…

Le Québec gagne partout. Dans les arts bien sûr, la musique, le cinéma, la littérature, le design, la peinture, la danse, mais aussi dans la technologie, dans l’ingénierie, dans l’industrie, en science.

Comment ça se fait? Comment autant d’énergie peut-elle sortir d’un peuple paralysé par le froid la moitié de l’année? Pourquoi un tel génie créatif jaillit-il sur les bords du Fleuve Saint-Laurent? Pourquoi, ces dernières années, le Québec rayonne-t-il autant à travers le monde, même si c’est souvent sous la bannière du Canada? Pourquoi tant de fougue et tant personnalité?

Et pourquoi la litanie grinçante des geignards sans imagination qui tiennent le crachoir dans des médias privés, privés surtout de finesse et d’intelligence?

 

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.

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Retourne dans ton pays

Avec le projet de loi C-31 conservateur sur l’immigration donnant au ministre des ultra-pouvoirs discrétionnaires pour renvoyer les demandeurs d’asile et les résidants permanents dans leurs pays, la terre de nos aïeux est en train de devenir celle de leurs adieux.

On entendait déjà les critiques virulentes de certaines personnes envers ceux qui ne sont pas nés comme eux, à la clinique du coin, mais qui ont plutôt vu le jour ailleurs, dans des pays lointains. Ayant du mal à s’accommoder de notre société en perpétuels changements, ces enracinés du passé pensaient que virer les «autres» était le remède à tous leurs maux.

Le gouvernement conservateur réalise leurs rêves en déposant un projet de loi qui aura des conséquences radicales pour des centaines de milliers de réfugiés devenus résidants permanents.

Réfléchissons ensemble aux résultats d’un retour massif et forcé de tous ces immigrés que certains trouvent mal commodes. Que ferions-nous si tous ceux qui envahissent nos certitudes parce qu’ils ne nous ressemblent pas et peuplent nos esprits de doutes parce qu’ils ont d’autres habitudes que les nôtres devaient partir d’ici pour rejoindre la terre de leurs ancêtres?

L’exercice est plus facile que vous ne l’appréhendez et il est malheureusement très utile à une époque où dans nos contrées autoproclamées civilisées la crainte de l’étranger est un alibi politique et le ressentiment de l’autre est devenu le fonds de commerce de personnages publics qui semblent se multiplier comme une famille d’écureuils venus s’installer dans l’érable du voisin.

Imaginez qu’on renvoie tous les étranges, tous les basanés, tous les pas comme vous, tous les autres que soi, de l’autre côté de l’océan, loin d’ici.

Comment pourrions-nous finir dignement le party et rafraîchir les gosiers asséchés, si le dépanneur ouvert 7/7 devait, retrouver son bidonville pakistanais au lieu de nous vendre notre caisse de 24? Où irions-nous souper pas cher, si le buffet à volonté devait déménager ses plats exotiques de la banlieue de Laval à celle de Pékin? Comment ferions-nous pour arriver à l’heure si le chauffeur qui conduit d’une main de maître son taxi sur la neige comme s’il était sur les routes du Sri Lanka devait y retourner? Qui garderait nos enfants turbulents, si l’éducatrice bardée de diplômes et voilée de gentillesse qui s’en occupe chaque jour à 19 $/h devait repartir sur-le-champ aux portes du Sahara? Qui ramasserait nos jolis bleuets du Lac-Saint-Jean, nos belles fraises du Québec ou nos bons blés d’Inde de Sté Hyacinthe, si notre main-d’œuvre bon marché devait retourner se tourner les pouces dans son désert sud-américain? Qui ferait le ménage de notre jolie petite unifamiliale si notre technicienne de surface payée au noir devait reprendre un aller simple pour son Soudan natal? Comment survivrions-nous si le pompiste yéménite s’en retournait faire sa prière au pays de ses ancêtres au lieu de tenir sa station ouverte 24 h sur 24?

La question de l’autre ne devrait jamais se poser. Jamais. Nous sommes tous liés. Nous venons tous de quelque part, vous d’ici, moi de là, eux d’ailleurs. Nous sommes tous l’autre de quelqu’un… d’autre. Et c’est ici que nous avons tous pris racine. C’est ici que nous voulons nous épanouir, grandir et fleurir. Pas ailleurs.

La loi C-31 de Jason Kenney, le ministre de l’Immigration, semble l’oublier.

La prochaine fois que quelqu’un, en entendant que je fais partie de la minorité audible, me dira avec finesse « ar’tourne dans ton pays », je lui demanderai de faire pareil.

Texte publié dans le Huffington Post.

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J’ai sept ans

Depuis 7 ans, c’est-à-dire 364 semaines ou 2555 jours, vous profitez dans BRANCHEZ-VOUS des bons (et des moins bons) mots que je partage avec vous. À travers plus de 720 chroniques, je vous ai livré sans compter mes états d’âmes, mes coups de gueules, mes rêves, mes impressions, mes oppressions, mes dépressions.

Depuis ce jour de février 2005 où l’audacieux et visionnaire Patrick Pierra m’a demandé d’écrire pour BRANCHEZ-VOUS, je me suis fait des amis, des ennemis, quelques admirateurs, beaucoup de détracteurs.

À cause de ma plume et des mots qu’elle prenait plaisir à distiller librement, j’ai bien modestement réussi à susciter parfois des débats houleux et enflammés, j’ai causé des dérapages pas toujours contrôlés, j’ai déclenché des avalanches de commentaires, j’ai heureusement aussi soulevé de temps en temps des questions et des réflexions.

Je me suis vite habitué à écrire deux à trois fois par semaine mes humeurs et mes opinions sur la société, le monde qui nous entoure, les gens qui dirigent nos destinées, la vie, la mort, le temps qu’il fait, la circulation, le passé, le présent, l’avenir,…

J’aime cette tribune libre où je n’ai été censuré qu’une seule fois en sept ans. J’avais écrit alors un billet où je demandais avec humour à l’animateur de radio Jeff Fillion de me poursuivre puisqu’il poursuivait en ce temps-là tout le monde et n’importe qui. Après avoir lu mon texte entre les lignes, son avocat m’avait menacé, comme je le souhaitais, de me poursuivre. Il ne l’a pas fait. Par prudence et peut-être manque de courage, nous avons retiré mon texte.

Au cours de toutes ces années, j’ai reçu une lettre méprisante du directeur des communications du Parti Libéral du Québec, une tartine lénifiante du vp affaires corporatives et institutionnelles de Quebecor Média inc., des tas de communiqués de presse plus ou moins bidons, des centaines de messages d’encouragement et de félicitations.

Pas de quoi pavoiser.

Je me suis souvent répété. Parfois par dépit de voir le monde qui ne bouge pas, parfois par manque d’imagination, parfois par déficit de mémoire. Je me suis aussi souvent attaqué aux mêmes cibles. Je pensais qu’à force de taper sur le même clou, il allait s’enfoncer. Des fois, c’est moi qui me suis enfoncé.

Le bruit agressif et stérile de certains commentaires m’a souvent découragé. Mais à côté de la minorité qui se plaint, il y a toujours la majorité qui aime mais qui ne dit rien.

Aujourd’hui, j’ai 7 ans, l’âge de raison dit-on. Mais est-on jamais raisonnable quand on écrit et, surtout, qu’on est lu?

Aujourd’hui, j’ai 7 ans et j’ai envie de crier avec tous ceux qui ne sont pas contents.

AJOUT : aujourd’hui, j’ai 7 ans, mais quand j’apprends le congédiement du directeur de l’information de Radio-Canada, la source d’information la plus crédible dans notre paysage médiatique concentré, je n’ai pas envie de fêter.

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.

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Dans l’œil du radar

Depuis plusieurs années, le bon gouvernement du Québec teste une poignée de radars-photo sur nos routes afin de démontrer ce qui a déjà été démontré ailleurs : ça calme le pompon des chauffards, ça réduit les accidents de chars et ça diminue le nombre de paraplégiques dans les chaumières.

Selon les chiffres du ministre des transports Pierre Moreau, et je vais faire un subtil copier/coller pour ne pas me tromper et du même coup vous informer, «on constate une diminution des vitesses moyennes de 13 km/h aux sites de radars fixes et de 11 km/h aux endroits où on retrouve des radars mobiles; l’élimination presque complète des grands excès de vitesse aux endroits comportant des radars photo et une diminution des passages aux feux rouges de 84 % aux endroits où des caméras sont installées aux feux rouges». Combien de temps et d’argent ça lui a pris pour trouver ça?

Si le ministre avait pris le volant des mains de son chauffeur de limousine pour traverser au moins une fois une de ces zones d’essai, il aurait constaté que la plupart des autos roulent au-delà de la vitesse permise avant les radars, freinent brutalement en voyant la pancarte annonçant les susmentionnés radars et accélèrent dès qu’ils ont la zone de radar dans le rétroviseur pour reprendre leur vitesse de croisière qui n’a rien de pépère. Sur les 50 mètres où se trouvent les machines à sous, effectivement, on peut noter un ralentissement. Mais les routes du Québec font plus que 50 mètres !

Les radars sont annoncés à grands renforts de pancartes. Les habitués du quartier n’ont même pas besoin de les voir pour savoir où lever le pied.

Tant que les radars fixes seront annoncés comme s’il s’agissait d’une grande vente chez Brault et Martineau, les comportements des automobilistes ne changeront que sur la longueur de la zone tapageuse. Avant et après, ils se comporteront en consommateurs débridés et en chauffards sans foi ni loi.

Il faut malheureusement reconnaître que l’homo sapiens, quand il a un volant entre les mains, perd toute la raison qu’il a mise des millénaires à acquérir. La seule façon de lui mettre un peu de plomb dans la cervelle et de légèreté dans l’accélérateur, c’est de lui coller une bonne vieille contravention salée, le pogner par surprise, le menacer de lui retirer son permis, le contrôler quand il s’y attend le moins, lui montrer le visage sévère de l’uniforme qui se cache sous la robe austère de la justice. Bref, la peur de la répression ralenti les ardeurs. Regardez les résultats que les autorités ont obtenus pour l’alcool au volant.

La vitesse est la deuxième cause d’accidents sur nos routes après la boisson (quoiqu’en y réfléchissant bien, c’est plutôt le char qui est la seule cause des accidents de la route, mais on va encore me traiter de Ferrandez si je le rappelle). Il est temps de mettre un frein à la folie meurtrière. Les radars fixes sont un bon début. Mais reconnaissons que 40 radars, c’est bien peu. Surtout si les chauffeurs à casquettes savent où ils se trouvent.

De toutes façons, me direz-vous, on s’en fout. Nous, on se déplace à pied, en vélo et en transport en commun.

Ne riez pas trop vite, pas plus tard qu’hier, un piéton qui a traversé au feu rouge s’est fait mettre la main au collet par six (6, 3 X 2) agents de polices. Pendant ce temps, sur Pie IX, les autos pouvaient allègrement dépasser le 50 km/h légal sans crainte de se faire prendre.

 

Texte publié dans URBANIA

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Si j’étais Grec…

Je jetterais des pavés en criant ma colère et je barbouillerais les murs de l’Acropole de graffitis dans la langue de Socrate. Si j’étais Espagnol, je descendrais dans la rue en hurlant à l’injustice et au complot des promoteurs de promesses. Si j’étais Français, je m’empresserais de militer contre le président sortant pour qu’il soit définitivement sorti. Si j’étais Syrien, j’essayerais de ne pas me faire tuer. Si j’étais éducatrice en garderie, je jetterais des couches pleines à la face de ceux qui se moquent de moi. Si j’étais étudiant, je me tiendrais debout en me faisant matraquer par la police de Bachand…

N’attendons pas d’être pour devenir. Parce que pour l’instant, c’est une poignée d’autres qui décide pour nous.

En Grèce, un jeune sur deux est au chômage, si ce n’est pas plus. Des dizaines de milliers de néo-sans-abris ont envahi les rues des grandes villes, un tiers de la population est passée sous le seuil de la pauvreté.

Il y a huit ans, ce pays organisait les Jeux olympiques et remportait brillamment l’Euro 2004 de soccer.

Aujourd’hui, ses dirigeants ont mis le pays au bord du gouffre en jouant à la roulette avec les grandes banques. Et pour sauver les couilles des banquiers, le portefeuille des riches et le confort des puissants, l’Europe impose un (autre) plan d’aide qui met le pays sous perfusion et étrangle ce qui lui reste de forces vives.

D’après ce que j’ai compris, ce pays va devenir le paradis d’Éric Duhaime et de ses compagnons: bye bye le droit du travail, appauvrissement à l’extrême des pauvres qui l’étaient de toute façon déjà, suppression de la classe moyenne, bouleversement des acquis sociaux et transformation de la société en un état sans services publics, où le privé dessert les privilégiés, où les écoles publiques et les hôpitaux tombent en ruine, où le travail précaire est la norme et l’exploitation un nouveau droit. La belle grosse liberté sale et l’abandon des responsabilités sociales, au profit du chacun pour soi et tout pour moi!

La Grèce est en train de boire la cigüe que lui sert la troïka composée de l’Union Européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international jusqu’à la lie. Le pays qui a inventé la démocratie et la philosophie n’est plus maître de son destin.

On entend peu parler de la Grèce au Québec. Il est vrai que Star Académie a repris du service, que le Canadien joue avec nos nerfs et que le printemps hâtif annonce plutôt le retour du barbecue que l’avènement d’une nouvelle révolution tranquille.

On aurait pourtant il me semble encore beaucoup de choses à apprendre de ce berceau de notre civilisation. Ne fusse que pour ne pas nous retrouver nous aussi à la merci des créanciers d’un emprunt qui ne nous a jamais profité.

 

Texte publié dans le Huffington Post

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